Constitution : Boshab bouscule le tabou des dispositions intangibles

 Constitution : Boshab bouscule le tabou des dispositions intangibles

La question de la révision de la Constitution de la République démocratique du Congo continue d’alimenter les débats dans les milieux académiques et juridiques. À l’occasion d’une réflexion scientifique organisée samedi 30 mai 2026 par le Département de droit public interne de la Faculté de droit de l’Université de Kinshasa (UNIKIN), le professeur émérite Évariste Boshab a relancé un sujet particulièrement sensible : celui des dispositions constitutionnelles dites intangibles.

Cette rencontre, consacrée à l’examen de la Constitution du 18 février 2006, s’inscrivait dans le cadre de la célébration de la fin du mandat du professeur Dieudonné Kaluba Dibwa à la tête du département. Universitaires, chercheurs et spécialistes du droit se sont réunis pour analyser les défis que pose l’évolution du texte fondamental de la RDC vingt ans après son adoption.

Au cœur de son intervention, Évariste Boshab a défendu l’idée selon laquelle la Constitution ne saurait être considérée comme un document figé. Selon lui, les profondes mutations politiques, institutionnelles et sociales enregistrées depuis 2006 justifient une réflexion sur l’adaptation de certaines dispositions du texte fondamental.

Mais c’est surtout sa position sur les dispositions dites intangibles qui a retenu l’attention. Le professeur émérite a estimé qu’il existe un véritable débat scientifique autour de ces clauses bénéficiant d’une protection particulière. Sans remettre en cause leur importance, il a soutenu que l’architecture constitutionnelle ne devrait pas être érigée en principe immuable, rappelant qu’aucune œuvre humaine n’échappe à l’évolution du temps et des réalités.

Pour Évariste Boshab, toute réflexion sur une éventuelle réforme constitutionnelle doit cependant s’appuyer sur l’expertise et non sur les passions politiques. Il a plaidé pour l’implication d’experts indépendants capables d’évaluer objectivement les forces, les limites et les besoins d’adaptation de la Constitution congolaise.

L’ancien président de l’Assemblée nationale a également appelé à s’inspirer des expériences étrangères. Prenant l’exemple de la France, il a souligné que les débats sur l’évolution de la Constitution y occupent régulièrement une place importante dans la vie politique et universitaire, démontrant que les textes fondamentaux peuvent être adaptés aux exigences de leur époque.

Par ailleurs, le professeur a regretté la faiblesse de la production scientifique consacrée à la révision constitutionnelle en RDC. Selon lui, le nombre limité d’ouvrages et de recherches sur la question freine la qualité du débat national et empêche parfois une compréhension approfondie des enjeux liés à l’évolution du cadre constitutionnel.

En conclusion, Évariste Boshab a insisté sur la nécessité de privilégier une approche scientifique, méthodique et rigoureuse dans l’examen de toute réforme constitutionnelle. Pour lui, les discussions sur l’avenir de la Constitution doivent être guidées par la recherche, l’expertise et l’intérêt général, plutôt que par les considérations partisanes ou émotionnelles.

La Rédaction

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