Par sa dénonciation des opérateurs pétroliers bénéficiant de compensations injustifiées de l’État...: Daniel Mukoko Samba marque un tournant dans la gestion du secteur pétrolier congolais !
Ministre de l’Economie nationale, Mukoko Samba vient de jeter le pavé dans la mare en dénonçant la maffia qui a existé pendant deux décennies dans le cadre du dossier de compensation de manque à gagner aux opérateurs du secteur pétrolier en RDC, sur fond d’un détournement de fonds érigé en règle. L’affaire fait présentement grand bruit. Un spécialiste en économie des marchés contacté par notre rédaction en fait une lecture spécifique et tire les leçons.
Ce professeur estime que cette sortie de Daniel Mukoko Samba marque un tournant dans la gestion du secteur pétrolier congolais, et elle mérite une lecture attentive, surtout à l’aune de ton expertise en gouvernance et mémoire historique. Ce que Mukoko Samba vient de réaliser est un coup de balai ou un acte de rupture ?, se demande notre interlocuteur qui souligne que quand bien même cela a tout d’une dénonciation tardive, mais est structurée parce que Mukoko Samba ne se contente pas seulement d’un coup de gueule médiatique, mais il s’appuie sur des audits et des procès-verbaux du Comité de suivi de la structure des prix des produits pétroliers (CSPPP), qui révèlent que sur 210 sociétés contrôlées, 127 doivent restituer des bénéfices à l’État. La population est contente d’apprendre que la chute des pertes et manques à gagner de 288,6 à 31,6 millions USD en un an, atteste d’un changement de paradigme, parce que la certification trimestrielle, la suppression des subventions aux sociétés minières, et l’exclusion des sociétés fictives sont autant de signaux d’assainissement.
Une maffia institutionnalisée ?
Ce que Mukoko Samba qualifie de “maffia” semble désigner un système de détournement régulier, où des opérateurs pétroliers bénéficiaient de compensations injustifiées, parfois sans dossiers complets, et juste avec la complicité passive ou active de certaines administrations. Et le fait que cette pratique ait duré deux décennies, interroge sur la responsabilité des gouvernements successifs depuis Kabila jusqu’à ce jour, et sur l’architecture même de la régulation pétrolière.
Une opération de transparence à double tranchant
Si d’un côté, la réforme est saluée par le FMI, qui y voit une avancée vers la rationalisation des subventions et une hausse des recettes publiques (FONER +64%), de l’autre, cette dénonciation publique de Mukoko Samba pourrait fragiliser certains équilibres politico-économiques, en exposant des réseaux d’intérêts qui ont prospéré dans l’opacité, confie le spécialiste, en arguant que c’est un moment propice à la reconstitution des chaînes de responsabilité : quels ministres, quelles entreprises, quels mécanismes ont permis cette dérive pendant les vingt ans de la rente pétrolière détournée.
Une mémoire à reconstruire
Cette affaire, à en croire notre interlocuteur, touche à la mémoire économique du pays dès lors qu’elle voudrait que l’on s’interroge comment le secteur pétrolier a-t-il été instrumentalisé au détriment du pouvoir d’achat ? Mais il réjouit de la baisse récente du prix du carburant (jusqu’à 13% à Kinshasa)et l’annonce d’une réduction de 300 FC dans les zones Ouest et Nord. Ce qui montre que si les réformes ont un impact concret, elles doivent néanmoins s’inscrire dans une narration plus large de réparation et de justice économique. À tout prendre, Mukoko Samba a levé un lapin, reste à ce que le Procureur Firmin Mvonde fasse sa part du travail pour mettre hors d’état de nuire les maffieux qui ont longtemps puisé dans les caisses de l’État en se cachant derrière la loi du silence quoi les couvrait pour être ni vus, ni connus. Quelque soit la longueur de la nuit, le soleil finit par apparaître. Le sage professe que le mensonge prend toujours l’ascenseur, tandis que la vérité emprunte l’escalier, mais arrive à destination.
Laurent BUADI
