Sécurité incendie : une urgence nationale ignorée

Les jours se suivent et, malheureusement, se ressemblent. En République démocratique du Congo, force est de reconnaître que nous n’avons toujours pas tiré les leçons nécessaires face à la récurrence et à la gravité des incendies domestiques et des bâtiments.
Pourtant, les alertes ont été nombreuses et répétées. Le 3 août 2022, lors de mon intervention à Radio Okapi, j’avais déjà attiré l’attention sur cette problématique cruciale de la sécurité incendie dans nos constructions. J’ai renouvelé cet appel le 17 août 2023 dans Forum des As, puis à nouveau en novembre 2023 lors de l’Expo Béton, où j’ai consacré une présentation entière à ce sujet. Malgré ces interpellations successives, le constat reste alarmant : des années après, aucune avancée significative n’a été enregistrée.
Un simple échange avec des architectes et des ingénieurs en RDC permet de mettre en lumière une réalité préoccupante : la sécurité incendie n’est pas encore intégrée comme un réflexe dans la conception des projets. Et même parmi ceux qui abordent la question, beaucoup en maîtrisent insuffisamment les principes. L’une des causes majeures est le déficit de formation : les étudiants sont peu sensibilisés et insuffisamment préparés à ces enjeux. Cela soulève une question fondamentale : s’agit-il d’un manque de volonté des institutions de formation ou d’un manque d’experts spécialisés dans ce domaine ?
À cela s’ajoute l’absence d’une législation forte, claire et contraignante en matière de sécurité incendie, qui influence directement les pratiques professionnelles et la qualité de la formation. Sans cadre normatif rigoureux ni mécanismes de contrôle efficaces, la sécurité reste reléguée au second plan.
L’incendie survenu ce 17 mai 2026 à l’église Shekinah à Kinshasa doit être perçu comme un signal d’alarme majeur. Il nous oblige à nous interroger collectivement sur le niveau réel de sécurité incendie de nos constructions, qu’elles soient anciennes ou récentes. Car une vérité s’impose : personne n’est à l’abri. Président, ministres, députés, professeurs, étudiants, pasteurs, enfants, riches ou pauvres — nous fréquentons tous les mêmes bâtiments, souvent dans une inconscience totale du risque.
Un exercice simple consisterait à évaluer le niveau de sécurité incendie de certaines infrastructures emblématiques de Kinshasa : le Palais du peuple, la RTNC, l’Hôtel du Fleuve, le nouveau centre financier, le Palais de la Nation, ainsi que de nombreux immeubles privés et centres commerciaux. Le constat serait sans appel : très peu de ces bâtiments réussiraient un test rigoureux de conformité. Et pourtant, ces lieux sont fréquentés quotidiennement par des autorités et des citoyens, souvent sans aucune perception du danger. Ces exemples, bien qu’ancrés à Kinshasa, reflètent une problématique nationale qui concerne toutes les provinces.
Une problématique technique majeure
Au regard de la multiplication des incendies à Kinshasa et probablement dans toute la RDC, la cause principale est, à mon sens, largement technique.
* Instabilité du courant électrique : Le réseau électrique à Kinshasa est notoirement instable. Ces fluctuations peuvent endommager les équipements, provoquer des surcharges et, dans certains cas, déclencher des incendies.
* Vieillissement des bâtiments : De nombreux immeubles importants (ONATRA, SOZACOM, etc.) datent des années 60, 70 et 80. Dans plus de 80 % des cas, leurs installations électriques ne sont plus adaptées aux usages modernes, ce qui augmente considérablement les risques d’incendie. À cela s’ajoute la présence possible d’amiante, constituant un autre danger pour la santé et la sécurité.
* Absence de contrôle technique fiable : À ce jour, il n’existe pas en RDC d’organisme officiel crédible spécialisé dans la certification des installations électriques. Cela signifie que même les nouveaux bâtiments, parfois de grande hauteur, ne présentent aucune garantie réelle de conformité.
Nous faisons donc face à une double menace : d’un côté, un parc immobilier ancien dont les installations sont obsolètes, et de l’autre, une prolifération de nouvelles constructions sans contrôle rigoureux des systèmes électriques.
Quelles solutions ?
Pour inverser cette tendance, plusieurs mesures s’imposent :
* Mettre en place une législation forte et contraignante en matière de sécurité incendie ;
* Conditionner l’octroi des permis de bâtir au respect strict des normes de sécurité ;
* Créer et renforcer des organismes de certification indépendants pour les installations électriques et les systèmes de sécurité incendie ;
* Intégrer de manière obligatoire la sécurité incendie dans les programmes de formation des architectes et ingénieurs ;
* Promouvoir une culture générale de la prévention au sein de la population.
Quelques consignes en cas d’incendie:
* Arrêter immédiatement toute activité ;
* Couper et éteindre les appareils électriques si possible ;
* Fermer les fenêtres pour éviter les appels d’air qui attisent les flammes ;
* Rester calme et suivre les consignes d’évacuation et des secours ;
* Se baisser pour éviter les fumées (l’air est plus respirable près du sol) ;
* Ne jamais utiliser les ascenseurs ou monte-charges.
En conclusion, si nous ne prenons pas conscience collectivement de cette réalité, ces drames continueront de se multiplier. La sécurité incendie n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale.
N’attendons pas de perdre les nôtres pour agir.
Christian Basunga, Ingénieur des constructions
