Kisangani : 1.000 morts, zéro justice: Qui a blanchi le Rwanda ?

En juin 2000, les armées ougandaise et rwandaise s’affrontent, six jours durant, à l’arme lourde dans la ville de Kisangani. L’enjeu: les richesses du pays. L’Ouganda est condamné à indemniser les victimes. Le Rwanda, lui, s’est sauvé en récusant la compétence de la haute cour. La RDC est restée muette. Le 30 janvier 2001, la Cour internationale de justice (CIJ) a rayé cette affaire du rôle. Au motif que la RDC se s’est « désistée ». Qui a décidé d’exonérer le pays de Mille collines?
Vingt-cinq années après la « guerre de six jours » entre les armées ougandaise et rwandaise à Kisangani, la troisième ville de la RDC, la population de cette agglomération peine à sortir du traumatisme causé par les dégâts humains et matériels. Les plaies psychologiques sont loin d’être cicatrisées. Bilan: 1.000 morts, 500 blessés et d’importants dégâts matériels. C’est le cas notamment de la Cathédrale de cette ville et des habitations privées.
James Kazini et James Kabarebe face aux richesses du territoire occupé
Dans sa Résolution 1304 du 16 juin 2000, le Conseil de sécurité des Nations unies a exigé le retrait des belligérants qui soutenaient des mouvements concurrents, en l’occurrence le MLC (Ouganda) et le RCD (Rwanda). Deux généraux étrangers étaient à la manette: l’Ougandais James Kazini et le Rwando-Ougandais James Kabarebe.
Dans son ouvrage « Le choix de la liberté » publié aux éditions Vénus, Jean-Pierre Bemba Gombo note à la page 148 que « l’Est du Congo regorge de ressources naturelles dont les bénéfices sont partagés entre groupes d’influence composés d’hommes d’affaires congolais, d’entreprises étrangères et de quelques officiers opérant dans les différents secteurs ». Et de souligner que « les comptoirs d’or, de diamant et de coltan qui se sont ouverts à Kigali où à Kampala confirment l’exportation des matières premières via le Rwanda, l’Ouganda et le Kenya ».
Le message de Kagame à Jeannot Mwenze
Ouvrons la parenthèse ici pour rappeler l’accession au pouvoir suprême (17 mai 1997) de Laurent-Désiré Kabila et la rupture (2 août 1998) entre ce dernier et ses parrains rwandais et ougandais. Le 16 janvier 2001, la terre entière apprend l’assassinat du chef de l’Etat congolais. Dans un tweet publié début janvier 2026 avant de se rétracter, Stavros Papaioannou, ancien patron de Hewa Bora Airways, rapporte en gros ce qui suit: « deux heures après l’annonce de la mort de Mzee LD Kabila, j’ai reçu un appel téléphonique du général rwandais James Kabarebe. Il m’a demandé de dire au ministre Jeannot Mwenze Kongolo, alors ministre de la Justice, que le président Paul Kagame souhaite que ce soit lui pour succéder à LD Kabila ». Une heure après son passage au cabinet du ministre de la Justice, Stavros reçoit un appel du ministre Mwenze qui lui demande de disposer un avion pour aller rechercher le général-major « Joseph Kabila » à Lubumbashi. La suite est connue. Fermons la parenthèse.
Le Rwanda récuse la compétence de la CIJ
Dans une ordonnance datée du 30 juin 2001 sur « l’affaire des activités armées sur le territoire du Congo (République démocratique c. Rwanda) », la CIJ ordonne de rayer du rôle l’affaire précitée… à la demande de la RDC. Question: « qui a introduit cette demande? La CIJ précise que « par lettre du 15 janvier 2001, reçue au Greffe par télécopie le même jour, l’agent de la RDC (…) a fait savoir à la Cour que le gouvernement de la RDC souhaitait se désister de l’instance (…)« .
Au départ, l’avocat Michel Lion fut désigné « Agent du gouvernement congolais ». Problème? Le juriste attendra en vain les provisions. Pire, les plaidoiries seront reportées à plusieurs reprises à la demande du gouvernement congolais. Le procès a duré de 1999 à 2022.
Dans ladite ordonnance, la CIJ dit avoir envoyé copie de cette « lettre congolaise » au gouvernement rwandais fixant au 23 janvier 2001 la date d‘expiration du délai d’acceptation du désistement congolais. « Par lettre du 22 janvier reçue au Greffe par télécopie le même jour, l’agent du Rwanda a informé la Cour que son gouvernement acceptait le désistement de la RDC de l’instance », indique l’ordonnance de la Cour de La Haye.
Dans un arrêt daté du 19 décembre 2005, le CIJ condamne l’Ouganda à réparer le préjudice causé au territoire congolais. Et le Rwanda dans tout ça?
Dans ce dossier, deux acteurs de premier plan ne sont plus de ce monde pour éclairer l’opinion sur l’identité de « l’agent de la République démocratique du Congo » dont question. Il y a d’une part, l’ancien ambassadeur Rachel-Albert Kisonga Mazakala et de l’autre, l’avocat bruxellois Michel Lion. Aux dernières nouvelles, on apprend l’existence d’un troisième acteur à savoir l’ancien ambassadeur de la RDC à La Haye, Jacques Masangu a Mwanza. Il semble bien que c’est ce diplomate qui succéda à Michel Lion.
Des questions restent sans réponses. Qui a transmis la « lettre de désistement » de la RDC en date du 15 janvier 2001 soit un jour avant la date officielle du décès du président Laurent-Désiré Kabila ? Y a-t-il une relation de cause à effet? On le sait, Mzee Kabila n’entendait en aucun cas faire preuve de compromis à l’égard de ses anciens alliés. Et si « Joseph Kabila » avait contribué à absoudre le Rwanda de Kagame?
*Le titre est de la Rédaction, titre original:’ Victimes de la guerre de Kisangani: Qui a absous le Rwanda?
B.A.W./ avec LJ
