Léon Engulu propose la réduction du train de vie des institutions !

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Vendredi dernier, le Sénateur Léon Engulu est reçu dans l’émission “Grand Équateur Boni?” sur CongoWeb TV, il est invité à faire une lecture sur les 62 ans d’indépendance de la RD-Congo qui tombent le 30 juin 2022. Lui qui fait partie des pères de cette indépendance qui ont lutté pour chasser les colons. Peut-il dire que les objectifs qu’ils avaient poursuivi à cet effet sont atteints et si, de la manière dont est conduit le pays, l’on va dans la bonne direction, pendant que la misère du peuple s’aggrave…

Avant de se plier au devoir de satisfaire à toutes ces préoccupations aussi intéressantes les unes que les autres, le doyen Engulu a voulu procéder par la comparaison, question de se rendre compte si lui et ses interlocuteurs animateurs de l’émission voient les choses de la même façon.

“D’une façon rapide, je vais vous présenter sur l’affiche entre mes mains, les photos des personnalités avec lesquelles nous avons lutté pour l’indépendance du pays et avec qui nous avons été à la Table-Ronde de Bruxelles”, a-t-il dit en montrant d’emblée les photos de Bukasa, Losembe et de lui-même. Ce sont les survivants, selon ses révélations, en indiquant qu’ils ne sont pas plus de cinq à être encore en vie. Il pointe ensuite Gizenga, Lumumba, Mobutu et tant d’autres têtes de ceux qui ont déjà quitté ce monde.

Après cet exercice, Léon Engulu revient sur sa théorie de comparaison en notant que l’image qui traverse son esprit en ce moment-là et que ses interlocuteurs n’ont pas, le renvoit à l’époque coloniale où ils avaient été dirigés par le colon et ont travaillé avec lui. “Vous, vous me parlez de la misère du peuple par rapport à quoi?”, leur demande-t-il en précisant que lui peut parler des choses vécues que ses vis-à-vis ne connaissent pas avec comme conséquence, la difficulté de faire la comparaison. Poursuivant ses explications, Léon Engulu souligne que quand ils ont demandé l’indépendance, le monde entier était dans la logique qu’un peuple ne peut aller dominer un autre sur son territoire en prenant sa population pour esclave. “C’était cela que la conférence de Bandoung avait condamné en 1955”, a-t-l indiqué en ajoutant qu’en 1956, un grand professeur va écrire un livre soutenant que le Congo doit être indépendant dans 30 ans, question de préparer ses cadres à prendre la rélève des colons. Léon Engulu avoue qu’il ne l’a pas personnellement lu et ne sait pas si à Léopoldville les gens l’avaient lu comme il y avait une université, et qu’à Coquilatville où il se trouvait l’université était inexistante. Du coup, les Bakongo représentés par Kasa-Vubu, vont s’opposer à cette idée et se déclarer en faveur d’une indépendance immédiate. Une idée qu’en provinces, on avait trouvé géniale et Engulu comptait parmi ceux qui étaient d’accord avec cette perspective, même si certains autres s’y opposaient.

“Aujourd’hui, mon regret est profond car, si nous avions suivi la démarche d’une préparation de 30 ans, ça aurait été mieux que ce que l’on vit,vous poussant à dire que les choses ne marchent pas”, avoue-t-il en insistant qu’il se condamne pour avoir combattu ceux qui étaient opposés à l’idée d’une indépendance immédiate, les catégorisant des “collabos des Mindélé” à l’époque, estimant que nous n’avions pas encore atteint le niveau suffisant de maturité.

Comme pour enfoncer le clou, Léon Engulu fait savoir que ce pays n’est pas une propriété de nos ancêtres qui se trouvaient sur un territoire quelconque qu’ils ne connaissaient pas, n’ayant aucune maîtrise de ses cours d’eau, de ses forêts aux grandes étendues… Ils passaient leur temps à se combattre entre eux.

“Celui qui a donné une existence à ce pays est un étranger nommé Léopold II, le Roi des Belges qui en a fait sa proriété et exploité les minérais que le territoire régorgeait. À sa mort, il a laissé le Congo entre les mains de la Belgique pour la gestion, ils ont entrepris de mettre en place l’administration”, note le Sénateur, disant qu’il en a pour repère, l’année 1940 qui a marqué ses débuts à l’école au Groupe Scolaire de Coquilatville bâti dans de beaux bâtiments. Il voyait en plus, des routes et hôpitaux…

Sans oublier des bâteaux qui naviguaient sur le fleuve, reliant la capitale à nos provinces”, se souvient Engulu en rappelant que c’était alors curieux et étonnant de voir ce qui était jadis des immences fôrets transformées en milieu urbain.

Ce sont les Belges qui ont réalisé cette prouesse, tranche Engulu en ajoutant que dès que la guerre mondiale de 14-18 a commencé, les Belges sont parti combattre. Et à peine revenus, la guerre de 40-45 s’est déclenchée, les poussant à répartir au front.

“Après la guerre, ils sont revenus et mis au point le Plan décennal pour la construction et la réhabilitation des infrastructures ainsi que la prise en charge du social des populations. Tandis que le Plan quinquénal était, lui, dédié au développement du secteur agricole”, se souvient Engulu révélant qu’il a assisté à de changements notables, dès lors qu’il y avait des camions d’une capacité de 3 tonnes au départ, lesquels ont été remplacés par ceux de 6 tonnes jusqu’à 10 tonnes ou plus par la suite.

Dans ce registre, dit Engulu, les bâteaux à vapeur ont cédé la place aux bâteaux à moteurs. Les choses ne faisaient que changer de mieux en mieux. Les routes qui étaient en terre battue ont été asphaltées, des écoles professionnelles créées et des hôpitaux modernes construits.

Pour traverser les rivières, les bacs à moteurs ont remplacé ceux qui se faisaient tracter par les pirogues. Les bureaux des Administrateurs des Territoires étaient réhabilités et modernisés, note Engulu indiquant que dans la logique du Plan quinquénal, des innovations ont été enregistrées au niveau de l’agriculture qui est passée de l’exploitation manuelle à la mécanisation.

“Mon regret actuel est de ne pas avoir compris à temps, la quintessence de toutes ces réalisations et plaidé pour le départ des Belges, moi qui avait eu la chance de travailler dans l’administration territoriale avec eux”, s’indigne le doyen Engulu qui se rend compte que pour atteindre le niveau d’organisation des Belges, c’est difficile.

Quand vous avez obtenu l’indépendance tant voulue, 1 FC vallait 2 USD, aujourd’hui, 1 USD vaut 2000 FC, lui rappelle-t-on.

Il ne manque pas de répondant en soulignant qu’il faut chercher à savoir pourquoi les choses se passent de la sorte. “Nous nous étions époumonés pour obtenir l’indépendance afin de diriger l’État, sans toutefois savoir de quoi il s’agit”, regrette Engulu parce que, dit-il: “une fois devenus indépendants, nous nous sommes rentrés dedans entre nous. Tshombe qui était avec nous à la Table-Ronde a fait session pour que le Katanga, sa province, soit indépendant. Kalonji lui a emboîté le pas pour le Kasaï. C’était la confusion. 

Le Premier ministre Lumumba a été assassiné. Signe que nous sommes incapables de diriger le pays qu’il était question de balkaniser. Les Américains s’y sont opposés. Parce que les Occidentaux ne s’entendaient pas. Car divisés autour des blocs soviétique et américain comme actuellement avec ce qui se vit en Ukraine, Mobutu s’est trouvé chef de l’Etat, juste au moment où les Lumumbistes visaient de venir faire tomber le pouvoir de Kasa-Vubu.

“Parce que je vous ai dit plus loin avoir commencé l’école primaire en 1940, j’avais pour me rendre à l’école, 50 centimes sur moi pour acheter des beignets avec cette somme. En 1960, la même somme suffisait pour s’acheter les beignets. Ce qui revient à dire, que la valeur de la monnaie était restée intacte avec les Belges à la tête du pays.

“Aujourd’hui, ce n’est plus le cas”, s’étonne Engulu qui avance qu’il y a plusieurs raisons à cette situation en pointant le doigt sur les acteurs politiques. “Les politiciens ne visent que le contenu des caisses de l’Etat pour s’en emparer. Ils se préoccupent plus de leurs propres intérêts en sacrifiant l’intérêt commun.

Pourtant, s’insurge-t-il, il faut toujours avoir des réserves de change à la Banque centrale pour soutenir les opérations d’import et export. Du temps de Mobutu, nous avions commis l’erreur de zaïrianiser les biens des étrangers parce que Mobutu était un nationaliste qui avait voulu que les fils du pays tiennent l’économie. Erreur. Nous avons démontré notre incapacité à conduire le pays.

Quand on lui fait voir qu’il a fait partie des acquéreurs de biens zaïrianisés, Engulu accepte chaleureusement, mais nuance:”J’ai démontré que je suis différent des autres parce que moi, j’avais acheté les plantations avec mon propre argent et elles ont prospéré et tiennent le coup jusqu’à ce jour. Bien que les cours des produits ont chuté”, se défend-t-il en insistant qu’il faut reconnaitre nos erreurs. 

“Il ne fallait pas chasser les blancs. Maintenant vous me demandez pourquoi la monnaie perd sa valeur”, répète sans cesse Engulu en demandant si c’est normal d’avoir au pays, 900 partis politiques et pas 900 entreprises pour soutenir l’économie. Tout le monde va vers la politique parce qu’il y a là-bas, l’argent facile. Pourtant, la RDC est un pays sous développé qui n’a pas de capitaux propres. 

Mais une chose est vraie, révèle Engulu, l’indépendance que la Belgique nous avez octroyée était piégée parce qu’on ne peut pas faire la démocratie sans être riche.

“En nous accordant l’indépendance, les Belges avaient pris au préalable soin de transférer les réserves bancaires en dévises dans leur pays, laissant le Congo en état de pauvrété et incapable de faire la démocratie”, soutient Engulu qui croit qu’il n’y a pas eu de remolaçants valables aux colons parce qu’il y manquait la classe moyenne.

Fatshi interpellé…

C’est eu égard à tout ceci, que Léon Engulu s’adresse au président Félix-Antoine Tshisekedi qui a lutté aux côtés de son père Etienne Tshisekedi dans l’opposition pour que le pays soit dirigé d’une manière responsable, mais qui semble être devenu aveugle pour ne pas voir les choses à corriger qu’il voyait dans l’opposition. Ça fait trois ans depuis qu’il est au pouvoir, pourtant c’est comme si rien n’est fait pour bouger les lignes. Pourquoi ne peut-il pas demander des explications à la Banque Centrale et au Premier ministre, qu’est-ce qui bloque la machine?

Ceci étant, Léon Engulu soutient que pour que la RDC sort de sa léthargie, il lui faut un président de la République fort. Celui qui donne des orientations claires et tempête pour les voir exécutées. Un chef de l’Etat ayant autour de lui des hommes d’expérience, un ministère,des TP fort et une armée forte. Le Sénateur reste d’avis que pour s’en sortir, la RDC doit réduire le train de vie de ses dirigeants et des institutions. A défaut, dissoudre certaines institutions dans la mesure où, l’État est appelé à protéger, assister et promouvoir le développement social et économique en construisant des routes, écoles et hôpitaux sur fond de la gratuité pour y accéder. Il ne comprend pas que les politiques se fassent rembourser à prix d’or leurs frais de soins de santé pendant que le peuple manque de quoi se procurer des aspirines.

Est-il normal, se demande Engulu, que la classe politique du pays s’approprie des moyens de l’Etat au détriment de l’Etat lui-même? Et enchaîne à chercher à savoir comment et pourquoi le pouvoir d’achat des petits pays limitrophes à la RDC soit au dessus de celui des Congolais dont le pays est assis sur des richesses minières?

Sur le plan électoral, Engulu propose que l’on change la circonscription électorale de façon que ce soit la collectivité au lieu du Territoire pour que le Sénat n’ait plus sa raison d’être. Ça sera une grande innovation, espère-t-il.

De cette façon, soutient le Sénateur, on pourra économiser de l’argent et l’on n’aura plus besoin de deux chambres parlementaires, toutes les collectivités seront représentées et les discriminations seront évitées. 

Le Pape François est annoncé en RDC pour le mois de juillet, qu’est-ce qu’il en pense? Une grande joie, note-t-il parce que cela témoigne de la place que Sa Sainteté accorde à notre pays et à l’Eglise.

Qui dit mieux ?

Le Journal