Cas des violences sexuelles entre janvier et mai 2026: RDC : Le CIDHC a documenté 21 275 au Nord-Kivu et 10 009 au Sud-Kivu

 Cas des violences sexuelles entre janvier et mai 2026: RDC : Le CIDHC a documenté 21 275 au Nord-Kivu et 10 009 au Sud-Kivu

Le Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC) a publié son rapport d’enquêtes humanitaires indépendantes, relatif aux violations de droits humains et du droit international humanitaire en République démocratique du Congo.

Notre redaction s’est intéressé, pour cette première partie, du résumé exécutif du présent rapport qui documente 986 incidents de violations des droits humains commis entre
janvier 2020 et juin 2026 en République démocratique du Congo. Il cite les lieux où se sont produits ces violations, notamment au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri, le Maniema, le Kwango et à Kinshasa.

Depuis la résurgence de l’AFC/M23 fin 2021, le conflit s’est progressivement transformé en une confrontation entre plusieurs coalitions, impliquant notamment les FARDC, les groupes Wazalendo, les FDLR, les forces burundaises et d’autres acteurs militaires étrangers, tandis que l’AFC/M23 étendait son contrôle sur plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, souligne le rapport.

Incursions, violences, destructions, pillages
Cette reconfiguration a favorisé, selon le document, une multiplication des violences contre les civils, notammentles exécutions, détentions arbitraires, disparitions forcées, tortures, violences sexuelles, pillages, destructions de biens et déplacements forcés. L’enquête relève également des attaques et incursions dans les zones contrôlées par les parties adverses, ainsi qu’un ciblage récurrent des populations tutsies et banyamulenge, marqué par des destructions d’habitations et devillages, des violences physiques et sexuelles, le pillage du bétail et des attaques contre des
infrastructures civiles.
Les discours de haine et de stigmatisation contribuent en outre à la désignation de certaines communautés comme étrangères ou ennemies et à la banalisation de ces violences, soutient le document.

Violences sexuelles, l’un des volets les plus préoccupants de l’enquête
Le rapport de CIDHC révèle que, les violences sexuelles liées au conflit constituent l’un des volets les plus préoccupants de
l’enquête. Dans le Nord-Kivu, les données recueillies font état de 14 830 cas en 2021, de plus
de 75 991 en 2025 et de 21 275 au cours des cinq premiers mois de 2026. Au Sud-Kivu, 13 252
cas ont été rapportés en 2024, 17 599 en 2025 et 10 009 entre janvier et mai 2026. Ces chiffres
doivent toutefois être interprétés avec prudence : l’accès limité aux structures de prise en charge dans les zones rurales contraint de nombreuses victimes à se déplacer vers Goma et Bukavu pour recevoir des soins, ce qui peut entraîner une sous-déclaration des violences dans les zones
rurales et une concentration apparente des cas dans les centres urbains. Aussi, les conditions de vie difficiles dans lesquelles se trouvent les populations civiles.
L’enquête documente
également plus de 500 cas de violences sexuelles dans les camps de déplacés entre 2023 et le
début de 2026, mettant en cause différents acteurs armés, notamment des éléments des FARDC,
des FDLR et des groupes Wazalendo.

Les populations déplacées exposées aux violences
L’enquête note que, les populations déplacées demeurent particulièrement exposées aux violences. Dans plusieurs camps et sites de déplacement, l’enquête documente des violences sexuelles, des meurtres, des enlèvements, des extorsions et d’autres atteintes aux droits humains, favorisés par la présence d’hommes armés, la circulation des armes et l’insuffisance des mécanismes de protection.
Le CIDHC précise que, les
violences affectent également les services essentiels : des écoles ont été fermées, des activités humanitaires interrompues et des infrastructures civiles détruites ou endommagées, aggravant davantage la vulnérabilité des populations déjà déplacées par les combats.
L’enquête documente également des bombardements aériens et des frappes de drones ayant affecté des populations et des biens civils, notamment dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, où des frappes attribuées aux FARDC, aux forces burundaises et à leurs alliés ont causé des morts, des blessés, des déplacements et d’importantes pertes de biens et de bétail. Des
infrastructures civiles, notamment sanitaires, scolaires, universitaires et aéroportuaires, ont
également été endommagées ou détruites.

Des attaques attribuées à la CODECO, au FPIC et aux ADF
L’enquête de CIDHC prélève que d’autres frappes ont été signalées dans le Nord-Kivu
et le Sud-Kivu. En Ituri et à Beni, les populations civiles restent également exposées à des violences graves, notamment aux attaques attribuées à la CODECO, au FPIC et aux ADF, entraînant massacres, déplacements forcés, violences sexuelles, enlèvements et destructions de biens. Les violences visant notamment les populations Hema en Ituri et les communautés
affectées par les ADF à Beni illustrent la persistance de foyers de violence qui demeurent
insuffisamment pris en compte dans les réponses politiques et sécuritaires.
Parallèlement au conflit armé, l’enquête met en évidence un rétrécissement progressif de l’espace civique et démocratique. Des opposants, militants et voix dissidentes ont été arrêtés, détenus ou pris pour cible, tandis que des manifestations ont été réprimées et des locaux de partis politiques attaqués. Les événements du 12 juin 2026, notamment la répression des
manifestations de la Coalition Article 64 et les violences visant plusieurs responsables de l’opposition, illustrent cette évolution.
Ainsi, au-delà des violences directement liées aux affrontements armés, l’enquête fait apparaître une dégradation plus large de l’environnement des droits humains, marquée par la multiplication des violences contre les civils, l’affaiblissement des mécanismes de protection et de justice et la réduction des espaces
permettant l’expression des voix critiques et dissidentes.

Une méthodologie combinatoire
Sur le plan méthodologique, l’enquête repose sur une approche mixte combinant données
quantitatives et qualitatives. Elle s’appuie principalement sur 287 entretiens semi-directifs
réalisés auprès de victimes, témoins, familles de victimes, responsables communautaires, acteurs humanitaires et autorités locales, complétés par l’analyse de documents officiels, de rapports des Nations Unies et d’organisations de défense des droits humains, de publications
académiques et de sources médiatiques. Des éléments matériels, photographies, vidéos,
rapports médicaux, certificats de décès et listes nominatives, ont également été examinés.
La collecte a été menée principalement dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, avec le recours à des
sources locales pour les autres zones couvertes. Malgré les difficultés d’accès, les risques pour
les enquêteurs et les témoins et les limites liées à la documentation des faits dans les zones
isolées ou contrôlées par des groupes armés, le croisement des sources a permis d’identifier des
schémas récurrents de violences, de déplacements forcés, de ciblage communautaire et de destruction des biens et moyens de subsistance, tout en mettant en évidence les difficultés persistantes d’attribution des responsabilités.
Le rapport fait remarquer que, l’ampleur des faits documentés et la faiblesse des réponses judiciaires constituent un autre constat majeur de l’enquête. Sur les 986 incidents recensés, moins de 2 % ont, selon les données disponibles, fait l’objet de procédures judiciaires. La peur des représailles, les difficultés d’accès à la justice, la protection insuffisante des victimes et des témoins ainsi que les interférences politiques, surtout en ce qui concerne les violences ciblant les tutsi et Hema, contribuent à maintenir un environnement d’impunité. Au regard de leur nature, de leur gravité et de leur répétition, certains faits documentés pourraient relever de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité, sous réserve de l’établissement des éléments constitutifs requis par le droit ; certains actes visant des groupes en raison de leur appartenance ethnique soulèvent également la question d’une éventuelle qualification de génocide, qui nécessite l’établissement de l’intention spécifique exigée par le droit international.
L’enquête appelle ainsi à la poursuite d’enquêtes indépendantes, à la protection des victimes et des témoins, au renforcement des
mécanismes de justice et à la conservation des preuves, afin de contribuer à l’établissement de la vérité et à la lutte contre l’impunité, conclut le résumé exécutif du Consortium International pour les Droits Humains au Congo.

Gel Boumbe

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