Tshisekedi, verrouillé jusqu’en 2030 !

– Hubert Kabasubabu se lance dans une lecture stratégique ou provocation calculée ?
Dans une interview accordée par vidéo conférence à Pero Luwara, un journaliste congolais controversé pour sa proximité avec les groupes armés M23/AFC, l’analyste politique Hubert Kabasubabu a jeté un pavé dans la mare : selon lui, Félix Tshisekedi ne quittera pas le pouvoir avant 2030 Une affirmation choc, fondée non pas sur une réforme constitutionnelle ou une dynamique électorale, mais sur une lecture géopolitique des alliances internationales. Kabasubabu évoque un triptyque stratégique : Washington, Doha et Kigali, comme garants implicites de la longévité du régime.
“Vous allez faire partir Tshisekedi du pouvoir par quelle magie, au moment où vous n’êtes pas parvenu à l’y déloger sept années durant avec des armes sophistiquées vous données par l’Occident via le Rwanda… ?”
Hubert Kabasubabu met là , en lumière une rhétorique du verrouillage. Il ne parle pas en juriste, mais en stratège. Il ne s’appuie ni sur la Constitution, ni sur les mécanismes électoraux, mais sur les rapports de force régionaux et internationaux. Selon lui, Tshisekedi aurait consolidé son pouvoir par trois leviers :
– Un accord de paix avec Kigali, qui mettrait fin à l’instabilité dans l’Est et repositionnerait la RDC comme acteur régional.
– Un deal économique avec les États-Unis, présenté comme « l’accord du siècle » par certains médias, qui renforcerait la coopération bilatérale.
– Des investissements massifs du Qatar, qui ferait de Kinshasa une plateforme économique attractive.
Dans cette logique, estime Kabasubabu, les puissances étrangères n’auraient aucun intérêt à voir partir un partenaire devenu rentable et prévisible.
Mais pour certains analystes proches des milieux diplomatiques, si cette lecture de Kabasubabu séduit par sa cohérence stratégique, elle ignore néanmoins plusieurs réalités, dès lors que ce dernier semble exagérer l’impact des alliances extérieures, en négligeant les dynamiques internes : mécontentement populaire, fragilité institutionnelle, et imprévus politiques.
Une provocation utile
La force de cette déclaration réside moins dans sa véracité que dans sa capacité à provoquer le débat. Elle oblige les analystes à interroger les conditions réelles de la stabilité politique en RDC : Le pouvoir est-il devenu un enjeu économique régional ? Les alliances diplomatiques peuvent-elles neutraliser les oppositions internes ? La paix avec Kigali est-elle une garantie ou une illusion ?
En somme, Kabasubabu ne prédit pas l’avenir, il met en scène une hypothèse, celle d’un pouvoir verrouillé par les intérêts croisés de la géopolitique et du capital.
Dans sa rhétorique, il joue clairement sur les leviers de réalisme stratégique pour interpeller ses interlocuteurs.
Ce qu’il propose, pour certains observateurs de la scène politique congolaise, ce n’est pas une prophétie politique, mais une lecture des rapports de force sur fond de l’échec militaire des opposants, malgré un appui indirect occidental via le Rwanda, ce qui est présenté comme preuve d’impuissance. D’autre part, la consolidation diplomatique avec Kigali, Washington et Doha est interprétée comme un verrouillage du pouvoir par des intérêts économiques et sécuritaires.
De là, Kabasubabu suggère que les puissances étrangères ne lâcheront pas un partenaire rentable et docile, même si son maintien au pouvoir pose problème en interne.
En un mot comme en plusieurs, ce que l’ancien sociétaire du RCD/Goma lâche, c’est une formule provocatrice qui repose sur une logique que beaucoup d’analystes africains connaissent bien : “Le pouvoir ne se perd pas, il se négocie.”
Bref, Kabasubabu semble dire : Tshisekedi est devenu trop utile pour être abandonné.
La paix avec Kigali serait un tournant majeur, surtout si elle implique un partage d’intérêts économiques dans l’Est. Le deal avec les USA -s’il est aussi structurant que certains le prétendent- pourrait repositionner la RDC comme un pivot stratégique dans la région. Le Qatar, en injectant des capitaux en RDC, renforce l’image d’un régime ouvert aux affaires, ce qui plaît aux bailleurs.
Mais tout cela ne garantit pas une stabilité politique interne. Kabasubabu ignore volontairement les dynamiques sociales, les frustrations populaires, et les limites institutionnelles. C’est là que sa lecture devient un outil de débat, pas une vérité absolue.
Par Laurent BUADI
