Augustin Kabuya jete le pavé dans la marre: La constitution sera retouchée !

 Augustin Kabuya jete le pavé dans la marre: La constitution sera retouchée !

Ce samedi, au cours d’une matinée politique de son parti politique, le Secrétaire Général de l’UDPS, Augustin Kabuya n’a pas porté des gants pour faire état de retouche au niveau de la constitution du pays. « Nous allons toucher à cette Constitution. Mobutu l’a révisée 17 fois. Mzee Laurent-Désiré Kabila l’a modifiée 3 fois et Joseph Kabila l’a également modifiée, alors au nom de quel principe, le régime de l’UDPS serait-il interdit de toucher à la Constitution ?», a dit Kabuya.

Pour des observateurs avertis, la déclaration d’Augustin Kabuya est lourde de sens et s’inscrit dans une logique de légitimation politique. Les clés de lecture à retenir sont les suivants :

La normalisation de la révision constitutionnelle
En rappelant que Mobutu, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila ont tous modifié la Constitution, Kabuya cherche à banaliser l’acte de révision. Il présente la modification comme une pratique récurrente dans l’histoire politique congolaise et non comme une rupture ou une dérive.

La justification par l’histoire
Le recours à l’argument historique est stratégique dès lors qu’il permet de dire que toucher à la Constitution n’est pas une transgression, mais une continuité. C’est une manière de désamorcer les critiques en plaçant l’UDPS dans une lignée de gouvernance.

La légitimation du pouvoir actuel
Il est clair que si les régimes précédents ont eu le droit de modifier la loi fondamentale, pourquoi le régime actuel en serait-il privé ? Kabuya inverse ainsi la charge de la preuve : ce serait une injustice que d’interdire à l’UDPS ce que d’autres ont pratiqué.

Les enjeux implicites
Sur le plan plitique, il est question de préparer l’opinion à des ajustements qui pourraient renforcer le pouvoir en place ou redéfinir les règles du jeu électoral. Au niveau institutionnels, il s’agit de tester la réaction des acteurs politiques, de la société civile et de la communauté internationale. Quant aux symboliques de la déclaration du Secrétaire Général Kabuya, l’on retient qu’il affirme que l’UDPS, longtemps perçue comme gardienne de la démocratie, peut aussi être réformatrice de la Constitution.

La tension sous-jacente
Cette déclaration ouvre un débat sensible parce que, la Constitution est censée être le socle de stabilité et de consensus. La toucher peut être vu comme une nécessité d’adaptation, mais aussi comme une tentative de remodeler les institutions à des fins partisanes. C’est là que réside le paradoxe entre la légitimité historique et le soupçon d’opportunisme.
En somme, Augustin Kabuya cherche à installer l’idée que la révision constitutionnelle est un droit du pouvoir en place, et non une transgression. Mais cette justification historique ne dissipe pas les inquiétudes sur les motivations réelles et les conséquences pour l’équilibre démocratique.
La comparaison des révisions constitutionnelles ci-dessous, montre que chacune répondait à des logiques politiques plus qu’à des nécessités institutionnelles. Mobutu a multiplié les retouches pour consolider son pouvoir, Laurent-Désiré Kabila a imposé un texte de transition concentrant les pouvoirs, et Joseph Kabila a modifié la Constitution pour adapter le système électoral et tenter de prolonger son influence.

Analyse comparée des révisions constitutionnelles
Mobutu Sese Seko a retouché la constitution 17 fois pour consolider son régime du parti unique (MPR), adapter la Constitution à ses besoins politiques, neutraliser l’opposition et prolonger son mandat.  Laurent-Désiré Kabila l’a fait 3 fois à travers le Décret-loi constitutionnel de 1997 pour organiser l’exercice du pouvoir après la chute de Mobutu, obtenir la concentration des pouvoirs exécutif et législatif entre ses mains, et répondre à un vide juridique. Conséquence : une Transition autoritaire et l’absence de contre-pouvoirs.
Joseph Kabila a, à son tour, modifié la constitution plusieurs fois (dont le passage de 2 tours à 1 tour en 2011), et réduire les coûts et les risques électoraux, faciliter sa réélection en limitant la compétition, l’on se souvient de la tentative, en 2015, de modifier la constitution pour prolonger son mandat (avortée sous la pression populaire. Leçons retenues : contestations sociales et politiques, renforcement des soupçons de dérive autoritaire, mobilisation de la société civile et de l’Église contre ses projets.

Lecture transversale
Si Mobutu utilisait la Constitution comme un outil de survie politique, la remodelant au gré de ses besoins, Laurent-Désiré Kabila, lui, a imposé un texte minimaliste, plus proche d’un décret de pouvoir qu’une véritable Constitution, pour asseoir son autorité dans un contexte de guerre et de transition. Alors que Joseph Kabila a cherché à adapter la loi fondamentale pour réduire les contraintes électorales et prolonger son influence, mais il s’est heurté à une forte résistance populaire.

Implications pour l’UDPS aujourd’hui
La déclaration de Kabuya s’inscrit dans cette continuité, elle cherche à normaliser l’idée que toucher à la Constitution est un droit du pouvoir en place. Mais l’histoire montre que ces révisions ont souvent servi des intérêts politiques immédiats plutôt que des réformes structurelles. Cela pose du coup, une question centrale : la révision annoncée par l’UDPS sera-t-elle motivée par un besoin institutionnel réel (modernisation, clarification, équilibre des pouvoirs) ou par un calcul politique visant à consolider le régime actuel ? Question à un franc.

Laurent BUADI

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