Entre Église catholique et Églises de réveil, la guerre des mots éclate

Les tensions entre l’Église catholique et les Églises de réveil prennent une nouvelle dimension en République démocratique du Congo. À travers une sortie médiatique particulièrement virulente, l’ancien représentant légal de l’Église du réveil du Congo (ERC), Albert Kankienza, a ouvertement mis en cause le cardinal Fridolin Ambongo, qu’il accuse de mal accepter l’influence grandissante des pasteurs évangéliques auprès du président Félix Tshisekedi.
Invité mercredi 29 juillet à un direct sur X animé par le journaliste Stanis Bujakera, Albert Kankienza a présenté ce qu’il considère comme une lutte d’influence entre les deux principales familles religieuses du pays. Selon lui, le rapprochement entre le chef de l’État et les Églises de réveil serait à l’origine des prises de position critiques attribuées au cardinal Ambongo.
« Le fait que Félix Tshisekedi soit un fidèle chrétien proche des Églises de réveil dérange l’Église catholique. Ils ont eu leur saison ; il faut qu’ils acceptent la nôtre. Félix Tshisekedi est un président chrétien, de tendance évangélique et de réveil. Il est donc normal qu’il soit entouré de nombreux pasteurs de réveil », a déclaré l’ancien responsable de l’ERC.
Pour Albert Kankienza, les Églises de réveil occupent désormais une place incontournable dans le paysage religieux et social congolais. « Les Églises de réveil, nous sommes aujourd’hui une force », a-t-il affirmé, estimant que cette nouvelle réalité devrait être reconnue par l’Église catholique.
Le prédicateur est allé plus loin en soutenant que le cardinal Fridolin Ambongo accepterait difficilement l’influence dont bénéficient les pasteurs auprès du président de la République. « Ambongo ne peut jamais se réjouir de la considération que le chef de l’État donne aux Églises de réveil. Voilà ce qui justifie, selon moi, ses déclarations et ses positions à l’égard de Tshisekedi. Il doit comprendre que c’est désormais le tour des Églises de réveil de rêver », a-t-il poursuivi.
Dans son intervention, Albert Kankienza a également établi un parallèle avec d’anciens dirigeants congolais issus de la tradition catholique, estimant que les relations entre l’Église catholique et le pouvoir auraient été différentes si Félix Tshisekedi appartenait à cette confession, comme Joseph Kasa-Vubu ou Mobutu Sese Seko.
Le récit d’un échange présumé avec le cardinal
Pour appuyer ses accusations, l’ancien représentant légal de l’ERC a relaté ce qu’il présente comme le témoignage d’un pasteur ayant voyagé aux côtés du cardinal Fridolin Ambongo à bord d’un avion. Selon son récit, les deux hommes auraient occupé des sièges voisins en classe affaires, sans que le prélat ne sache que son interlocuteur était un pasteur.
Toujours selon Albert Kankienza, le pasteur aurait engagé une conversation sur le président Félix Tshisekedi en se présentant comme un fidèle catholique. Le cardinal aurait alors exprimé son hostilité envers le chef de l’État en déclarant : « Ce monsieur-là, je ne le supporte pas. »
Le prédicateur affirme également que le cardinal aurait tenu des propos particulièrement sévères à l’égard des pasteurs des Églises de réveil, les qualifiant notamment de « voyous », avant d’évoquer les relations entretenues entre le pouvoir politique et les responsables religieux.
Albert Kankienza indique que ce pasteur serait ensuite venu lui rapporter cet échange en lui affirmant que le cardinal Ambongo nourrissait une profonde hostilité à son égard.
Un dialogue politique sans partage du pouvoir
Au-delà de cette polémique religieuse, Albert Kankienza s’est également exprimé sur le dialogue politique en République démocratique du Congo. Selon lui, ce processus ne devrait pas servir à redistribuer les responsabilités politiques entre les acteurs nationaux, mais plutôt à rechercher des solutions durables à la crise.
Il a également estimé que les groupes armés devaient reconnaître leur responsabilité dans les violences qui frappent l’est du pays et faire preuve de repentance.
« Le dialogue ne doit pas être une blanchisserie pour laver de tout péché ceux qui massacrent le peuple, comme le sang de Jésus nous lave, nous les chrétiens », a-t-il déclaré.
Cette sortie médiatique intervient dans un contexte marqué par des divergences persistantes entre les principales confessions religieuses sur plusieurs dossiers sensibles, notamment la désignation des représentants au sein de la CENI, le débat autour de la révision constitutionnelle et les discussions relatives au dialogue national inclusif. Les déclarations d’Albert Kankienza illustrent ainsi la montée des tensions entre l’Église catholique et les Églises de réveil, sur fond d’influence religieuse et politique.
La Rédaction
