En attaquant Uvira à visage découvert...: Paul Kagame a réveillé le rapport Mapping !

Lorsqu’un Paul Kagame, acteur régional majeur franchit une ligne symbolique, par une attaque menée sur un axe aussi sensible qu’Uvira, dans un contexte où un accord international récent existe, celui de Washington, il ne crée pas seulement un incident militaire. Il réactive des mémoires, des jurisprudences, des archives, et il remet en circulation des outils que beaucoup préféraient laisser dormir. Et en voulant défier un cadre diplomatique ( cet Accord de Washington) et tester la réaction américaine, Kagame a rouvert malgré lui, la boîte noire du passé. Celle que le rapport Mapping avait scellée provisoirement.
Pour maints analystes, le geste posé par le président Rwandais est stratégique parcequ’il s’agit d’une attaque qui dépasse le cadre militaire, dès lors que frapper Uvira, c’est toucher un nœud qui est le corridor stratégique vers le Burundi, une zone historiquement sensible dans les dynamiques régionales et un espace où les responsabilités extérieures ont toujours été scrutées à la loupe.
Dans un contexte où un accord international vient d’être signé, ce geste est lu comme un bras de fer diplomatique, pas seulement une opération militaire.
Le contrecoup inattendu serait sans doute la réactivation du passé. En voulant montrer à la face du monde, qu’il ne se sent pas lié par un accord récent, Kagame réactive involontairement les archives qui documentent les responsabilités régionales dans les violences passées.
Et là, plusieurs voix -juristes, ONG, diplomates- reviennent sur une idée selon laquelle, si les dynamiques de 2025 ressemblent à celles de 1998–2003, alors un Mapping bis devient légitime. Parce que le Mapping original documentait déjà des opérations transfrontalières, des violations graves, des responsabilités partagées et des patterns de violence qui semblent se répéter.
Autrement dit, la répétition crée la nécessité d’un nouveau rapport Mapping.
Le paradoxe politique de ce dossier est qu’en voulant défier les USA, en voulant montrer sa force, en voulant défier un accord international, en voulant tester la réaction américaine, Kagame s’expose et ouvre la porte à un débat qu’il voulait précisément éviter.
Dans la mesure où, un Mapping bis, même hypothétique, signifierait un réexamen des responsabilités régionales, une mise en lumière des continuités entre les conflits d’hier et d’aujourd’hui, la pression internationale renouvelée et surtout, la réactivation de la mémoire des victimes.
C’est exactement ce que beaucoup d’acteurs régionaux redoutent. La boulimie stratégique de Paul Kagame devient ainsi un auto-piège. Parce que son défi diplomatique réveille les fantômes du passé, son geste militaire rallume la demande de justice au point qu’en voulant effacer un accord, Kagame réveille un rapport.
Laurent BUADI
