Le crash de Kenge, une tragédie nationale !

Le crash d’un avion à Kenge, vendredi 25 septembre 2026, a coûté la vie à 17 personnes (14 passagers et 4 membres d’équipage), parmi les passagers, deux des plus hauts responsables de la justice militaire congolaise : le lieutenant‑général Joseph Mutombo Katalayi Tiende ( président de la Haute Cour militaire ) et le lieutenant‑général Lucien‑René Likulia Bakumi ( auditeur général des FARDC ). Une enquête officielle est ouverte par le Bureau Permanent d’Enquêtes d’Accidents et Incidents d’Aviation -BPEA- pour déterminer les causes de cette tragédie. La disparition simultanée de ces deux officiers supérieurs laisse un vide béant. Les procès sensibles, les dossiers de trahison dans l’armée et les arbitrages militaires se retrouvent suspendus dans un ciel d’incertitude. Daisi de cette tragédie, le ministère du Transport a suspendu immédiatement le certificat de transport aérien de la compagnie TRACEP Congo Aviation, propriétaire de l’aéronef de type Let 410 UVP immatriculé 9S-GUC qui est à la base du drame. Tandis que le Gouvernement de la République a décrété que soit observé sur le territoire national un deuil en hommage aux hauts magistrats militaires disparus et leurs membres de la délégation. Ce. à compter de lundi 28 septembre 2026 jusqu’à leur inhumation, période pendant laquelle, seront également mis en berne les drapeaux.

Vendredi dans la mi-journée, l’avion, petit porteur Let L‑410, a tournoyé au‑dessus de Kenge avant de s’écraser au sol, engloutissant ses passagers dans les flammes de feu. Les autorités du pays saisies de ce drame promettent une enquête, mais l’opinion publique pense déjà que la vérité risque de s’écraser, elle aussi, dans les méandres bureaucratiques.
Symbolique funeste
Ce drame de Kenge illustre la fragilité des institutions : un appareil vétuste, une mission ordinaire, et soudain, l’ossature judiciaire militaire réduite en cendres. Le pays pleure, mais l’affaire rappelle que l’État ne peut pas continuer à voler avec des avions d’une autre époque.
Conséquences institutionnelles du crash…
Non seulement le crash de Kenge n’a endeuillé la République démocratique du Congo, il a aussi provoqué une secousse institutionnelle au cœur de la justice militaire. Parce que la disparition simultanée du président de la Haute Cour militaire et de l’auditeur général des FARDC risque de bouleverser l’équilibre d’un appareil judiciaire déjà fragile.
Il y a lieu de craindre un vide institutionnel du moment que la Haute Cour militaire perd son président, figure d’autorité dans les procès de haute trahison et les affaires impliquant des officiers supérieurs dans la trahison par rapport à l’agression dont l’Est du pays est victime.
L’auditeur général, pivot de l’action publique en matière militaire, disparaît également, laissant en suspens des dossiers sensibles. Ce double vide crée une paralysie temporaire aux conséquences imprévues. Les audiences en cours risquent d’être reportées et les décisions stratégiques différées.
Les répercussions politiques devraient être évitées tant il est vrai que la justice militaire est un instrument de régulation du pouvoir qui juge les officiers, mais aussi parfois les figures politiques.
La perte de ses deux têtes pensentes de la justice militaire peut être interprétée comme une fragilisation de l’État dans sa capacité à arbitrer les conflits internes, estiment des observateurs qui sont d’avis que le gouvernement est désormais contraint de nommer rapidement des successeurs, mais la légitimité de ces choix sera scrutée par l’opinion et les partenaires internationaux.
L’enquête sur les causes du crash devient, dans ces circonstances, un test de transparence : si elle est bâclée, la confiance dans les institutions s’érodera davantage et la justice militaire, déjà perçue comme opaque, risque de voir son image ternie par des soupçons de négligence ou de manipulation. Pour bon nombre d’analystes, ce drame rappelle que les institutions congolaises restent vulnérables aux aléas matériels et organisationnels.
Pour la simple raison que la justice militaire, censée incarner la rigueur et la discipline, se retrouve elle‑même victime d’un accident qui met en lumière ses failles logistiques et structurelles.
Comme dans un film d’horreur…
Ce crash d’un avion à Kenge, à environ 260 km de Kinshasa, vendredi 25 septembre 2026 qui a coûté la vie à au moins 17 personnes revenant de Kikwit vers Kinshasa après une mission de service, parmi elles, deux des plus hauts responsables de la justice militaire congolaise. Le nombre des victimes se situe entre 14 et 17 morts selon les bilans provisoires, aucun survivant confirmé. Le petit porteur Let L‑410 exploité par la compagnie Tracep aurait rencontré des difficultés en plein vol, et le pilote a tenté plusieurs tours au‑dessus de Kenge avant de s’écraser dans une parcelle.
Avec ce drame, la justice militaire congolaise est décapitée, perdant simultanément son président et son auditeur général. Deux figures qui étaient au cœur des procès sensibles impliquant des officiers supérieurs et même l’ancien président de la République Joseph Kabila et le chef de guerre Corneille Naanga. Leur disparition crée un vide institutionnel majeur dans la gestion des affaires militaires et des dossiers de trahison en cours.
Le ministère de la Défense et les FARDC ont annoncé l’ouverture d’investigations pour établir les causes exactes du crash. Les autorités locales évoquent des difficultés techniques en vol, mais aucune conclusion définitive n’est encore disponible en attendant le rapport de l’enquête ad hoc.
Le président Félix Tshisekedi a rendu hommage aux victimes le même jour, lors du Conseil des ministres, exprimant ses condoléances aux familles des disparus. Le choc est profond à Kinshasa, où la disparition simultanée de ces deux officiers est perçue comme une tragédie national, à en croire les communiqués officiels qui se succèdent.
Pourquoi réagir au lieu de prévenir ?
Le crash de Kenge n’est pas un accident isolé, c’est un écho tragique d’une histoire déjà écrite il y a des années à Kinshasa (Kingasani), à Kisangani, à Goma… Chaque fois, l’on assiste aux mêmes gestes officiels se traduisant par le retrait de certificat de transport aérien, l’ouverture d’enquête, la promesse de vérité. Et chaque fois, la même issue : le silence des rapports, l’oubli des conclusions, la répétition des drames.
Le Bureau permanent des enquêtes pour accidents et incidents d’aviation -BPEA-, a beau annoncer une investigation, les observateurs s’interrogent sur les rapports produits par les enquêtes passées, cherchant à savoir où sont les recommandations, les réformes initiées, les sanctions prises ?
La mémoire collective ne retient que le suspense, jamais la prévention. Le gouvernement de la République, lui, semble prisonnier d’un rituel qui consiste à réagir pour calmer, mais jamais prévenir pour protéger. Depuis Kingasani, aucune remise en question structurelle n’a été menée. Les compagnies continuent d’opérer avec des cercueils volants, ces appareils vétustes datant d’une autre époque et bons pour la casse, les contrôles restent sporadiques et la sécurité aérienne demeure une roulette russe nationale.
La perte de crédibilité est à ce point réelle, parce que l’État apparaît comme un sapeur pompier qui éteint les flammes sans jamais inspecter les câbles électriques. À chaque crash, un certificat retiré…, mais jamais le système organisationnel n’est réparé. Dans l’entre-temps, la RDC vole toujours, mais sans parachute institutionnel.
Laurent BUADI
