Tshisekedi tape fort, le cobalt ne se négocie plus à genoux !

 Tshisekedi tape fort, le cobalt ne se négocie plus à genoux !

À New York, Félix Tshisekedi n’a pas seulement parlé du haut de la tribune des Nations Unies, il a posé une condition en liant l’accès aux minerais stratégiques de son pays à une exigence de sécurité la où ils sont disponibles. Cela est une rupture dans la grammaire diplomatique habituelle qui veut que la RDC. Elle veut que le pays de Lumumba ne quémande plus, mais conditionne. On est là, dans un jeu de leviers dans lequel, Washington se retrouve face à ses propres contradictions. L’Accord de Washington, censé baliser le retrait rwandais et apaiser les tensions, devient un test de crédibilité. Entre cobalt et cohérence, l’Amérique est appelé à choisir. La démarche de Félix Tshisekedi se trouve ainsi à la croisée de la diplomatie, de la souveraineté et du rapport de force, selon des milieux diplomatiques. Convaincus que ce qui se joue-là, est tout sauf banal. Car pour pour eux, il s’agit d’une séquence diplomatique tendue, révélatrice d’un bras de fer géostratégique où la RDC tente de redéfinir les termes de sa souveraineté.

En effet, lors de son passage à New York pour l’Assemblée générale de l’ONU, en marge du 80ème anniversaire de cette institution internationale, Félix Tshisekedi a clairement posé ses conditions : il n’y aura pas de cobalt, ni de lithium, sans paix dans l’Est. Le président congolais a exigé que tout accord économique avec les États-Unis soit conditionné à des garanties sécuritaires, notamment le retrait des troupes rwandaises du sol congolais. Ce n’est pas seulement une posture morale, c’est aussi une stratégie de levier sur les chaînes d’approvisionnement critiques pour les industries américaines.

Trump face au dilemme : minerais ou principes ?
L’administration Trump qui a facilité l’Accord de Washington le 27 juin dernier, entre la RDC et le Rwanda, se retrouve dans une position délicate. D’un côté, elle veut sécuriser l’accès aux minerais stratégiques pour les batteries, la défense et l’aérospatiale. De l’autre, elle est sommée de faire respecter les engagements sécuritaires pris par Kigali, notamment le désengagement militaire et la neutralisation des FDLR.
Pourtant, il s’avère que cet Accord de Washington se trouve actuellement coincé entre promesse et mise en œuvre. Comment ne pas le souligner, dès lors que cet accord qui prévoit une mise en œuvre progressive dès octobre, avec un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire, bute à des tensions persistantes.
Le Rwanda traîne sur le retrait de ses forces, et les liens avec le M23 restent un point de friction majeur. Du coup, Félix Tshisekedi, en liant les minerais à la paix, force Washington à choisir entre ses intérêts économiques et ses principes diplomatiques.
Pour plus d’un observateur avisé, ceci est une manœuvre habile et risquée choisie par Tshisekedi, mais qui a tout de cohérente avec une volonté de sortir du rôle de fournisseur passif de ressources, en transformant les minerais en outil de souveraineté, et obligeant les puissances occidentales à traiter la RDC comme un acteur stratégique, pas un simple réservoir.

Lier la parole aux actes, un impératif
Pour rappel, l’accord de Washington, signé en juin, sous l’égide américaine, devait marquer un tournant en faisant appliquer un cessez-le-feu diplomatique, une promesse de désengagement militaire, et surtout, un mécanisme de coordination sécuritaire entre Kinshasa et Kigali.
Mais aussi curieux que cela puisse paraître, rien ne semble réellement se mettre en place. De quoi remettre sur la sellette, le devoir de Tshisekedi vis-à-vis de son peuple en se souvenant qu’à l’heure où les minerais stratégiques deviennent l’oxygène des industries occidentales, la RDC a besoin de rappeller à l’oncle Sam que la paix n’est pas une clause secondaire. Ainsi, le président congolais, en liant cobalt et sécurité, transforme un accord technique en test de souveraineté. Et face à lui, Washington hésite entre faire pression sur le Rwanda ou risquer de compromettre ses chaînes d’approvisionnement.

Le dilemme américain
Les États Unis se trouvent à la croisée des intérêts et sommés de choisir entre les minerais stratégiques ou la cohérence diplomatique. En effet, l’administration Trump, en quête de sécurisation des chaînes d’approvisionnement en cobalt et lithium, se retrouve prise dans un étau diplomatique. D’un côté, elle a besoin de la RDC pour alimenter ses industries de défense, de mobilité électrique et de haute technologie. De l’autre, elle est contrainte de faire respecter un accord qu’elle a elle-même parrainé à Washington le 27 juin et qui censé garantir le retrait des forces rwandaises et la stabilisation de l’Est congolais.
Pourtant, le Rwanda, allié stratégique dans la région et pivot sécuritaire pour les États-Unis, n’a pas respecté les engagements de retrait de ses troupes sur le sol congolais. Les liens persistants entre Kigali et le M23, les incursions armées, et les violations territoriales d’un pays voisin, mettent ainsi Washington dans une position intenable en cherchant comment justifier l’exploitation des minerais congolais tout en tolérant l’insécurité qui gangrène leur zone d’extraction ?

L’art de savoir mettre la pression…
Félix Tshisekedi, en liant explicitement les ressources à la sécurité, force les États-Unis à choisir, estiment des spécialistes. Soit, l’administration Trump fait pression sur le Rwanda pour qu’il respecte l’accord, au risque de froisser un partenaire régional. Soit elle ferme les yeux sur les violations, et compromet la crédibilité diplomatique du président américain, tout en risquant de voir Kinshasa suspendre ou renégocier les accords miniers que la Chine n’entend pas voir disputer avec les Américains.
À tout prendre, ce dilemme révèle une tension plus large qui sonne la fin de l’impunité diplomatique dans les relations Nord-Sud. La RDC, dans ce cas, ne joue plus le rôle de fournisseur silencieux, elle impose des conditions, exige des garanties et transforme ses ressources en levier de souveraineté.

Laurent BUADI

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