Au deuxième congrès de l’Union sacrée de la nation, Félix Tshisekedi use d’un ton martial pour galvaniser sa base !

 Au deuxième congrès de l’Union sacrée de la nation, Félix Tshisekedi use d’un ton martial pour galvaniser sa base !

Le discours de Félix Tshisekedi au deuxième congrès de l’Union sacrée de la nation a été dense, mais plusieurs points forts ont marqué les esprits et méritent qu’on s’y attarde. C’est notamment le cas de la ligne rouge à ne pas franchir sur le dialogue national. Ce qui frappe d’abord, c’est la fermeté du discours du président sur la question du dialogue quand il a clairement affirmé qu’il n’y aura jamais de dialogue en dehors de sa propre initiative, rejetant toute médiation extérieure, même bien intentionnée.

Plus est, il insiste sur un dialogue exclusivement congolais, entre ceux qui veulent reconstruire le pays et non ceux qu’il qualifie de “inféodés au diktat des pays voisins”. Tout un message.

Cette posture souverainiste, pour d’aucuns, vise à affirmer l’autorité présidentielle mais elle soulève aussi des interrogations : peut-on réellement bâtir un dialogue inclusif si l’initiative est verrouillée au sommet ? Certains y voient un risque de marginalisation des voix critiques.

Dénonçant avec virulence des “ennemis de l’intérieur” comme il les appelés, Tshisekedi promet de « combattre jusqu’à la dernière énergie » les Congolais qui, selon lui, collaborent avec des puissances étrangères pour nuire à leurs compatriotes. Il les accuse de retarder le développement du pays, favoriser le pillage des ressources naturelles, et saboter les efforts de redressement économique.

Ce ton martial, a-t-on entendu dans les commentaires, vise à galvaniser sa base, mais il polarise aussi le débat politique. Qui décide de qui est “inféodé” ? Et comment éviter que cette rhétorique serve à disqualifier l’opposition ?

Une feuille de route religieuse mise à distance

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce discours intervient juste après la publication d’une feuille de route par les confessions religieuses (CENCO, ECC, etc.), proposant un mois de la paix avec cultes œcuméniques, un dialogue d’experts pour poser les bases techniques, un dialogue politique réunissant majorité, opposition et société civile et une conférence internationale sur la paix dans la région des Grands Lacs.

S’il est vrai que Tshisekedi ne rejette pas cette initiative, mais il est aussi vrai qu’il la recadre fermement en faisant savoir qu’elle ne peut aboutir que si elle s’inscrit dans sa propre vision du dialogue.

Pour bon nombre d’analystes, le ton du président Tshisekedi au conclave de l’Union sacrée n’était pas simplement solennel, il était aussi stratégique et presque accusatoire.

Dans ce contexte, certaines figures de l’opposition comme Joseph Kabila, Moïse Katumbi ou Franck Diongo se retrouvent clairement dans le viseur politique et doivent avoir de soucis à se faire.

Même s’il ne les cite pas directement, plusieurs indices laissent penser que le président vise Kabila, dont les réseaux restent puissants, et qui est soupçonné par certains de manœuvrer en coulisses pour favoriser un dialogue international, ce que Tshisekedi rejette catégoriquement.

Tandis que Katumbi peut être concerné pour avoir récemment réaffirmé sa propre “ligne rouge” : ni soutien au M23, ni rapprochement avec le régime actuel. Il se positionne comme un opposant ferme, ce qui le place en porte-à-faux avec l’appel de Tshisekedi à l’unité nationale sous sa bannière.

Franck Diongo, quand à lui, a toujours été très critique vis-à-vis du pouvoir, et favorable à un dialogue inclusif avec médiation extérieure, une posture que Tshisekedi qualifie de “soumission au diktat des pays voisins”.

Une stratégie de verrouillage

Pour un diplomate qui a requis l’anonymat, le discours de Tshisekedi s’inscrit dans une logique plus large : verrouiller l’Union sacrée comme seule plateforme légitime, écarter les initiatives parallèles comme celle des Églises ou des facilitateurs internationaux, délégitimer les opposants en les assimilant à des “agents de l’étranger” ou à des saboteurs de la souveraineté nationale.

Laurent BUADI 

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