OIF-RDC : une candidature de renouveau et non de blocage

 OIF-RDC : une candidature de renouveau et non de blocage

Dans une entrevue accordée à Jeune Afrique, l’actuelle secrétaire générale de la Francophonie a d’entrée de jeu résumé en quelques mots les raisons qui motivent son intention de briguer un troisième mandat : « (1) parce que j’en ai envie ; (2) j’aime ce que je fais ; (3) je pense avoir encore beaucoup de choses à apporter », et de conclure : « pourquoi pas un troisième mandat, pour faire changer l’échelle des programmes et des projets qui me tiennent à cœur. »

À l’analyse de cette motivation primordiale, on comprend bien que tout est centré sur sa personne, sur ses envies, sur ce qu’elle aime faire et surtout sur ses projets qui lui tiennent à cœur, et non sur les principes et valeurs qui fondent l’organisation et sur la volonté des États et gouvernements membres qui tiennent à ce que leur organisation agisse dans l’intérêt général.
On comprend pertinemment bien que, non seulement l’actuelle secrétaire générale n’a plus rien à offrir qu’elle n’a pas pu en huit ans, elle s’en fiche éperdument de la volonté des États et gouvernements membres. Et si c’est vraiment ça la motivation première, tant qu’on y est, pourquoi ne pas solliciter carrément un quatrième et un cinquième mandat en même temps, parce qu’on aura toujours envie et qu’on aimerait toujours ce qu’on fait bien ?

En effet, contrairement à ce que certains médias tentent de présenter faussement la candidature de la RDC comme étant motivée par la volonté de contrer un troisième mandat et de bloquer la reconduction de l’actuelle secrétaire générale de la Francophonie, en prétextant un duel diplomatique direct entre Kinshasa et Kigali, plaçant ainsi l’OIF au centre d’enjeux régionaux, nous nous inscrivons en faux contre cette perception erronée et réductrice d’une quelconque revanche de la RDC à la candidature de la Rwandaise.
La candidature de la RDC est une volonté affirmée du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo de renforcer le rôle de la RDC comme premier pays francophone au monde, de transformer l’organisation en un outil de paix et de coopération, de réaffirmer l’attachement à la démocratie, à l’État de droit, aux droits de la personne, à la diversité culturelle, à la solidarité entre États et à la promotion de la langue française dans les instances internationales.

Au-delà d’une simple rivalité et des tensions dans la région des grands lacs africains, la volonté de diriger l’OIF en 2027-2030 est une ambition stratégique affirmée par le chef d’État congolais de positionner son pays comme fer de lance de la Francophonie de demain, en tant que plus grand pays francophone en nombre de locuteurs. En effet, la RDC se considère naturellement comme un pilier légitime de la Francophonie, cherchant à passer de simple membre à un acteur majeur de son orientation et d’en faire notamment un véritable levier économique et sécuritaire, qui doit passer de la diplomatie des mots à celle des actes concrets.

La démarche de la RDC ne consiste donc pas nécessairement à bloquer la candidature de la Rwandaise, elle remet en cause la gestion actuelle de l’OIF décriée souvent par son personnel administratif comme étant autoritaire et autocratique. La RDC veut au contraire, transformer l’OIF en un levier de pression pour la paix, redonner de la voix à l’organisation, actuellement aphone sur toutes les questions et préoccupations qui touchent aux droits et libertés de la personne, à la promotion des principes démocratiques et aux valeurs fondatrices de l’organisation. De plus, la RDC veut affirmer son leadership et son rôle d’acteur décisionnel clé de la Francophonie en cherchant à transformer celle-ci en un levier économique important et en une plateforme d’action concrète, notamment en matière de solidarité sécuritaire.

La candidature de la RDC s’inscrit bien dans la ligne droite de la Déclaration de Kinshasa, adoptée lors du XIVe Sommet de la Francophonie en octobre 2012 à Kinshasa, dont le thème central était : « Francophonie, enjeux environnementaux et économiques face à la gouvernance mondiale », qui exprimait le vœu de renforcer la coopération économique et la gestion des ressources naturelles au sein de l’espace francophone. Elle est donc présentée comme une volonté de renouvellement du leadership novateur qui vise à transformer l’organisation en un acteur plus actif et un levier économique, de développement durable et d’échanges commerciaux renforcés.

Avec des atouts naturels innombrables et une population très jeune, la RDC se positionne comme un moteur stratégique et économique à venir dans l’espace francophone. Elle ambitionne d’apporter de nouveaux projets et de réaffirmer les valeurs de paix, de démocratie et de solidarité au sein de l’organisation. Elle manifeste son intérêt pour la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie afin de rééquilibrer les forces au sein de l’espace francophone, faire valoir son influence géopolitique et jouer un rôle moteur dans les décisions du monde francophone de demain. Elle mise notamment sur ses ressources naturelles critiques telles que le cobalt, le cuivre, le lithium et un marché de plus de 100 millions de consommateurs pour attirer les investissements et les capitaux frais de l’espace francophone.

Les pays membres tels que la France, le Canada et plusieurs autres soutiennent cette vision et l’engagement de renforcer la dimension économique et la participation active de tous les États membres aux projets communs allant dans le sens de promouvoir justement une Francophonie économique créatrice de richesses et de prospérité partagées.

Isidore KWANDJA NGEMBO

    admin

    Related post