Jean-Pierre Bemba, le ministre qui trace des rails dans l’air !

Jean-Pierre Bemba Gombo reste ce ministre des Transports et Voies de communication qui déborde des idées novatrices pour le développement de son secteur. Après avoir dévoilé son idée de mettre en place une usine pour fabriquer des locomotives de trains en RDC, il revient de nouveau nous parler d’une usine de fabrication des rails au pays. Cela laisse voir que l’homme a de la suite dans ses idées, parce qu’on ne peut pas envisager la production des locomotives avec un réseau ferroviaire decadant tel que celui de la RDC.
Pour des experts en la matière, l’idée de coupler une usine de montage des locomotives avec une usine de fabrication des rails traduit une logique d’intégration industrielle, car on ne se limite plus à importer ou assembler, mais on cherche à maîtriser toute la chaîne ferroviaire. Cela révèle en effet, une vision d’ensemble qui consiste à penser locomotives et rails ensemble, une façon d’anticiper la cohérence du réseau ferroviaire.
Il n’y a pas mieux pour sauver la souveraineté industrielle, parce que produire localement les rails réduit la dépendance aux importations, souvent coûteuses et lentes. Comme effet d’entraînement, cette politique peut à sa juste valeur, stimuler d’autres secteurs tels que la sidérurgie, la logistique, la formation technique et les emplois.
Le signal politique lancé par Jean Pierre Bemba est de montrer à la face de la nation, qu’au-delà de l’économie, le ministère des Transports et Voies de communication veut inscrire son action dans la durée.
ATTENTION AUX PARADOXES
Ici, l’on doit chercher à comprendre qu’en terme de capacité réelle, une usine de rails suppose une sidérurgie robuste, or le Congo peine encore à valoriser son minerai de fer. Tandis que sur le plan financement et gouvernance, sans transparence, ces projets risquent de rester des annonces spectaculaires mais sans suivi.
Combien de projets ferroviaires annoncés n’ont jamais vu le jour ? La question mérite d’être posée dans la mesure où le président de la République Félix Tshisekedi a fait rêver les Congolais avec un projet futuriste de la modération et mise en place de 10.000 km de Voies ferrées pour couvrir toute la RDC en partenariat avec la société Congo Railsways Développement -CRD-. Aujourd’hui, personne n’en parle plus.
D’où , il y a lieu de déplorer le contraste qui existe entre “grande vision” et “réalité des rails absents”. Parce qu’après les locomotives, voici les rails…, bientôt peut-être les gares suspendues et les passagers imaginaires. En somme, la vision est grandiose, mais encore flottante.
ÉVITER DE BâTIR DES CHâTEAUX EN ESPAGNE…
Le ministre des Transports et Voies de communication doit éviter d’être présenté comme un architecte du vide, qui dessine des rails sur des cartes sans ballast ni acier. En se basant sur des rails en papier, tracés à l’encre diplomatique, qui ne supportent que le poids des promesses en faisant du Congo, le seul pays où les rails arrivent avant la sidérurgie, où l’on fabrique des rails sans fer, comme on signe des accords sans paix et où le ministre des Transports et Voies de communication trace des lignes droites dans un pays où les routes sont des labyrinthes. Bref, il serait complètement absurde d’annoncer une usine de rails sans une base sidérurgique.
Laurent BUADI
