Adolphe Muzito dresse un tableau sombre sur l’opposition congolaise !

L’acteur politique Adolphe Muzito a, dans sa 33ème tribune, fait allusion à la déclaration du 11 juillet 2025 portée par un groupe d’opposants qualifiés de «radicaux», laquelle a suscité en lui un intérêt particulier. Muzito révèle que derrière les prises de position et les appels à l’action, il a perçu une forme de désorientation politique qui mérite une analyse dépassionnée. Car, au-delà des slogans, l’essentiel demeure : quelle est la finalité de l’action politique de l’opposition en République Démocratique du Congo aujourd’hui ? Et surtout, quelles en sont les méthodes ? Ce sont les deux axes autour desquels l’acteur politique propose une réflexion critique, mais constructive.
Pour cet acteur politique congolais, l’opposition politique se trouve entre posture et projet dès lors qu’il existe historiquement deux grandes voies d’expression pour une opposition confrontée à un pouvoir en place : la voie conflictuelle et la voie démocratique.
Il explique que la première voie qui est radicale, prend la forme d’un affrontement direct par les armes ou par la violence politique et elle considère la conquête du pouvoir comme une fin justifiant tous les moyens, même les plus extrêmes. Cette voie, périlleuse et souvent contre-productive, dit-il, s’inscrit dans une logique de rupture brutale.
Tandis que la seconde voie qui se veut républicaine, repose sur des principes démocratiques : manifestations pacifiques, participation électorale, dialogue institutionnalisé et débats d’idées dans les médias. Elle vise non à détruire, mais à proposer, convaincre et éventuellement alterner le pouvoir par la voie des urnes.
Dans un État démocratique, l’opposition n’est pas une force en marge, mais une institution politique essentielle, gardienne de l’alternance et force de proposition. Elle devrait se constituer en coalition structurée, avec des lignes idéologiques lisibles (gauche, droite, centre, écologie, etc.), un programme commun et un pacte politique clair face à la majorité.
Pourtant, regrette Muzito, ce n’est pas le cas en RDC où l’opposition, fragmentée et erratique, peine à se constituer en un bloc solide. Ce manque de cohésion favorise une instabilité politique chronique et nuit à la lisibilité de l’offre politique alternative.
A ce propos justement, l’un des maux profonds qui gangrènent l’opposition congolaise réside dans l’absence d’idéologie claire, de principes fermes et de vecteurs politiques structurants. Cette carence alimente un véritable vagabondage politique, où l’on observe des acteurs évoluer sans boussole, naviguant entre les courants au gré des intérêts personnels.
“À droite le matin, à gauche à midi, au centre le soir et finalement nulle part”, décrit Adolphe Muzito de l’opposition congolaise en notant que ce manque de cohérence idéologique empêche la construction d’un projet alternatif solide, lisible et crédible aux yeux de l’opinion, et fragilise toute ambition de changement durable.
Mais le constat de manque de cohérence idéologique vaut également pour la majorité actuelle, dont la composition hétéroclite semble davantage répondre à des logiques d’alliance circonstancielle qu’à une véritable cohérence programmatique.
Loin de s’arrêter à la critique, Muzito fait des propositions à même de bouger les lignes, surtout quand il souligne qu’une opposition digne de ce nom doit articuler son action autour d’un projet politique clair impliquant l’élaboration d’un programme commun, formalisé et signé par les différentes composantes d’une coalition.
La diffusion de ce programme par des campagnes médiatiques soutenues, des actions de terrain, des conférences et des débats.
La mobilisation populaire, non par des slogans vides ou des appels à l’insurrection, mais par un travail pédagogique de conscientisation des masses.
Le recours stratégique au dialogue, non comme raccourci vers le pouvoir, mais comme cadre d’influence et d’ajustement des politiques publiques.
En clair, une opposition républicaine alterne entre la pression citoyenne pacifique, la participation électorale, et le dialogue responsable pour enrichir le débat démocratique et infléchir les politiques gouvernementales. Le dialogue, lorsqu’il est bien structuré, peut devenir un levier d’influence, à condition d’être pensé comme espace de négociation, et non comme voie détournée d’accession au pouvoir.
Se demandant où en est l’opposition congolaise à ce jour, Adolphe Muzito constate que cette opposition semble actuellement prisonnière d’un syncrétisme contre-productif où se mêlent sans hiérarchie claire, toutes les formes d’expression possibles :
·Rébellion. Echec : une option désormais marginale et condamnée par l’histoire récente du pays.
·Marches pacifiques. Echec : mal organisées et peu suivies, elles se heurtent à l’indifférence populaire.
·Élections. Echec : faibles résultats, traduisant un déficit de stratégie, d’unité et d’ancrage populaire.
·Dialogue. Echec : utilisé non comme instrument de compromis, mais comme raccourci pour forcer l’entrée au pouvoir. Ce mélange incohérent de méthodes nuit à la crédibilité de l’opposition, désoriente l’opinion publique, et donne au pouvoir en place le loisir de gouverner sans véritable contrepoids.
De là noter que la démocratie congolaise est en panne de projet alternatif structuré, il n’y a qu’un petit pas vite franchi par ce politicien qui conclut que face à une opposition en échec sur tous les fronts, la responsabilité d’initier des réformes incombe aujourd’hui au pouvoir en place.
Muzito estime alors que le pouvoir de Tshisekedi gagnerait en organisant un dialogue national, non pas de façade, mais véritablement inclusif, pour faire émerger une nouvelle architecture politique, économique et sociale.
S’adressant à l’opposition, Adolphe Muzito lui conseille de tirer les leçons de ses erreurs et échecs. Si elle veut retrouver sa place dans le jeu démocratique, selon Muzito, elle doit se doter d’un socle idéologique clair, d’un projet cohérent et d’une stratégie d’action lucide.
Laurent BUADI
