La tragédie Kamuina Nsapu ou épineux dossier oublié !

 La tragédie Kamuina Nsapu ou épineux dossier oublié !

Le long mandat de Joseph Kabila a été terni par un drame qui reste oublié aujourd’hui. Il s’agit de la guerre des miliciens Kamuina Nsapu et les forces loyalistes qui a plongé la région du Kasaï, en République Démocratique du Congo, dans un cycle de violences insupportable. Zoom sur une séquence de l’histoire tragique et épineuse du Grand Kasaï restée oubliée dans les tiroirs.

Déclenchée en 2016, à la suite de l’assassinat de Jean-Prince Mpandi, connu sous le nom Kamuina Nsapu, un leader local des traditions, ce conflit a engendré des atrocités humaines, des déplacements massifs de populations et une crise humanitaire prolongée. Le sujet mérite d’être revisité actuellement avec rigueur et humanité. Car, la guerre des miliciens Kamuina Nsapu est l’un des épisodes les plus tragiques et complexes du mandat de Joseph Kabila, et ses séquelles continuent de hanter le Grand Kasaï.

Origines d’un mortel conflit

En 2016, la mort de Jean-Prince Mpandi -souvent confondu avec Jean-Pierre Tshipunda-, chef coutumier reconnu sous le nom de Kamuina Nsapu, a mis le feu aux poudres. Il avait dénoncé l’ingérence de l’État dans les affaires coutumières et accusé les forces de sécurité d’avoir violé sa femme et profané ses attributs de pouvoir.

Après sa mort, ses partisans ont formé une milice pour venger son assassinat et défendre les droits coutumiers bafoués. Le mouvement, principalement composé de jeunes Lulua, s’est radicalisé rapidement et donné lieu au déroulement et atrocités d’une violence rare.

Le conflit a été marqué par des massacres, des exécutions sommaires, des violences sexuelles, et l’utilisation d’enfants soldats. Des vidéos de l’armée montrant des enfants tués ont choqué l’opinion publique.

Des déplacements massifs des populations ont été enregistrés au point que plus de 1,4 million de personnes ont été déplacées, et des dizaines de milliers ont fui vers l’Angola.

Sur le plan politique, le conflit a été interprété comme une contestation du pouvoir central, notamment du régime Kabila, accusé de marginaliser les chefs coutumiers et les populations du Kasaï.

Conséquences actuelles

Du point de vue conséquences, il est fait mention de traumatismes persistants, dans la mesure où, les rescapés continuent de souffrir de stress post-traumatique, de dépression et d’anxiété. Les liens sociaux ont été brisés, et la stigmatisation des victimes complique leur réinsertion. Les séquelles de la guerre des miliciens Kamuina Nsapu sur la population du Grand Kasaï sont profondes, multiformes et toujours visibles aujourd’hui. Des impacts les plus marquants sont entre autres, le stress post-traumatique ci-dessus indiqué qui fait que de nombreux survivants, y compris des enfants, souffrent de cauchemars, de troubles anxieux et de dépression.

La stigmatisation sociale est frappante du moment que dans cette partie du pays très attachée aux coutumes, les femmes victimes de violences sexuelles sont souvent rejetées par leurs communautés, aggravant leur isolement.

Tandis que les familles ont été disloquées, les communautés fragmentées, et la confiance entre voisins parfois irrémédiablement rompue.

Sur le plan de la justice et réconciliation, des tentatives de réconciliation ont eu lieu, notamment avec la famille royale Kamuina Nsapu, mais les efforts restent fragmentés et entravés par l’insécurité et le manque de ressources.

Des activistes de droits humains parlent d’une mémoire effacée dès lors que le conflit est peu évoqué dans les discours officiels actuels, malgré son impact durable. Il est souvent relégué à une note de bas de page de l’histoire récente du pays.

Ce qu’il reste à faire

Pour raviver la mémoire collective et exiger justice, des campagnes de sensibilisation et de rappel sont vivement conseillées pour que jamais, de tels actes ne se reproduisent.

Le suivi permanent des victimes par les pouvoirs publics s’avère encourageant car, il est essentiel de suivre les conditions de vie des déplacés et des survivants, notamment les enfants soldats et les femmes victimes de violences sexuelles.

Profondes séquelles sur les enfants

Suite à l’enrôlement forcé, des milliers d’enfants ont été utilisés comme soldats, messagers ou boucliers humains et beaucoup d’entre eux restent traumatisés et déscolarisés à ce jour. La guerre a également laissé derrière elle, une génération d’orphelins, souvent livrés à eux-mêmes ou placés dans des structures précaires.

Ce qui entraîne un retard éducatif considérable à la faveur de l’effondrement des écoles et le déplacement des familles ont privé les enfants d’années de scolarité.

Séquelles matérielles et économiques

Aujourd’hui, c’est une vision apocalyptique qui est offerte des zones qui ont été le théâtre des combats : villages détruits, des centaines de localités qui ont été incendiées ou abandonnées, ont laissé les habitants sans abri ni infrastructures.

La perte de moyens de subsistance laisse à désirer, Les agriculteurs ont perdu leurs terres, leurs outils et leurs réseaux commerciaux. Quant à la reconstruction, elle se veut lente, l’État et les partenaires internationaux n’ont pas encore mis en place un plan de relèvement cohérent et durable.

Séquelles politiques et institutionnelles

De tout ce qui vient d’être énoncé, il va de soi que la méfiance envers l’État est grandissante, le rôle des forces de sécurité dans les exactions ayant nourri une défiance durable envers les institutions. Tandis que la crise de légitimité coutumière est également perceptible dans la mesure où, le conflit a exacerbé les tensions entre chefs traditionnels et autorités administratives, remettant en question les équilibres locaux.

La justice est restée incomplète du fait que peu de responsables du conflit ont été poursuivis, et les mécanismes de réparation restent embryonnaires.

Enquêtes menées sans succès…

Plusieurs enquêtes locales et internationales menées ont documenté l’enrôlement massif d’enfants dans les milices Kamuina Nsapu entre 2016 et 2017, notamment dans les zones de Kananga, Tshimbulu et Luiza. À Tshimbulu, une étude menée en octobre 2022 a révélé que 75 % des enfants interrogés avaient perdu au moins un parent pendant le conflit, et que beaucoup avaient été enrôlés ou témoins de violences extrêmes.

L’assassinat des experts de l’ONU : une affaire toujours trouble

Le 12 mars 2017, Zaida Catalán, une Suédo-Chilienne et l’américain Michael Sharp, tous deux, experts de l’ONU enquêtant sur les fosses communes au Kasaï, sont assassinés près de Bunkonde. Leur mission visait à documenter les exactions commises par les milices et les forces armées congolaises.

Après des années de procédure marquées par la mort de suspects, des fuites et des pressions politiques, un verdict a été rendu par le tribunal militaire en 2022, mais les zones d’ombre persistent.

 

Laurent BUADI

 

 

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