Stades fermés, terrains volés, avenir sacrifié: Football congolais à l’agonie!

Kinshasa et Lubumbashi plongent dans l’incertitude sportive : entre fermeture des stades, vandalisme et spoliation des terrains, la République démocratique du Congo est confrontée à une crise profonde de ses infrastructures footballistiques, mettant en péril le championnat national et la formation des jeunes talents.
Kinshasa : plus aucun stade homologué pour jouer
La capitale congolaise se retrouve aujourd’hui sans aucune enceinte sportive homologuée pour accueillir des matchs officiels. Après la suspension par la Confédération africaine de football (CAF) du Stade des Martyrs, pour non-conformité aux normes internationales, le Stade Tata-Raphaël, longtemps refuge des clubs de Linafoot et des divisions inférieures, a été fermé sur décision du ministère des Sports et Loisirs le 6 février 2026.
La raison officielle : préserver le patrimoine public face aux actes de vandalisme répétés et à l’insécurité, alors que les clubs ne réparent pas les dégâts causés par leurs supporters. « Nos stades ne garantissent aucune sécurité, déjà. Maintenant, à l’organisateur de donner des garanties. Après tout, quand les équipes payent des amendes, au finish, elles ne réparent pas les casses », explique Christian Boukaya, journaliste sportif à Kinshasa.
Cette fermeture totale laisse les clubs et les supporters dans l’incertitude, alors que le championnat national est à l’arrêt et que la reprise n’est toujours pas programmée. Des incidents similaires se sont déjà produits ailleurs dans le pays, rappelant l’urgence d’une politique globale de sécurité et de maintenance des infrastructures.
Lubumbashi et les provinces : une situation tout aussi critique
À Lubumbashi, seul le stade du TP Mazembe reste fonctionnel, bien qu’il ne soit pas exempt de problèmes de conformité aux standards internationaux. Les clubs locaux, comme St Eloi Lupopo ou Maniema Union, tentent tant bien que mal d’y disputer leurs rencontres africaines.
Mais la situation est alarmante pour les infrastructures municipales : les terrains de Karavia ou de Joli-site Kasangiri ont été spoliés ou transformés à des fins privées, laissant la jeunesse sans espaces de jeu. Dans le sud-ouest de Lubumbashi, le stade Taba-Congo reste un symbole de résistance. « Le seul endroit de divertissement, un symbole pour tout le quartier. Ça a produit beaucoup de joueurs, comme Merveille Kanjinga, aujourd’hui sociétaire du PSG en France », rappelle Gaël Bouerevou, secrétaire du comité de gestion.
Dans d’autres provinces, la situation est tout aussi préoccupante. À Kisangani, le stade Lumumba est en travaux de réhabilitation mais reste inutilisable, et à Bunia, le stade multifonctionnel de Kindia attend toujours d’être achevé. Partout, le manque d’entretien et l’appropriation illégale des terrains réduisent drastiquement les possibilités pour la jeunesse de pratiquer le football.
Une crise institutionnelle et sportive à plusieurs niveaux
La crise des infrastructures s’ajoute à des problèmes institutionnels. En 2025, la FIFA avait suspendu la Fédération congolaise de football (FECOFA) pour ingérence externe, privant clubs et sélection nationale de compétitions internationales. Les incidents de vandalisme et d’envahissement des stades, notamment au Stade des Martyrs, ont également renforcé l’image d’un football national en déroute, incapable de protéger ses installations et ses spectateurs.
Des experts et journalistes tirent la sonnette d’alarme
Pour Alain Bassila, journaliste sportif, la solution passe par une politique sportive globale, incluant la construction de centres de formation modernes, la réhabilitation des stades existants et la sécurisation des terrains municipaux. « Sans ces infrastructures, le football congolais sera condamné à rester amateur, et la formation de jeunes talents sera gravement compromise », prévient-il.
La jeunesse, faute d’infrastructures, se retrouve souvent à jouer dans la rue ou sur des terrains improvisés, ce qui accroît les risques de blessures et limite l’émergence de futurs professionnels. Le football, qui a pourtant produit des talents internationaux comme Cédric Bakambu, Yannick Bolasie ou Merveille Kanjinga, voit son futur compromis par le manque de vision et d’investissement.
Un appel urgent à l’action
Clubs, supporters, journalistes et acteurs sportifs s’accordent sur un point : il est urgent de définir une politique de sauvegarde et de développement du football en RDC. Cela passe par :
La réhabilitation et la sécurisation des stades existants ;
La protection et la réappropriation des terrains municipaux ;
La construction de centres de formation modernes ;
L’élaboration de règles strictes pour la sécurité des spectateurs et la responsabilité des clubs.
Sans ces mesures, la RDC risque de voir son championnat national s’effondrer, et ses jeunes talents partir vers l’étranger faute d’opportunités locales. La crise actuelle est donc autant une question d’infrastructures que d’avenir sportif et social pour tout le pays.
Le Journal
