La Constitution, ce manteau à géométrie variable !

Constitution de la RDC, juin 2016 à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Il y a de quoi sourire ou grincer des dents quand l’on assiste aux débats sur le changement ou la révision de la constitution en RDC. Hier, la CENCO mobilisait les Congolais contre une Constitution que Joseph Kabila avait fini par s’approprier comme son étendard : “Cette constitution est la mienne, quand je battais campagne à travers le pays pour la faire adopter, beaucoup de ceux qui parlent aujourd’hui passaient leur temps dans les bistrots de la capitale, même la CENCO y était farouchement opposée”, avait déclaré Joseph Kabila triomphant, dans une conférence de presse.
Aujourd’hui, la même CENCO se bat bec et ongles pour empêcher qu’on la constitution en soulignant qu’elle n’en voit pas l’opportunité, c’est comme si ce texte était devenu soudainement intouchable. Ce renversement de position de la part des calotins illustre la plasticité du discours religieux dans l’arène politique où l’on peut dénoncer une charpente institutionnelle hier, puis la sanctifier aujourd’hui, selon le contexte et les acteurs en place, s’étonnent des observateurs de la scène politique du pays.
La CENCO se retrouve ainsi dans une posture paradoxale de protectrice d’un texte qu’elle avait jadis combattu, au risque de donner l’impression d’un double langage ayant comme résultat, voir le peuple assister à une pièce de théâtre où les rôles s’inversent sans prévenir. Les opposants d’hier et ils sont nombreux, deviennent les défenseurs d’aujourd’hui, tandis que l’Église catholique, censée incarner la constance morale, se retrouve elle-même prise dans la danse des contradictions.
En RDC, la Constitution ressemble à ce manteau que l’on enfile ou que l’on jette selon la saison politique. Ceux qui aujourd’hui crient au scandale face à l’idée de la modifier sont souvent les mêmes qui, hier, juraient qu’une fois au pouvoir, ils commenceraient par la retailler à leur mesure. Delly Sessanga en est une parfaite illustration, ainsi que certains de ses pairs de l’opposition à l’instar de Martin Fayulu.
S’agit-il d’une mémoire sélective ou un simple cynisme ?La question mérite d’être posée dès lors que le paradoxe est saisissant et la norme fondamentale devient un bouclier sacré quand on est dans l’opposition, mais un obstacle gênant dès qu’on franchit les portes du Palais.
Les mêmes observateurs se demandent ce que les figures comme Naanga et ceux qui le soutiennent, aurait fait au cas où leur mouvement rebelle était parvenu à changer le régime : ils auraient accepté de gouverner sous le texte actuel ou de le jeter en enfer comme l’avait fait Mzee Laurent Kabila ?.
Eu égard à ces ces élucubrations, la lutte contre la révision constitutionnelle prend des airs d’une arnaque politique. On brandit la Constitution comme un étendard de vertu, tout en préparant déjà les ciseaux pour la découper le moment venu. Le peuple, lui, assiste à ce théâtre où les acteurs changent de rôle mais jamais de scénario en défendant aujourd’hui ce qu’on rêve de détruire demain.
Beaucoup de ceux qui s’agitent aujourd’hui contre l’idée de changer la Constitution avaient eux-mêmes, à un moment ou un autre, annoncé qu’ils commenceraient par la modifier une fois au pouvoir. Cela révèle une instrumentalisation du discours constitutionnel : la norme fondamentale devient un outil de légitimation quand on est dans l’opposition, mais un obstacle à contourner quand on est aux commandes. Ce que cela traduit est que les acteurs politiques oublient leurs propres promesses passées pour se présenter aujourd’hui comme les gardiens du texte sacré.
L’opposition au changement n’est pas toujours une conviction juridique, mais elle est souvent une stratégie pour bloquer l’adversaire et préserver ses chances futures. En somme, la lutte contre la révision constitutionnelle commence à ressembller à une mise en scène hypocrite dans laquelle, on brandit la Constitution comme un bouclier quand on est dehors, mais on rêve de la réécrire dès qu’on entre.
Le Journal
