Hommage à Nicole Maboso : ce que révèle une cérémonie entre foi, douleur et solidarité

Au-delà des pleurs et des gestes d’adieu, la cérémonie d’hommage à Nicole Maboso aura offert une lecture plus profonde d’un moment de deuil partagé. Entre recueillement spirituel, témoignages marquants et mobilisation collective, cette journée a mis en lumière les ressorts humains et sociaux qui structurent les rites funéraires dans la capitale congolaise.
Dès l’arrivée du cercueil au Motel Ave Maria, dans la commune de Kasa-Vubu, une atmosphère lourde s’est installée. Les sanglots, spontanés et difficilement contenus, ont rapidement envahi la salle. Mais derrière cette émotion visible, une organisation rigoureuse s’est imposée. Le programme, minutieusement suivi, a permis d’alterner prières, biographie, témoignages et dépôt de gerbes, traduisant une volonté de canaliser la douleur dans un cadre structuré.
La dimension spirituelle a occupé une place centrale. Les interventions religieuses, notamment celle de l’aumônier, ont orienté l’assemblée vers une lecture de la disparition sous l’angle de la foi. L’accent mis sur les valeurs de la défunte — fidélité, prière, engagement conjugal — a contribué à transformer le deuil en un moment d’édification collective. Dans ce registre, la cérémonie dépasse la simple commémoration pour devenir un espace de transmission morale.
Les témoignages, bien que limités en nombre, ont apporté un éclairage concret sur la vie de Nicole Maboso. L’un d’eux, particulièrement marquant, a évoqué des actes de générosité posés dans l’intimité du quotidien, révélant une personnalité discrète mais profondément engagée auprès des siens. Cette sélection restreinte d’intervenants, dictée par le temps, a renforcé l’intensité des prises de parole, évitant la dispersion souvent observée dans ce type d’événement.
Par ailleurs, la forte affluence et la multiplication spontanée des groupes venus déposer des fleurs témoignent d’un attachement qui dépasse le cercle familial. La cérémonie a ainsi pris une dimension communautaire, où amis, connaissances et collaborateurs ont tenu à marquer leur présence. La distribution d’une édition spéciale consacrée à la défunte s’inscrit également dans cette logique de mémoire partagée et de valorisation du parcours de vie.
Le transfert vers le cimetière de la Gombe a constitué une autre séquence significative. Lieu symbolique du repos éternel au cœur de la ville, il a accueilli une foule toujours aussi dense, signe d’une mobilisation qui ne s’est pas essoufflée au fil des heures. L’inhumation, sobre mais empreinte de gravité, a consacré la séparation définitive, dans une atmosphère où la douleur restait palpable.
Enfin, le retour au Motel Ave Maria pour le bain de consolation a prolongé la dynamique de solidarité observée tout au long de la journée. Ce moment, souvent moins formel, a permis aux proches et à l’assistance d’échanger, de partager et de se soutenir, illustrant l’importance du collectif dans la gestion du deuil.
En définitive, la cérémonie d’hommage à Nicole Maboso révèle bien plus qu’un simple adieu. Elle met en évidence une articulation forte entre foi, organisation sociale et expressions de solidarité. Dans un contexte marqué par l’absence du conjoint, retenu à l’étranger pour des raisons de santé, la mobilisation observée apparaît aussi comme une forme de soutien élargi, traduisant la capacité de la communauté à se substituer, en partie, aux absences.
À travers ce dernier hommage, c’est donc toute une vision du lien social, fondée sur la proximité, la mémoire et l’engagement mutuel, qui s’est donnée à voir. Nicole Maboso laisse derrière elle l’image d’une femme dont la vie, au-delà de sa disparition, continue d’inspirer et de rassembler.
Christian TANDU
Nicole Maboso : l’avocate de son mari nous a quitté
Kinshasa, le 5 septembre 2005. La ville bruisse de rumeurs, les rues grondent de colère. Ce matin-là, le supplément Pool Malebo du quotidien Le Journal lâche une bombe : trente millions de dollars américains auraient été versés par la RDC à la Tanzanie pour soutenir son système éducatif. Une lettre de remerciement de la Conférence épiscopale de Tanzanie, copie à la CENCO, vient confirmer l’affaire.
La nouvelle tombe comme une étincelle dans une poudrière. Les enseignants sont en grève, les syndicats mobilisés. Sur la place “Golgotha”, les manifestants agitent des photocopies du journal, scandent leur indignation. Les caméras filment, les chaînes diffusent. Le soir, Kinshasa ne parle que de ça.
Le lendemain, Le Journal reprend l’information. Les ventes explosent, mais derrière les murs du pouvoir, la fureur monte. Une réunion sécuritaire d’urgence se tient : décision radicale, arrêter les responsables des deux journaux. À peine la réunion close, un fidèle du journal qui prenait part à la réunion alerte la rédaction : “Disparaissez, vos têtes sont mises à prix.” La cavale commence.
Trois mois durant, les journalistes vivent dans l’ombre. La MONUC s’inquiète, la Haute Autorité des Médias plaide, Reporter sans frontières tente une médiation. Mais partout, les portes se ferment. Les autorités nient, et ce silence rend la menace plus lourde encore.
Finalement, sur conseil du président de la HAM, Patrice Booto choisit de sortir de sa cachette. Piégé, il est arrêté et conduit à Kin Mazière. Ses compagnons sont relâchés, mais avertis : leurs noms restent sur la liste et ils peuvent être cueillis à tout moment. C’est avec la panique au ventre qu’ils sont sommés de vider le lieu. Pour Patrice, c’est le début d’une longue descente aux enfers.
Nicole Maboso, la voix qui s’élève
Dans cette tourmente, une femme refuse de plier. Nicole Maboso, l’épouse de Patrice, se dresse. Privée de son mari, elle transforme sa douleur en combat. Elle frappe aux portes des associations de presse, mobilise la JED, l’UNPC, rejoint l’union des épouses des professionnels des médias.
Son énergie galvanise. Des marches pacifiques s’organisent, des campagnes médiatiques s’enchaînent. Nicole devient le visage de la résistance, une voix qui refuse l’arbitraire. Elle ne fléchit pas, jusqu’au jour où Patrice retrouve enfin la liberté.
Nicole Maboso restera dans la mémoire collective comme une femme debout, qui a su transformer l’épreuve intime en lutte publique, et rappeler que la liberté de la presse se défend aussi dans les foyers, par l’amour et le courage.
Laurent Buadi
Johnny Onembo : “La présence de maman Nicole irradiait de vie et de bienveillance autour d’elle”
C’est avec le cœur lourd et une plume tremblante de tristesse que je tente aujourd’hui de coucher ces quelques mots sur le papier. Il m’est encore douloureusement irréel de devoir conjuguer le nom de Maman Nicole au passé, tant sa présence irradiait de vie et de bienveillance autour d’elle. Elle fut la toute première âme à m’ouvrir les bras et les portes de la famille Booto, m’accueillant avec une chaleur qui n’appartenait qu’à elle.
Dès nos premiers instants, j’ai découvert une femme animée d’un sens profond de la considération et d’un amour désintéressé. Jamais elle ne m’a traité comme un étranger ou un simple invité ; au contraire, elle m’a enveloppé de sa tendresse, me protégeant et me guidant comme si j’étais son propre fils. Son regard portait toujours cette étincelle de bonté qui savait apaiser les doutes les plus persistants.
Je garde précieusement en mémoire l’écho de sa voix, ces paroles toujours justes, distillées avec un soin infini au moment même où j’en avais le plus besoin. Ses conseils étaient des refuges, et son affection, un baume pour l’esprit. Aujourd’hui, le silence qu’elle laisse derrière elle est assourdissant, mais le souvenir de son hospitalité et de son cœur immense restera gravé dans mon âme. Maman Nicole n’est plus, mais l’empreinte de son amour, elle, demeure éternelle dans le sanctuaire de mes souvenirs les plus chers.
Johnny Onembo beau-fils
Georgette LUMBE : “Maman Nicole était une merveilleuse femme de prière qui a profondément marqué nos vies”
Maman Nicole a été bien plus que la maman de ma meilleure amie (Esther) pour moi. Elle m’a toujours accueillie avec beaucoup d’amour, de gentillesse et de générosité. Avec elle, je me suis toujours sentie comme une fille de la maison. Elle était toujours prête à aider, à écouter et à encourager.
J’ai toujours admiré sa douceur, sa positivité et sa grande foi. Elle parlait avec tellement d’empathie et toujours avec un sourire qu’elle à tel point qu’elle apportait du réconfort autour d’elle. Je me rappelle encore de la dernière fois où je l’ai vue, quand je suis venue lui présenter mon fils. Elle l’a accueilli avec tant d’amour, un moment que je garderai toujours dans mon cœur.
C’était une maman merveilleuse et une femme de prière qui a profondément marqué nos vies.
Merci pour tout l’amour que tu nous as donné, Maboso de nous. Tu resteras à jamais dans nos cœurs. Nous t’aimons et nous ne t’oublierons jamais.
LUMBE Georgette
Madeleine Salomé N’djeke : “Chacune de nos rencontres avec maman Nicole était une bénédiction”
On nous a souvent enseigné que le cœur d’une mère est un océan d’amour pour ses enfants.
Mais au fil du temps, la vie nous révèle qu’il existe des mères dont le cœur dépasse même l’immensité de cet océan.
Maman Nicole faisait partie de celles-là.
Elle n’a pas seulement été une mère pour ses enfants biologiques, elle a été une mère pour chacun de nous, les amis de ses enfants nous accueillant toujours avec un amour sincère, généreux et sans mesure.
Depuis notre adolescence, chacune de nos rencontres avec elle était une bénédiction.
On y découvrait une femme douce, attentionnée, profondément humaine,
dont le regard bienveillant et le sourire lumineux savaient apaiser les cœurs.
Maman,
Je me souviens encore de nos moments vers Wenze ya ba Luba, où tu me serrais tendrement dans tes bras, me bénissant après avoir pris de mes nouvelles.
Ce geste, en apparence simple, portait en lui une force inestimable.
Il relevait, encourageait et marquait profondément.
Aujourd’hui , nos cœurs sont remplis de tristesse, mais aussi d’une foi profonde.
Car, nous savons que tu es partie rejoindre celui que tu as servi avec fidélité et amour tout au long de ta vie.
Tu as combattu le bon combat,
tu as gardé la foi et désormais, tu reposes dans la paix du Seigneur.
Ton passage sur cette terre n’a pas été vain.
Tu laisses en chacun de nous une empreinte indélébile,
un héritage d’amour, de bonté et de foi que nous porterons à jamais.
Maman Nicole, Maman Tide, la plus belle, la femme amoureuse de papa Patrice Booto et la maman de tous.
Ton absence laissera un vide immense, mais ton amour continuera de vivre en nous.
Aujourd’hui, au-delà des larmes,nous choisissons de célébrer ta vie, de rendre grâce pour tout ce que tu as été, et pour tout ce que tu as semé dans nos vies.
Repose en paix auprès du Père,
jusqu’au jour des retrouvailles.
Ta fille, Madeleine Salomé N’djeke
Nivard Luafa Bombula : “Nicole avait un sens élevé de compréhension”
Aujourd’hui est un jour triste où nos cœurs saignent et sont très lourds au point que les mots nous manquent pour exprimer l’immense douleur que nous ressentons depuis le départ de notre belle -soeur Nicole Maboso Atunga auprès du Très Haut notre Dieu et Créateur.
Nicole Maboso que ses familiers appelaient affectueusement Maman Tide aura été non seulement un modèle, mais un repère inébranlable pour bon nombre de femmes. Pour sa belle famille Bombula, sa disparition a tout d’une insoutenable épouse qui nous laisse sans voix dans la mesure où, sa présence parmi nous a marqué nos vies d’une empreinte indélébile. Elle part aujourd’hui avec ses bonnes qualités :
– faire la cuisine comme un cordon bleu
– partage de la douceur et d’un sourire contagieux autour d’elle que nous ne verrons plus jamais.
– une capacité rare de supporter les erreurs, les fautes, les incompréhensions ainsi que les attitudes dures et quelque peu despotiques de son époux.
– Nicole était toujours présente pendant les moments difficiles à côté de son mari et n’était pas une épouse à problèmes, mais une douce personne au sens élevé de compréhension qui cherchait la paix avec tout le monde.
Que son âme repose en paix.
Nivard Luafa Bombula
Liongi Banga Grâce: “Les erreurs que d’autres condamnaient, maman Nicole les enveloppait de pardon et de bienveillance”.
À celle que j’appelais, avec affection mêlée de douce provocation « Ya Nicole », je rends aujourd’hui un hommage chargé de larmes et de reconnaissance.
Maman Nicole était une mère, une amie pour tous les enfants qui franchissaient le seuil de sa maison.
Servante fidèle de Dieu, femme profondément aimante et d’une rare serviabilité.
Elle portait les faiblesses des siens dans le silence.
Les erreurs que d’autres condamnaient, elle les enveloppait de pardon et de bienveillance, Là où certains jugeaient en mal, elle choisissait de couvrir avec amour.
Aujourd’hui, le cœur lourd, je prie pour le repos éternel de son âme.
Un souvenir me revient avec une intensité particulière.
Un jour, je l’ai croisée sur la route, à l’intersection des avenues Djombo et Bolafa vers petit Saïo, un seau et une raclette sol à la main. Surprise, je lui ai demandé :
« Maman, où allez-vous avec tout cela ? »
Elle me répondit avec simplicité : « Ya Grâce, je vais à l’église. J’ai l’habitude de nettoyer l’église . »
À partir de ce geste discret, j’ai compris la grandeur de son âme. Son service ne cherchait ni lumière ni reconnaissance. Elle savait que servir Dieu ne se limite pas à prêcher, chanter ou occuper une position visible. Elle servait avec humilité, faisant ce que beaucoup considèrent comme insignifiant, mais que le ciel enregistre avec honneur.
Dors en paix maman Nicole Gertrude Maboso.
La magistrate Liongi Banga Grâce.
Pour Odette Musampa, Nicole Maboso était une femme très calme, effacée et très discrète
Madame Odette Musampa, veuve de Mr Ogobani Masudi André, journaliste et ancien ADT de l’ACP -Agence Congolaise de Presse- qui, en sa qualité d’épouse d’un journaliste, a créé une association regroupant les épouses des professionnels des médias, garde une image positive de la défunte Maman Nicole Booto qu’elle a connue comme une femme très calme, effacée et surtout très discrète.
Elle se souvient avoir traversé avec la défunte, la dure période où son époux a eu des problèmes avec la justice pour des raisons politiques. “Nicole a été sollidaire avec son époux et l’a beaucoup soutenu durant cette dure épreuve”, note Madame Odette Musampa avec regret, en rappelant qu’elle était avec la défunte à cette période difficile. “Repose en paix ma sœur Servante du Seigneur”, conclut-elle.
Odette Musampa
Nicole MABOSO : une présence, une foi, un héritage
Nicole MABOSO était une femme bien réservée, d’un calme rare et apaisant.
Elle ne faisait pas de bruit… mais sa présence parlait d’elle-même.
Elle dégageait une forte énergie spirituelle. Sans même qu’elle ne dise un mot, on comprenait immédiatement que l’on se tenait devant une femme de prière, une femme qui aimait profondément Dieu.
Sa foi n’était pas dans les discours, mais dans sa manière de vivre, dans sa douceur, dans sa simplicité.
Je l’ai vue dans une petite maison…
Je l’ai vue dans une grande maison…
Et même dans de très grandes demeures.
Mais peu importe l’endroit où elle vivait, elle restait la même : humble, reconnaissante, et profondément attachée aux valeurs essentielles.
Elle savait se contenter de ce que la vie lui offrait, avec dignité et gratitude.
Aujourd’hui, nous honorons non seulement une femme, mais un témoignage vivant de foi, d’humilité et de paix.
Nicole MABOSO ne sera jamais oubliée.
Son empreinte demeure à jamais dans nos cœurs.
Christian Tandu
