Zacharie Bababaswe propose une rotation systématique du bureau à chaque session !

 Zacharie Bababaswe propose une rotation systématique du bureau à chaque session !

La crise à l’Assemblée provinciale du Kasaï-Central est bien réelle et préoccupante. Pour rappel, elle découle principalement de la déchéance du bureau dirigé par le député Daniel Lukusa lors de la session de juin 2025. Ce dernier est accusé de mauvaise gestion et de manquements procéduraux. Dix-huit députés ont contesté cette décision, mais la Cour d’appel de Kananga s’est déclarée incompétente pour statuer, estimant que le litige relevait du domaine parlementaire. Cela fait qu’à ce jour, l’Assemblée provinciale est paralysée, tandis que la population subit les conséquences d’un blocage institutionnel prolongé.

Face à cette situation handicapante et préoccupante à maints égards, le député Zacharie Bababaswe Wishiye, un élu du Territoire de Demba, suggère une rotation systématique du bureau à chaque session pour satisfaire les appétits gloutons de différentes tendances politiques. Cette idée, bien qu’innovante, soulève néanmoins plusieurs enjeux ayant non seulement des avantages, mais aussi des inconvénients.
Pour les avantages potentiels, il va de soi qu’une telle politique imaginée par Zacharie Bababaswe va contribuer à réduire les tensions internes en évitant la monopolisation du pouvoir, tout comme elle va donner lieu à l’inclusion élargie des sensibilités politiques et territoriales ainsi qu’à la dynamisation du fonctionnement parlementaire par la diversité des approches.
Mais pour certains analystes, l’approche de l’honorable Bababaswe a ses risques et ses limites, parce qu’elle va créer l’instabilité chronique avec un bureau changeant à chaque session. Ce qui pourrait nuire à la continuité administrative.
Pas que ça, il sera constaté aussi la dilution des responsabilités pouvant rendre difficile l’action d’imputer des résultats ou des échecs à un bureau éphémère. À tout prendre, ils’avère que la complexité juridique s’invitera également dans le débat, car la Constitution et les règlements intérieurs ne prévoient pas une telle rotation automatique, imaginée par l’élu de Demba.

Pistes de solutions plus durables
Selon un député national contacté par notre rédaction pour remettre les choses sur les rails, des alternatives pouvant être envisagées sont entre autres, la révision du règlement intérieur pour introduire des mécanismes de médiation et de cohabitation politique, la mise en place d’un comité de sages ou d’un organe consultatif neutre pour arbitrer les conflits internes, le renforcement de la transparence dans la gestion du bureau, avec publication régulière des rapports et audits, l’appel à la société civile et aux leaders communautaires pour jouer un rôle de pression constructive sur les élus et au aussi l’instauration d’un dialogue interinstitutionnel avec le gouvernorat et les instances nationales pour débloquer la situation.

Rattrapée par le passé !
L’Assemblée provinciale du Kasaï Central a déjà connu plusieurs épisodes de crise institutionnelle au fil des années, souvent révélateurs des tensions politiques locales, des luttes de pouvoir internes, et des failles dans la gouvernance provinciale. L’aperçu structuré de quelques crises marquantes nous rappelle que le 10 juin 2025, un bureau d’âge a convoqué une plénière qui a aboutit à la destitution du président Daniel Lukusa et de tout son bureau, pour mauvaise gestion et manquements procéduraux, comme signalé ci-haut.
Mais cet acte n’est pas resté sans conséquences, il a été contesté par 18 députés qui ont saisie la Cour d’appel de Kananga. À son tour, cette Cour s’est déclarée incompétente, estimant que le litige relève du domaine strictement parlementaire. Du coup, il s’en est suivi le blocage du fonctionnement de l’Assemblée, avec l’appel de la société civile à la dissolution de l’organe délibérant.
Avant cet épisode encore d’actualité, il a été déploré la crise de 2020 sur fond de la suspension du président de l’Assemblée par le gouverneur de province pour des raisons de gestion jugée opaque.
Pas d’accord avec la décision du gouverneur, les députés provinciaux avaient dénoncé une immixtion du pouvoir exécutif dans le législatif, faisant que la crise avait fini par s’enliser en paralysant les travaux parlementaires pendant plusieurs semaines.
De ces crises récurrentes autour des pétitions et motions, le moins que l’on puisse retenir, c’est que plusieurs sessions de l’organe délibérant ont été marquées par des pétitions visant à destituer des membres du bureau, en s’appuyant sur des méthodes contestées dont notamment, l’usage controversé du bureau d’âge pour initier des votes de déchéance, et l’absence de consensus sur les procédures.
Conséquence, ces méthodes pour le moins irréguliers, ont chaque fois, entraîné des recours judiciaires ou des blocages internes.

Quelle lecture politique et enjeux ?
Après des analyses croisées, il saute aux yeux que ce qui se vit à l’Assemblée provinciale du Kasaï central est exacerbé par la lutte d’influence au point que les crises dont il est question, traduisent souvent des rivalités entre clans politiques locaux, parfois liés à des figures nationales. De quoi avoir poussé le député Bababaswe à suggérer son idée de bureaux rotatifs.
Pourtant, il n’y a pas que cet aspect qui brouille les cartes, mais aussi les failles juridiques, dans la mesure où, il est également déploré l’’ambiguïté des textes régissant les assemblées provinciales qui permet des interprétations divergentes, souvent exploitées à des fins partisanes.
L’impact sur la gouvernance met à son tour, de l’huile au feu, faisant que ces crises à répétition freinent l’adoption de lois provinciales, bloquent les budgets, et nuisent à la mise en œuvre des projets de développement.

Laurent BUADI

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