Le NON de Kinshasa au dialogue Thabo Mbeki: Entre diplomatie affirmée et rejet stratégique !

Depuis plusieurs mois, la RDC est engagée dans une série de démarches diplomatiques visant à résoudre la crise sécuritaire dans l’Est du pays. Et dans ce cadre, la Fondation Thabo Mbeki vient également de proposer un dialogue inclusif impliquant plusieurs acteurs, dont Corneille Nangaa, chef de l’AFC. Kinshasa a catégoriquement rejeté cette initiative, invoquant son caractère inopportun et les biais supposés du médiateur. Thabo Mbeki est accusé de méconnaître la crise actuelle et d’avoir tenu des propos jugés ambigus, voire complaisants envers les agresseurs du peuple congolais. Tandis que le rejet du rôle de Corneille Nangaa en voulant la présence du chef de l’AFC dans le processus, est perçue comme une tentative de légitimation d’un mouvement rebelle.
Sans surprise, et eu égard à tout cela, Kinshasa vient de réserver une fin de non recevoir au dialogue politique préconisé par Thabo Mbeki. Pour d’aucuns, cela a tout d’un non alignement à une démarche qui n’a rien avec les processus de Washington et Doha. La position du gouvernement congolais est vue de pragmatique par bon nombre d’analystes qui estiment que les dernières déclarations du gouvernement congolais – à travers le porte-parole Patrick Muyaya -, sur le refus de participer au dialogue proposé par la Fondation Thabo Mbeki sont riches en angles d’analyse.
Le refus catégorique de Kinshasa a été rendue publique par la voix de Patrick Muyaya qui a rejeté l’invitation au dialogue, qualifiant l’initiative d’« inopportune » et son initiateur de « partisan ».
La multiplicité des processus de paix en cours sert de motivation à la position de Kinshasa qui insiste sur le fait qu’il est déjà engagé dans des démarches diplomatiques sérieuses, notamment le processus bilatéral avec Washington, centré sur les tensions avec Kigali, l’’initiative de Doha qui implique des discussions avec les rebelles du M23/AFC, une feuille de route interne élaborée avec les confessions religieuses.
Ce qui justifie le refus d’un dialogue parallèle par le gouvernement de Kinshasa, craignant que l’initiative de Mbeki ne brouille les pistes et n’affaiblisse les efforts en cours. Comme pour dire que trop de médiations tuent la médiation.
À tout prendre, le refus de Kinshasa de participer au dialogue proposé par Thabo Mbeki serait-il un rejet tactique, une affirmation de souveraineté diplomatique, ou un repositionnement stratégique dans le jeu régional ?
C’est tout le débat…
Laurent BUADI
