Mfumu Ntoto : le chanteur sans micro !

Dans la grande salle de l’Union Sacrée sur le boulevard du 30 juin, chacun des membres attend son tour pour entonner l’hymne du pouvoir. Mais au fond, un homme s’agite, il s’agit de Mfumu Ntoto, le “maître chanteur de la République”. Il réclame un micro qu’on ne lui donne pas. Du coup, il menace de quitter la chorale pour rejoindre les fausses notes de la rébellion. Pourtant, son chant n’est pas une mélodie, mais un chantage ou mieux encore, une partition où les menaces remplacent les paroles.
La République Démocratique du Congo découvre ainsi, un nouveau genre musical fait du chant de revendication, où l’artiste ne cherche pas l’harmonie nationale mais son solo personnel. Et dans ce théâtre, le public comprend que le vrai silence n’est pas celui du micro absent, mais celui d’une politique réduite à un karaoké de menaces.
Le geste de Mfumu Ntoto ressemble à une mise en scène de pouvoir qui fait brandir la menace de rupture pour obtenir reconnaissance et postes. C’est une vieille mécanique politique, mais elle prend ici des accents de chantage.
En effet, la logique du marchandage politique veut que dans beaucoup de coalitions, certains acteurs se sentent marginalisés et utilisent la menace de départ comme levier pour négocier. Cela révèle une fragilité interne de l’Union Sacrée. Et la dramaturgie du “rebelle potentiel” utilisée par Mfumu Ntoto en se disant prêt à rejoindre la rébellion, n’est qu’une façon de se placer dans une posture extrême, presque symbolique, pour rappeler son poids. Mais cela peut aussi le décrédibiliser, en le réduisant à un opportuniste. Dans ce cas, le paradoxe institutionnel est le suivant : comment une plateforme censée incarner l’unité nationale peut-elle tolérer que ses membres se servent de la menace de guerre comme argument de carrière? Cela expose la tension entre discours officiel et pratiques réelles.
Vu comme tel, le personnage se veut un “maître chanteur de la République”, jouant de la corde sensible du pouvoir pour obtenir sa part du gâteau. Cela dit beaucoup sur la fragilité des alliances et sur la manière dont certains acteurs transforment la politique en théâtre de revendications personnelles. Il est un “chanteur sans micro” qui menace de quitter la scène si on ne lui donne pas le solo, mais son chant est en réalité une fausse note dans l’harmonie nationale.
Laurent BUADI
