Quand Patrick Muyaya recadre Mgr Fulgence Muteba !

 Quand Patrick Muyaya recadre Mgr Fulgence Muteba !

La mise au point faite par Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias, pour battre en bréche les affirmations farfélues faites par Monseigneur Fulgence Muteba, président de la CENCO, à la faveur de l’homélie de la Noël, a tout d’un duel entre la chaire et la tribune, où l’encens se mêle aux communiqués officiels…

En effet, il fallait oser. Le 25 décembre 2025, pendant que les fidèles espéraient une homélie sur la paix, l’amour et la crèche, Mgr Fulgence Muteba a, lui, sorti de son sac liturgique, “un contrat minier de 99 ans”. Exit les bergers et les mages, place aux clauses et aux concessions. Jésus naît, mais c’est la souveraineté nationale qui semble crucifiée.
Le lendemain, Patrick Muyaya, porte‑parole du gouvernement, s’est empressé de jouer les exorcistes : « Pas d’accord de 99 ans, pas de bradage, pas de cession de souveraineté ! » Bref, circulez, il n’y a rien à voir. On aurait dit un catéchisme improvisé, version PowerPoint.
Une mise en scène digne de grands spectacles…
– À gauche de l’autel : l’évêque, brandissant la Bible comme une loupe sur les contrats miniers.
– À droite du pupitre : le ministre, brandissant le communiqué comme une épée contre les « manipulations ».
– Au centre : le peuple, partagé entre l’encens et la poussière des mines, se demandant qui dit vrai…!

LE PARADOXE
Dans un État laïc, l’Église est censée distribuer l’hostie, pas les audits. Mais en RDC, elle reste la voix qui ose dire tout haut ce que beaucoup murmurent tout bas. Le résultat, c’est que le gouvernement crie à la manipulation, tandis que l’Église crie à la mission, et le peuple crie à l’illusion.
MORALITÉ SATIRIQUE
Quand l’Église parle de mines, le gouvernement voit des bombes. Quand le gouvernement parle de souveraineté, l’Église entend des omissions. Et quand le peuple écoute les deux, il se dit que même le coq de Saint Pierre aurait honte de chanter si tôt.
CONCLUSION PIQUANTE
Laïcité ou pas, en RDC la chaire reste une tribune. Tantôt prophète, tantôt pamphlétaire, elle rappelle que l’encens peut aussi sentir le soufre. Et si Noël devait être une fête de lumière, il aura surtout éclairé les zones d’ombre des accords miniers.

RIDEAUX

Le contexte de la controverse
Dans son homélie de Noël à Lubumbashi, le 25 décembre 2025, Mgr Fulgence Muteba a livré une lecture critique des accords stratégiques conclus autour des ressources naturelles de la RDC, en évoquant un supposé « accord de 99 ans » qui braderait la souveraineté nationale.
La réaction du gouvernement ne s’est pas fait attendre, puisque leb26 décembre 2025, Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement, a rejeté en bloc ces affirmations, les qualifiant de « factuellement fausses » et de manipulation. Il a insisté qu’”il n’existe ni accord de 99 ans, ni bradage des ressources, ni cession de souveraineté”. Dans le fond du débat, il s’avère que l’Église catholique, en RDC, est historiquement une voix morale et critique face au pouvoir.
Mais ces derniers temps, ses homélies dépassent souvent le cadre religieux pour interpeller sur la gouvernance, la justice sociale et la souveraineté. Et c’est dans ce cadre que l’homélie de Mgr Muteba a pris une tournure politique en critiquant les accords miniers. Ce qui a poussé Patrick Muyaya à dénoncer une « manipulation ». Cela illustre une tension entre le rôle spirituel de l’Église et son influence sociale. Beaucoup d’observateurs parlent de « ligne rouge »qui serait franchie par l’Eglise. Et ceux qui n’ont pas la même lecture, tranchent en notant que cela dépend de la conception qu’on a de la laïcité en RDC, où l’Église reste un acteur majeur de la vie publique.
Et n’a pas de ligne rouge devant elle parce que, dans un État laïc, l’Église n’a pas de mandat politique, mais elle conserve une légitimité sociale et morale. Si bien que ses prises de position deviennent problématiques si elles reposent sur des informations jugées fausses ou si elles s’apparentent à une ingérence directe dans les affaires de l’État.
Dans la tradition congolaise, il s’avère que l’Église catholique a souvent joué un rôle de contre-pouvoir, notamment lors des périodes de crise politique (transition démocratique, élections). Elle est perçue, dans ce genre des cas, comme un gardien de la conscience nationale.
Mais le risque actuel qu’il faut craindre c’est la polarisation. Parce que si les homélies deviennent des tribunes politiques, le gouvernement peut les considérer comme une menace à l’ordre institutionnel. Tandis que si l’État tente de museler l’Église, cela peut être vu comme une atteinte à la liberté d’expression et de culte. Le dilemme se trouve à ce niveau. A tout prendre, la réaction de Patrick Muyaya montre que le gouvernement veut contenir cette influence dans le cadre religieux. En réalité, c’est un rapport de force historique entre deux institutions qui façonnent la conscience nationale : l’État et l’Église.

Laurent BUADI

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