Processus de Nairobi : autopsie d’un suicide signé William Ruto !

Acculée par des réactions en tous genres, Kampala vient de se justifier par rapport à la nomination d’un Consul général à Goma. Pour d’aucuns, cela a tout d’une fuite en avant, tandis que les autres y voient un rétropédalage. Mais ce qui est sûr, la nomination d’un consul général à Goma par le président kényan William Ruto, ville sous occupation du M23 soutenu par le Rwanda, a provoqué une onde de choc diplomatique entre Kinshasa et Nairobi. À tel point que l’Ouganda, membre influent de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et voisin direct de la RDC est resté prudent face à la question. Car, bien que le pays de Museveni n’ait pas nommé de consul à Goma, des diplomates ougandais ont exprimé, en coulisses, leur malaise face à cette décision kényane, la qualifiant d’une “provocation inutile”.
Cette réaction, loin d’être anodine, révèle une volonté de Kampala de se démarquer d’une initiative qui pourrait fragiliser davantage le processus de paix régional.
Mais la position de Kampala résulterait-elle également d’une fuite en avant ou rétropédalage ? La question revient de nouveau, lancinante.
L’on ne peut penser à une fuite en avant si l’on considère que Kampala cherche à préserver ses intérêts géopolitiques dans la région des Grands Lacs, sa prise de distance pourrait être interprétée comme une tentative de repositionnement stratégique, évitant de s’aligner trop ouvertement avec Nairobi, estiment des analystes.
L’option rétropédalage, elle , trouverait une moindre place si Kampala avait initialement soutenu les efforts de l’EAC pilotés par Ruto, cette clarification ressemblerait du coup, à un recul diplomatique, dicté par la pression croissante de Kinshasa et les critiques internationales sur la légitimation implicite des groupes armés.
Le dilemme régional
La crise actuelle met à nu les tensions internes au sein de l’EAC. Entre solidarité régionale et respect de la souveraineté congolaise, chaque capitale marche sur des œufs. Kampala semble vouloir jouer la carte de la prudence, mais cette prudence peut aussi être perçue comme un aveu de la complexité du jeu diplomatique en cours.
Des conséquences pour l’EAC ?
Les répercussions de la nomination d’un consul kényan à Goma par William Ruto sont profondes et potentiellement déstabilisatrices pour la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC). Et les eventuelles conséquences à une telle entreprise ne sont que multiples.
Beaucoup sont ceux qui qui craignent la crise de légitimité prenne corps au sein de l’EAC, parce que, en sa qualité de président en exercice de l’EAC, William Ruto est censé incarner l’impartialité. Or, sa décision est perçue comme une prise de position en faveur du Rwanda et du M23, ce qui mine la neutralité de l’organisation et fragilise le processus de paix de Nairobi, déjà critiqué pour son inefficacité et son manque de transparence.
L’exacerbation des tensions interétatiques est aussi à craindre du moment que la RDC ayant rappelé son ambassadeur au Kenya et convoqué le chargé d’affaires kényan à Kinshasa, d’autres États membres, comme l’Ouganda se montrent prudents, craignant une escalade diplomatique capable de compromettre la coopération régionale. L’EAC semble s’être tiré la balle au pied par la main de Ruto, son président en exercice.
Les choses se présentant ainsi, l’on pourrait assister à un blocage des mécanismes de médiation en cours, le cas du processus de Nairobi, censé stabiliser l’Est de la RDC, et qui est désormais considéré comme “quasiment mort” par Kinshasa.
Comment ne pas y penser dès lors que la nomination d’un Consul kényan à Goma est vue comme une légitimation de l’occupation rebelle, et de nature à rendre tout dialogue difficile à relancer.
Du coup, la remise en question de l’intégration régionale pointe à l’horizon, parce que l’EAC se retrouve dans une impasse et tentée de se questionner sur comment maintenir sa cohésion quand un de ses membres agit contre les intérêts d’un autre ?
Cette crise pose une question fondamentale consistant à chercher à savoir si l’EAC peut survivre à des fractures aussi profondes sans réformer ses mécanismes de gouvernance et de médiation.
Somme toute, l’EAC se trouve là, à un tournant. Soit elle parvient à restaurer sa crédibilité par une médiation équilibrée, soit elle risque de perdre son rôle de stabilisateur régional.
Laurent BUADI
