Course au perchoir de l’Assemblée nationale: Christophe Mboso, la tonitruante voix de l’Ouest réduite au silence !

La partie Ouest de la RDC semble désormais devenue orpheline de ses voix fortes avec l’effacement de Christophe Mboso de la course du perchoir de l’Assemblée nationale, comme l’a voulu l’Autorité morale de l’union sacrée de la Nation, en portant son dévolu sur Aimé Boji appartenant à l’Est du pays, au point de fragiliser davantage l’équilibre géopolitique déjà mise à mal.
Le silence des tambours de l’Ouest
Pour le petite histoire, il fut un temps où l’hémicycle de Lingwala tremblait sous les coups de voix rauques et sans détour. Christophe Mboso, le patriarche de Kenge, lançait ses injonctions comme des flèches empoisonnées : “Chers collègues du grand Kivu, sortez des groupes armés, sinon nous allons vous citer…”. Une alerte qui résonne encore dans les couloirs de l’Assemblée nationale comme un rappel d’un temps où l’Ouest avait son porte-voix. Aujourd’hui, ce même Mboso, désormais relégué au rang de second vice-président, voit sa candidature au perchoir contestée, marginalisée, voire étouffée, pour des raisons difficiles à comprendre.
Pour maints analystes politiques, ce n’est pas un simple revers électoral, là où l’on s’attendait à l’organisation des primaires pour départager les ambitions des candidats issus d’une même famille politique, c’est plutôt une mise sous éteignoir d’un courant politique, d’une géographie parlementaire de la zone lingalaphone, d’une mémoire collective.
En effet, l’Ouest du pays, longtemps représenté par des figures fortes comme Antoine Gizenga, Cleophas Kamitatu ou Ne Muanda Nsemi, semble désormais relégué au rôle de figurant dans le théâtre politique national. Ces voix, jadis tonitruantes, ont été successivement neutralisées par la mort pour les uns, par l’exil ou le poids de l’âge et par la marginalisation pour les autres.
Christophe Mboso, le dernier baroudeur de cette lignée, incarne une forme de résistance institutionnelle. Son exclusion de la course au perchoir, malgré une loyauté affichée envers le président Tshisekedi, soulève une question lancinante : “l’Ouest du pays est-il volontairement tenu à l’écart ?”. Car, pendant que les swahiliphones consolident leur présence au sommet -avec Sama Lukonde au Sénat et une série de nominations orientées-, l’Ouest -pourtant berceau de mouvements idéologiques et de contestation-, se retrouve sans figure de proue.
Ce silence n’est pas anodin. Il est le fruit d’un calcul géopolitique où les équilibres régionaux sont redessinés au gré des alliances, des intérêts et des ambitions. L’Ouest, trop frondeur, trop imprévisible, trop enraciné dans une mémoire populaire, semble ne plus convenir à l’architecture politique actuelle. On préfère des voix plus dociles, des figures plus malléables.
Mais ce silence peut être trompeur. Car l’Ouest, même sans perchoir, garde ses tambours. Il murmure dans les quartiers de Matadi, dans les collines de Kenge, dans les archives de Bundu dia Mayala. Il attend son heure, peut-être une nouvelle génération, peut-être un nouveau Mboso, au moment où les enjeux de taille profitent à l’horizon. Cas du changement de la constitution qui nécessite le courage et le réalisme des politiciens casse-cou. Ceux qui n’ont que la nation pour raison d’être.
À tout prendre, l’effacement de l’Ouest n’est pas une fatalité, c’est une chronique en suspens, une mémoire en attente de réactivation. Et si la politique actuelle préfère les équilibres feutrés, l’histoire, elle, n’oublie jamais les voix qui ont fait trembler les murs.
Les équilibres régionaux comme boussole invisible…
Pour ceux qui n’ont pas leurs langues en poche, le choix de Aimé Boji comme candidat unique de l’Union sacrée de la nation, un originaire du Sud-Kivu, est interprété comme une réponse aux frustrations de l’Est longtemps sous-représenté. Ainsi, sa désignation devient un outil de pacification territoriale, au détriment parfois de la logique partisane ou du mérite électoral.
Le Journal
