Tshisekedi face à la CAE : coopération ou confrontation ?

 Tshisekedi face à la CAE : coopération ou confrontation ?

La ville d’Arusha s’apprête à accueillir, ce samedi 7 mars 2026, le 25ᵉ sommet ordinaire de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE). Officiellement, l’ordre du jour est technique : intégration économique, stratégie de développement, nominations institutionnelles. Mais en réalité, une question domine toutes les autres : quelle posture adoptera Félix Tshisekedi face à ses partenaires régionaux ?

Une intégration ambitieuse… sur le papier
Le thème retenu pour cette session — « Approfondir l’intégration pour améliorer les conditions de vie des citoyens de la CAE » — reflète l’ambition affichée du bloc régional.
Parmi les mesures phares figure la mise en place d’une caution douanière unique. L’objectif est clair : simplifier les formalités pour les opérateurs économiques le long des corridors de transit et réduire les coûts liés à la multiplicité des garanties nationales. Une réforme technique, mais stratégique pour la fluidité du commerce régional.
Les chefs d’État doivent également lancer la 7ᵉ Stratégie de développement de la CAE (2026/27–2030/31). Ce document entend accélérer la transformation socio-économique des États membres, en cohérence avec la Vision 2050 de la CAE et l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Sur le plan institutionnel, l’architecture semble solide.

L’Est congolais, fracture persistante
Mais l’agenda économique ne suffit pas à dissiper les tensions sécuritaires. Dans le Nord-Kivu, l’Est de la République démocratique du Congo reste marqué par les combats opposant les forces congolaises à la rébellion AFC/M23. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir ce mouvement, accusations relayées par plusieurs rapports des Nations unies.
Cette crise place la RDC dans une position délicate au sein de la CAE. Membre récent du bloc, Kinshasa a publiquement dénoncé ce qu’elle considère comme une réponse insuffisante de l’organisation face à la situation sécuritaire.

Le précédent de la Force régionale de la CAE (EACRF), déployée en 2022 puis retirée en 2023, reste un point sensible. Les autorités congolaises avaient estimé que cette mission n’avait pas atteint ses objectifs de neutralisation des groupes armés.

L’ombre du précédent sommet
Lors du 24ᵉ sommet en novembre 2024, Félix Tshisekedi avait brillé par son absence, en déplacement à Isiro. Cette absence avait marqué les esprits au moment où la présidence tournante passait de Salva Kiir à William Ruto.

Cette fois, la question de sa participation demeure centrale. Sa présence serait interprétée comme un signal d’engagement dans la coopération régionale. Son absence, en revanche, pourrait être perçue comme un acte politique, révélateur d’une défiance persistante.

Une présidence kényane sous pression
La présidence actuelle de la CAE, assurée par William Ruto, devra composer avec des attentes contradictoires : préserver la cohésion du bloc tout en répondant aux préoccupations sécuritaires de Kinshasa.

Les initiatives diplomatiques parallèles — notamment les processus de Washington et de Doha — n’ont pas encore produit d’avancées décisives. Dans ce contexte, la crédibilité de la CAE est en jeu.

Coopération ou confrontation ?
Derrière les dossiers techniques — budget, intégration des nouveaux membres, nomination d’un secrétaire général — se profile un enjeu plus fondamental : la capacité de la CAE à gérer une crise sécuritaire impliquant deux de ses membres.

Pour Félix Tshisekedi, l’équation est complexe. S’engager pleinement dans l’intégration régionale suppose un minimum de confiance politique et sécuritaire. Mais maintenir une ligne dure face aux accusations contre Kigali répond aussi à des impératifs internes et diplomatiques.

À Arusha, les poignées de main et les déclarations officielles ne suffiront pas à masquer la profondeur des divergences. Le sommet du 7 mars pourrait marquer soit un tournant vers une coopération renforcée, soit l’amorce d’une confrontation politique plus ouverte au sein du bloc régional.

La réponse se jouera autour d’une table ronde, mais ses répercussions dépasseront largement les murs du centre de conférence d’Arusha.

Le Journal

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