La motion contre Jacquemin Shabani, un coup d’épée dans l’eau !

La motion de défiance contre le VPM Jacquemin Shabani déposée le 13 avril 2026 à l’Assemblée nationale par Laddy Yangotikala, député de Kisangani (Union sacrée), semble déjà fragilisée avant même d’être débattue. Bien que portée par une cinquantaine de députés, plusieurs signatures ont déjà été retirées sous pression politique, ce qui réduit fortement ses chances d’aboutir. En l’état, elle ressemble davantage à une manœuvre de fronde qu’à une menace réelle de destitution.
Les motifs avancés pour obtenir la destitution du Vice-premier ministre Shabani concernent la gestion jugée inefficace de la sécurité ainsi que la recrudescence des crimes à Kinshasa et dans plusieurs grandes villes.
La motion de défiance avait obtenu le soutien d’environ 50–60 députés qui l’avaient appuyée. Parmi ces derniers, l’AFDC-A de Modeste Bahati Lukwebo a exigé le retrait des signatures de ses élus, désavouant deux députés qui avaient soutenu l’initiative.
Des acteurs de la société civile du Nord-Kivu dénoncent de leur côté, une tentative de déstabilisation des institutions et demandent au président de la République de stopper cette démarche inappropriée.
Des cas de jurisprudence dans cette lancée concernent Vital Kamerhe en 2020, quand malgré sa qualité de Directeur de cabinet du Chef de l’État, a été écarté de son poste après motion et son procès s’est tenue allègrement en justice. En 2026, Modeste Bahati bien que Président du Sénat, a été écarté par la coalition à l’interne. Et cette fois ci, c’est Jacquemin Shabani, Vice-Premier ministre Intérieur qui est visé par une motion mais déjà fragilisée par des retraits et pressions.
Contrairement aux précédents motions, la base politique de Shabani reste solide au sein de l’Union sacrée, et les retraits de signatures montrent que la motion n’a pas l’élan nécessaire pour renverser un pilier du gouvernement.
Plus qu’une réelle volonté de destitution, la motion à l’endroit de Shabani traduit des tensions internes dans la majorité. Et comme effet boomerang, les députés frondeurs risquent d’être sanctionnés par leurs partis, comme l’AFDC-A l’a déjà fait. Mais selon plusieurs témoignages, il s’avère que même affaiblie, la motion qui ne cesse de faire parler d’elle, expose les fragilités de la gouvernance sécuritaire et met en lumière l’insatisfaction populaire face à l’insécurité.
En pratique, cette motion ressemble à un coup d’épée dans l’eau et révèle des fissures dans la coalition mais elle n’a pas la force d’emporter Shabani quand bien même, elle sert de signal politique et de rappel que l’insécurité reste un terrain miné pour le gouvernement qui, du reste, vit ses derniers jours.
Une motion jugée inopportune !
Cette motion de défiance a, par ailleurs, été jugée inopportune par la communauté Grand-Kivu, face aux conséquences potentiellement grave pour la paix en République démocratique du Congo.
Et dans un communiqué signé par cette communauté, la motion de défiance contre le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Maître Jacquemain Shabani est une initiative inopportune aux conséquences potentiellement graves pour la paix nationale.
Et selon Joseph Nkinzo, président et porte-parole de cette communauté, il y a des moments dans la vie d’une Nation où certaines initiatives politiques, sous couvert de légalité, frisent l’irresponsabilité et mettent en péril l’essentiel : la survie collective et la paix, signifiant que la motion de défiance engagée à l’Assemblée nationale contre le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur s’inscrit malheureusement dans cette catégorie.
« En tant que président et porte-parole de la notabilité du Grand Kivu, profondément attachés à l’intégrité territoriale de la RDC et à la stabilité de ses institutions, exprimons notre indignation face à une telle démarche, initiée dans un contexte extrêmement critique», souligne le communiqué qui rappelle qu’ alors que la RDC fait face à une guerre d’agression injuste imposée par le Rwanda à travers ses supplétifs du mouvement AFC/M23, chaque décision politique devrait être guidée par un impératif supérieur : la consolidation du front national. Or, que voyons-nous ? Une tentative de fragilisation interne visant un acteur clé du dispositif sécuritaire et diplomatique.
La source note que Jacquemain Shabani n’est pas un ministre ordinaire dans cette séquence historique, il est au cœur des mécanismes de négociation engagés avec les groupes rebelles AFC/M23, il porte, avec responsabilité et sang-froid, des dossiers d’une extrême sensibilité : le retour des réfugiés congolais, l’échange des prisonniers, la coordination avec le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), ainsi que les interactions avec le Comité international de la Croix-Rouge.
“Chercher à écarter aujourd’hui un tel homme d’État, en pleine phase de pourparlers, revient à affaiblir délibérément la position de la RDC sur la scène des négociations, c’est envoyer un signal de désordre, de division et de vulnérabilité à ceux qui, précisément, cherchent à exploiter nos failles internes”, s’indigne la communauté qui alerte qu’on ne combat pas ses propres soldats pendant qu’ils défendent la patrie. On ne désarme pas ses propres négociateurs au moment où ils tiennent la ligne de la paix. Une telle posture nous fragilise, nous divise et dessert les intérêts supérieurs de la Nation.
« Cette motion de défiance, si elle devait prospérer, constitue un risque sérieux pour les intérêts vitaux du pays. Elle pourrait compromettre des avancées diplomatiques sensibles, retarder le retour tant attendu de la paix et plonger davantage nos populations dans l’incertitude», prévient la communauté qui précise que le Grand Kivu n’attend pas des manœuvres politiciennes. Le Grand Kivu attend la paix. Une paix réelle, durable, arrachée au prix d’efforts coordonnés et d’une unité nationale sans faille.
Le Journal
