Félix Tshisekedi vent debout pour la reconnaissance du Genocost à l’international !

« La République démocratique du Congo, mon pays, a souhaité porter dans ce cadre la voix d’un peuple meurtri qui réclame vérité et justice, à l’instar de celui organisé à Genève. L’événement parallèle de ce jour se veut être un espace de parole utile pour éclairer les consciences et mobiliser les bonnes volontés éprises de justice et d’humanité, et engagées contre tout déni de ces valeurs fondamentales », tels sont les propos introduisant la campagne de plaidoyer que le président RD-congolais Félix Tshisekedi a lancé depuis lundi à travers une conférence à New-York pour la reconnaissance du Genocost, en marge de la 80ème session des Nations Unies.
Une campagne qui s’inscrit dans une stratégie diplomatique ambitieuse, mais semée d’obstacles. Pour bon nombre d’analystes des milieux diplomatiques, les marges de réussite de cette démarche, en tenant compte des dynamiques actuelles, reposent sur des leviers favorables.
La visibilité internationale accrue de la campagne est citée en premier, parce qu’en tant que vice-président de l’Assemblée générale de l’ONU cette année, Félix Tshisekedi bénéficie d’une tribune exceptionnelle pour porter haut le plaidoyer. Le Président congolais a, par ailleurs, rassuré que le combat mené par la RDC l’est pour l’humanité.
“Ce combat n’est dirigé contre aucune communauté. Il est mené pour l’humanité. Reconnaître un génocide, c’est protéger l’avenir en refusant l’oubli et le relativisme. C’est aussi accepter que la paix ne se décrète pas. Elle se bâtit sur la vérité et la justice, dans l’esprit de la réconciliation, avec des mesures concrètes de réparation, de mémoire et de réintégration des victimes dans la vie sociale”, a-t-il fait savoir.
Sur le plan de l’appui juridique et documentaire, le discours présidentiel s’appuie sur un corpus de rapports nationaux et internationaux, visant à établir la systématicité et l’intention criminelle des violences.
Tandis que la mobilisation de la diaspora et des ONG qui est garantie avec la présence d’acteurs comme Ida Sawyer (Amnesty International) et Luzolo Bambi renforce la crédibilité du plaidoyer.
L’on parle aussi d’un contexte géopolitique propice dans la mesure où, la recrudescence des conflits dans l’Est et les accords de paix récents avec le Rwanda placent la RDC au cœur des préoccupations régionales.
“En ma qualité de Président de la République démocratique du Congo, je prends l’engagement de soutenir toutes les démarches sérieuses et crédibles visant à la reconnaissance des génocides commis sur notre territoire, à l’établissement des responsabilités et à la garantie pour les victimes de leur droit à la vérité, à la justice et à la réparation. Notre main reste tendue pour le travail commun”, a déclaré Tshisekedi.
Les limites et défis
La reconnaissance juridique de la démarche congolaise, pour ces analystes, demeure complexe dès lors que le terme « Genocost » n’est pas encore reconnu par les instances internationales. Et qu’il faudra, à cet effet, démontrer que les crimes répondent aux critères du droit international en matière de génocide.
Pas que ça. L’allusion aux résistances diplomatiques se dessine dans le paysage, car certains États, notamment ceux impliqués dans les conflits ou liés à des intérêts économiques en RDC, pourraient freiner la reconnaissance pour éviter des implications judiciaires.
La justice transitionnelle sur laquelle devait reposer ce genre d’entreprise, est encore embryonnaire. En effet , l’architecture de réparation et de poursuite reste à construire. Et sans mécanisme robuste, le plaidoyer risque de rester symbolique.
Les combats entre FARDC et M23, sur fond d’une volatilité sécuritaire persistante, malgré les accords de paix en cours, affaiblissent la posture de la RDC comme État garant de justice et de stabilité, pensent ces analystes.
Enjeux stratégiques à surveiller
Cette campagne déclanchée avec brio par Tshisekedi et le FONAREV est audacieuse et historiquement nécessaire, estiment des experts en politique internationale, car elle pourrait ouvrir une brèche dans le silence diplomatique autour des tragédies congolaises.
Mais sa réussite dépendra de la capacité du gouvernement à transformer le plaidoyer en action juridique, diplomatique et institutionnelle, capacité à fédérer un groupe d’États soutenant la reconnaissance du Genocost, saisir le taureau par les cornes en rendant effective l’institutionnalisation du concept “Genocost” dans les résolutions onusiennes ou africaines, créer un mécanisme international de vérité et de qualification juridique des crimes et tisser un lien entre reconnaissance du Genocost et investissements étrangers dans une RDC stabilisée.
Conscient de cette réalité, Tshisekedi qui soutient que cette reconnaissance constitue une urgence mondiale, en parle avec des mots justes et vision claire : “Le débat que nous proposons s’organise autour de trois axes très concrets. Le premier, c’est cartographier les faits en République démocratique du Congo au cours des trente dernières années. Le second, il s’agit d’établir l’existence de génocides perpétrés sur notre sol à l’aune des critères reconnus par le Droit de l’homme. Le troisième, c’est de mettre en place une architecture de justice transitionnelle adaptée à nos réalités, garantissant vérité, poursuite et réparation”
Ce qui justifie l’appel lancé par le président Congolais aux États, à qui il a demandé d’appuyer l’établissement d’un mécanisme international robuste de vérité et de qualification juridique des crimes assorti de capacités d’enquête, de préservation des preuves et de coopération judiciaire. Alors qu’aux organes des Nations-Unies et aux organisations régionales, Tshisekedi entend les voir conjuguer les efforts pour garantir la protection des civils aujourd’hui, la justice pour les victimes hier et des garanties crédibles de non-répétition demain.
Aux institutions de justice, nationales, régionales et internationales, Félix Tshisekedi souhaite les voir faire prévaloir la compétence et la complémentarité, tandis qu’à la Société civile, aux survivants et aux chercheurs, il a rappelé que le travail de documentation, de mémoire et d’accompagnement est la clé qui ouvre la porte de la reconnaissance et de la réparation.
Laurent BUADI
