Ce qu’il faut retenir de l’embellie du Franc congolais face au dollar américain !

 Ce qu’il faut retenir de l’embellie du Franc congolais face au dollar américain !

– L’économiste Germain Kambinga lève un pan de voile

L’actualité du moment est dominée par l’appréciation de la monnaie nationale, le Franc congolais, face au dollar américain qui semble battre de l’aile pour la première fois depuis 5 ans, en s’échangeant jusqu’à 2.500 FC, tandis qu’il y a quelques semaines, le taux s’était stabilisé longtemps à 2.850 FC contre un dollar américain. Du coup, les commentaires vont dans tous les sens pour expliquer cette embellie subite de la monnaie nationale. Mais pour remettre les pendules à l’heure, l’économiste Germain Kambinga s’est livré à une analyse qui porte la lumière sur cette performance du Franc congolais et publiée par l’Agence congolaise de presse. La quintessence de cette analyse est telle que nous la publions intégralement ci-dessous. Lisez…

Prenons l’exemple récent des discussiocns sur le taux de change. Voici quelques clés de lecture pour ceux qui s’intéressentaux subtilités de l’économie monétaire.
1. Un régime de change flottant implique des fluctuations normales. Le marché des devises est un marché de type flottant, c’est-à-dire caractérisé par des variations permanentes des taux de change.
Depuis plusieurs années, la République Démocratique du Congo (RDC) a adopté un régime de change flottant pour le franc congolais.
Dès lors, les fluctuations — à la hausse comme à la baisse — par rapport au dollar américain sont non seulement normales, mais structurelles.
Dans un contexte d’économie ouverte et de forte intégration commerciale, les taux de change sont influencés par une multitude de facteurs : flux de capitaux, échanges commerciaux, réserves dechange, politiques monétaires, etc.
Les analyses doivent donc être dynamiques et s’inscrire dans le temps long. La vraie question à se poser n’est pas celle de l’évolution ponctuelle du taux de change, mais celle de la valeur d’équilibre à rechercher à moyen terme, c’est-à-dire un taux compatible avec nos objectifs de stabilité macro-économiques, de compétitivité externe et de croissance inclusive.
2. Les interventions conjoncturelles ne suffisent pas : le besoin de réformes structurelles. La récente appréciation du franc congolais — ou plutôt la baisse du dollar sur le marché local — s’explique en partie par des mesures conjoncturelles prises par la Banque Centrale, notamment des interventions sur le marché des changes ou le resserrement de la liquidité.
Cependant, ces mesures à effet immédiat doivent impérativement être complétées par des réformes structurelles, susceptibles d’améliorer la résilience de l’économie congolaise face aux chocs externes.
Cela inclut notamment : la diversification de la base productive, la formalisation du secteur informel, la consolidation budgétaire, stimulation des exportations à valeur ajoutée. Dans un contexte géopolitique marqué par l’instabilité et les tensions dans l’Est du pays. Cette tâche relève d’un véritable défi (voire d’une gageure), tant les marges de manœuvre politiques et budgétaires sont limitées.
3. Pas d’effet immédiat sur les prix intérieurs : rigidités et anticipations. Certains observateurs espèrent que la baisse du dollar entraînera une baisse immédiate desprix intérieurs.
Cela relève d’une lecture simpliste. En réalité, selon la théorie des anticipations rationnelles (Muth, Lucas), les agents économiques — producteurs, importateurs, commerçants —n’ajustent pas leurs comportements instantanément à une variation du taux de change, surtout si celle-ci est perçue comme temporaire. Deux autres phénomènes expliquent ce décalage : Les coûts de menu (ou «coûts de catalogues»), qui rendent coûteux l’ajustement fréquentdes prix nominaux ; Les problèmes de coordination macro-économiques, dans un circuit économique encorelargement informel et atomisé.
À cela s’ajoute l’encadrement encore lacunaire du marché de change en RDC, marqué par un niveau élevé de spéculation, ce qui accroît le risque perçu par les opérateurs et affaiblit lacrédibilité de la tendance actuelle.
Pour mémoire, une situation similaire s’était produite au second semestre 2020, avec une appréciation temporaire de la monnaie nationale, suivie d’un rebond du dollar qui avait entraîné un coût social élevé en termes d’inflation importée et d’instabilité des prix.

Conclusion : En tant qu’économiste, je pense qu’il est essentiel de faire preuve de prudence et de patience dans l’analyse.
Les jugements hâtifs — qu’ils soient optimistes ou pessimistes — risquent de mal orienter les politiques économiques.
Ce qu’il faut, ce sont des analyses rigoureuses, fondées sur les fondamentaux macro-économiques et les dynamiques structurelles du pays.

Le Journal

    admin

    Related post