Contre-note publique du Cabinet Lecc

 Contre-note publique du Cabinet Lecc

À l’attention de M. Loucas Alouma Économiste. – loucasalouma@yahoo.fr
Objet : Réaction à la tribune du 14 octobre 2025 – «Note à l’attention des économistes formés en RDC »
Kinshasa, le 16 octobre 2025

Le Cabinet LECC a analysé avec le plus grand intérêt votre tribune, véritable appel à l’intégrité intellectuelle et à la responsabilité sociale des économistes congolais. Nous saluons la force et la lucidité de votre plaidoyer.

Toutefois, par souci de rigueur analytique, il nous semble nécessaire de nuancer certaines affirmations et de rétablir un équilibre d’appréciation concernant les récentes mesures de politique monétaire de la Banque Centrale du Congo (BCC).

I. Points d’accord : la nécessité de réformes structurelles
Votre analyse met avec justesse en lumière les causes profondes de l’instabilité monétaire, qui tiennent moins à la conjoncture qu’à la faiblesse structurelle de l’économie nationale.
Sur la gouvernance minière vous avez raison de rappeler que la souveraineté économique de la RDC dépend du rapatriement effectif des devises d’exportation et de la maîtrise de la chaîne de valeur minière. C’est à ce niveau que se joue l’autonomie monétaire réelle du pays.
Sur la discipline budgétaire nous souscrivons à votre constat sur le déficit budgétaire chronique, la pratique des paiements d’urgence et le poids du train de vie de l’État. Ces déséquilibres récurrents alimentent la création monétaire et, in fine, la pression inflationniste.
Sur la rigidité des prix votre remarque sur l’illusion monétaire est d’une grande pertinence, une appréciation du franc congolais qui ne se traduit pas par une baisse des prix au détail signale un dysfonctionnement structurel du marché, lié à la faible concurrence et à l’inefficacité du contrôle économique.
Il s’agit là d’un enjeu de gouvernance économique, non de politique monétaire.

II. Points de divergence : la sévérité excessive de votre lecture de l’action de la BCC
Votre tribune pèche, à notre sens, par un excès de sévérité à l’égard de la BCC et une sous-estimation du contexte d’urgence dans lequel ses décisions ont été prises.

1. Une urgence monétaire réelle et maîtrisée
L’intervention de la BCC a mis un coup d’arrêt à la spirale spéculative qui menaçait d’emporter la monnaie nationale au-delà de 2 800 FC pour 1 USD. La stabilisation rapide autour de 2200/2300 FC constitue une victoire tactique, indispensable pour restaurer la confiance et freiner la transmission inflationniste des importations.
Critiquer cette action au motif que les prix intérieurs ne baissent pas revient à confondre les champs de compétence la BCC agit sur la stabilité monétaire et le taux de change ;

le Gouvernement doit assurer le contrôle des prix, de la fiscalité et de la régulation économique.
La non-répercussion de l’appréciation du franc sur les prix (asymétrie classique et fréquente signalée par notre Cabinet dans une note précédente du 6 octobre 2025) tient à une défaillance d’encadrement économique, et non à un défaut de politique monétaire.

2. Le taux directeur à 25 % est une mesure de crédibilité
Vous interprétez le relèvement du taux directeur comme une rigueur excessive. Nous y voyons au contraire un signal fort de crédibilité monétaire dans un contexte d’instabilité et de dollarisation avancée.

Un taux d’intérêt réel positif était nécessaire pour plusieurs raisons notamment : renforcer la confiance dans le franc congolais ;
encourager l’épargne locale plutôt que la thésaurisation en devise ;
contenir la liquidité excédentaire, principale source d’inflation.
La réduction récente du taux directeur à 17,5 % traduit le succès de cette stratégie, et non un aveu d’erreur.

3. Les réserves obligatoires comme outil de stabilisation
Votre lecture des réserves obligatoires comme simple instrument prudentiel mérite d’être complétée.
Leur ajustement agit directement sur la liquidité bancaire et donc, indirectement, sur le taux de change.

En contraignant les banques à immobiliser une part accrue de leurs ressources, la BCC a réduit la pression sur le marché des changes et soutenu la valeur du franc congolais.

III. Conclusion : complémentarité plutôt qu’opposition
Votre tribune joue un rôle salutaire dans le débat économique national en rappellant que la monnaie n’est stable que dans une économie solide.
Cependant, il importe de distinguer deux plans d’action complémentaires :
L’action monétaire de court terme (BCC) a été tactiquement réussie et a permis de contenir une crise spéculative majeure.

Les réformes structurelles qui doivent être menées par le Gouvernement peuvent seules assurer la durabilité de cette stabilité et traduire les gains monétaires en amélioration concrète du pouvoir d’achat.
Le Cabinet LECC invite dès lors la communauté des économistes congolais à soutenir la stabilité obtenue, tout en appelant avec la même fermeté à une refonte structurelle des politiques publiques et budgétaires.

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– Léon Engulu III – LECC

Léon Engulu III a été Coordonnateur a.i du Mécanisme National de Suivi, chargé de la préparation et du suivi des réformes en RDC.

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