À la fin de son ultime mandat, dans une interview à Colette Braeckman...: Joseph Kabila : “ En cas de besoin, je suis dans ce qu’on appelle la réserve de l’armée”!

Dans son édition du 1er au 2 décembre 2018, le quotidien belge “Le Soir” avait réservé des larges espaces à un entretien rare avec le président Joseph Kabila qui était arrivé en fin de mandat. Rare parce qu’avait noté le quotidien, durant des années, Joseph Kabila s’est avancé masqué. Visage impassible, très lissés, ne laissant rien apparaître de ses pensées et à fortiori, de ses émotions… Mais son apparence au moment de quitter le pouvoir était celle des “pères de la Nation”, ces héros grisonnants aux traits burinés, marqués par l’expérience, qui font le lien entre le présent et le temps de l’indépendance, qui conjuguent à la fois une vision de l’avenir et le souvenir des luttes du passé.
À la question de savoir s’il allait rester lié à l’armée en quittant le pouvoir, et si être militaire est dans son ADN, sa réponse a été : “ Mon ADN ?, non je ne le dirais pas. J’ai beaucoup de camarades qui sont devenus de très bons officiers et je les encourage à continuer à encadrer les jeunes en formation. En cas de besoin, je suis dans ce qu’on appelle la réserve…” Aujourd’hui, sept ans après, et à la faveur de l’évolution de la situation sécuritaire et politique sur le territoire national, cette réponse de Joseph Kabila a de quoi susciter un débat.
Lui à qui on avait demandé s’il était satisfait de la réorganisation de l’armée, rajeunie et modernisée, il ne s’était pas empêché de rappeler que plusieurs lois de réforme de la politique et de l’armée ont été adoptées, les équipements ont été modernisés et le travail de réforme va se poursuivre. L’armée, avait-il confié, n’est plus aujourd’hui ce qu’elle était quand le pays était bousculé par plusieurs rébellions.
“Nous serons aussi obligés d’avoir une industrie de la défense pour fabriquer des tenues, des bottines, mais également des engins, des véhicules de combat, des blindés. C’est ça notre plan à moyen terme”, avait laissé entendre le chef de l’État oubliant curieusement qu’il était fin mandat pour parler du plan à moyen terme. De quoi méditer.
Dans ce registre de l’armée, Kabila avait noté qu’il y a encore au sein des troupes, quelques cas d’indiscipline mais que dans l’ensemble, notre armée est maîtrisée, disciplinée et les abus sont sanctionnés.
Quelque soit votre successeur, vous allez certainement lui donner des conseils ?, lui avait demandé Colette Braeckman avant de s’entendre répondre que “cela dépend. S’il a besoin de mes conseils, je serai toujours là volontiers. Mon successeur, quel qu’il soit, aura non seulement besoin de l’ancien président, mais surtout besoin de dignité….”
Quand on lui rappelle que le FCC ressemble à un début de parti politique, il a dit carrément ne pas y croire, soutenant qu’il y a au sein des FCC, plusieurs tendances dont les libéraux, les socialistes et tant d’autres… Et de suggérer qu’au lieu d’avoir 600 partis politiques, il est préférable d’avoir de grands ensembles avec au total, 4 ou 5 partis politiques qui transcendent les régions et les ethnies.
La consœur bouclait son dossier en notant que la déception des jeunes Congolais est que, s’ils n’ont pas connu Mobutu, ils ont grandi avec les promesses de Joseph Kabila et nombre d’entre eux ont le sentiment de se retrouver les mains vides, face à l’arrogance des hommes du pouvoir et la sophistication des services de sécurité qui ont affiné leurs méthodes et leurs manipulations. Tout était dit.
Laurent BUADI
