Salaire, mon apartheid !

 Salaire, mon apartheid !

Chronique d’un pillage en col blanc dénoncé par Éric Tshikuma

Dans les mines du Katanga, le cobalt brille, mais les salaires jettent une ombre. À Kolwezi, un ingénieur congolais touche 800 dollars par mois. Son homologue australien, pour les mêmes tâches, empoche 12.000 USD. Bienvenue dans l’apartheid salarial version XXIe siècle, où le passeport vaut plus que le diplôme.

Un député élu de la Funa, le bien nommé Éric Tshikuma, a enfin brisé le silence. Il interpelle le ministre de l’Emploi, exige des chiffres, des explications, des réformes. Mais dans les couloirs feutrés des cabinets ministériels, on préfère les courbes de croissance aux courbes de justice. Tshikuma n’est pas homme des combines. Il attend la vérité. Rien que la vérité.

Le Congo, pays d’accueil…, mais pas d’ascension

En RDC, les sociétés minières pour la plupart chinoises, canadiennes ou australiennes, recrutent à tour de bras. Mais les Congolais restent cantonnés aux postes subalternes. Les cadres viennent d’ailleurs, les primes aussi. Le code du travail ? C’est juste un document qu’on consulte quand il faut licencier, jamais quand il faut promouvoir.

Et pourtant, les mines sont sur nos terres, nos collines, nos cicatrices. Les routes sont défoncées, les écoles délabrées, mais les expatriés roulent en Land Cruiser climatisé, pendant que les ouvriers locaux s’échinent sans assurance maladie.

Des chiffres qui dérangent

Dans sa quête vers la vérité, Éric Tshikuma demande voudrait bien avoir une idée précise sur le nombre exact d’expatriés par entreprise, le ratio entre salaires locaux et étrangers et aussi le respect des permis de travail.

Mais ce qu’il reçoit, ce sont des silences administratifs, des rapports sans queue ni tête, des promesses de “concertation”. Le Congo, pays de l’oralité, excelle dans l’art de ne rien écrire quand il faut agir.

Et si on pensait autrement ?

Pourquoi ne pas imposer un quota de cadres nationaux dans chaque entreprise minière ? Pourquoi ne pas publier les grilles salariales ? Pourquoi ne pas créer une agence indépendante de contrôle du travail minier ?

La réponse à ces interrogations serait peut être négative, non seulement juste parce que cela dérangerait, mais aussi, parce que cela mettrait à nu un système où l’exploitation n’est pas seulement souterraine, mais aussi sociale. Pourtant, la réalité donne la chair de poule comme le fait voir les témoignages ci-dessous :

Paroles de mineurs : la réalité derrière les chiffres

Kolwezi, janvier 2025. Un ouvrier de la Minière de Kalukundi (LAMIKAL), sous anonymat, confie :

“Cela fait sept ans que je travaille ici. Mon salaire ne dépasse pas 500 dollars, et on me retire parfois jusqu’à 100 dollars à la source. Pendant ce temps, les expatriés vivent dans des villas sécurisées, avec des primes qui dépassent mon salaire annuel.”

Il ajoute :

“Depuis que je suis là, aucun inspecteur du travail n’a mis les pieds dans l’usine. Ils restent dans les bureaux, récupèrent leurs enveloppes, et repartent. Nous, on reste avec nos douleurs et nos silences.”

Lubumbashi, témoignage d’un technicien congolais dans une entreprise sino-congolaise :

“J’ai formé mon superviseur chinois pendant trois mois. Il ne parlait ni français ni anglais. Aujourd’hui, il gagne dix fois mon salaire et me donne des ordres.”

Likasi, témoignage d’un agent de maintenance :

“On nous parle de développement, mais nos enfants n’ont pas d’écoles décentes. Les routes sont impraticables. Les expatriés ont des hôpitaux privés, nous on a des cliniques sans médicaments.”

La géopolitique du silence 

Par un regrettable mic-mac jeu des mécanismes diplomatiques, économiques et médiatiques, les enjeux cruciaux liés au cobalt congolais sont volontairement tus ou marginalisés, juste parce que ce minerai alimente la transition énergétique mondiale, pourtant les conditions de son extraction -travail artisanal précaire, violations des droits humains, opacité des contrats- restent absentes des grandes tribunes internationales.

Il y a là, de quoi penser que ce silence est stratégique dans la mesure où, les États consommateurs évitent de remettre en cause leurs chaînes d’approvisionnement pour ne pas compromettre leurs ambitions écologiques, les multinationales préfèrent des récits de “responsabilité sociale” plutôt que de reconnaître les réalités du terrain, les élites locales peuvent instrumentaliser ce silence pour maintenir des rentes, sans rendre de comptes aux populations.

Mais qu’on le veuille ou non, ce mutisme organisé crée une zone grise où les voix des creuseurs, des femmes des villages miniers, des enfants déscolarisés, ne trouvent ni écho ni justice. C’est là que le cri du cœur du député Éric Tshikuma pourra, à coup sûr, briser le silence, documenter l’effacement, et rendre visible ce qui dérange. Nous attendons de voir.

L.B

 

 

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