Le sort de la Constitution mis à mal par Joseph Kabila !

En 2006, Joseph Kabila avait proclamé : “c’est ma Constitution” faisant d’elle un instrument de verrouillage politique et de légitimation de son pouvoir. Mais aussi curieux que cela puisse paraître, aujourd’hui ce garant de la constitution se transforme en chef rebelle, patron assumé du M23/AFC, violant ainsi l’esprit et la lettre de ce texte qu’il prétendait sacré.
Pour certains constitutionalistes abordés, la Constitution reste en vigueur et ne disparaît pas parce que son garant l’a trahie. Elle demeure la norme suprême, mais son application devient fragile. Toutefois, ils notent que quand celui qui devait protéger le texte le transgresse, il crée un vide de légitimité.
Comme effet symbolique, dans ces conditions, la Constitution cesse d’être un pacte collectif et redevient un champ de bataille politique, pouvant entrainer des conséquences politiques dont la perte de crédibilité.
Le texte devient affaibli, car son principal défenseur le renie, faisant que les camps se divisent désormais entre ceux qui veulent préserver la Constitution et ceux qui veulent la remplacer. Conséquence : le risque de dérive devient grand et le recours à la logique de guerre peut justifier des pratiques en dehors du cadre légal, estime un professeur en Sciences politiques qui s’est confié sous anonymat.
La confusion née du paradoxe Kabila…
Protecteur autoproclamé de “sa Constitution”, devenu son transgresseur en se faisant passer pour chef de guerre, Joseph Kabila ouvre un espace inédit qui donne à Félix Tshisekedi une carte blanche politique et symbolique pour se poser en restaurateur de l’ordre constitutionnel et en arbitre de la légitimité, parce que quand Kabila viole la Constitution qu’il sacralisait, il laisse un grand vide de crédibilité.
Ce vide créé permet à son successeur de se présenter comme celui qui peut “remettre les pendules à l’heure”. De façon que pour la réaffirmation de l’État de droit, Tshisekedi peut se légitimer en rétablissant la primauté du texte en se démarquant de la logique de guerre. Pour d’aucuns, en guise du renforcement de l’autorité présidentielle, Tshisekedi peut se poser en garant véritable, en contraste avec la dérive de son prédécesseur.
Pour d’autres, en se réappropriant la Constitution, Tshisekedi peut rallier les institutions et l’opinion publique. Dès lors que la confusion du passé devient pour lui, un argument pour imposer un nouveau cadre de dialogue. De quoi donner des grains à moudre à ce spécialiste de la satire pour déclarer que “quand Kabila trahit sa propre loi, Tshisekedi hérite d’un mandat implicite pour rétablir l’horloge constitutionnelle.”
L.B
