EST RDC : pendant que le sang coule, Macron refuse de frapper Kigali

 EST RDC : pendant que le sang coule, Macron refuse de frapper Kigali

Entre appels au dialogue et refus de sanctions contre le Rwanda, la position d’Emmanuel Macron sur la guerre dans l’est de la RDC provoque colère et incompréhension à Kinshasa. À Nairobi, lors de l’événement Africa Forward, Emmanuel Macron a une nouvelle fois défendu sa ligne diplomatique sur la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo : privilégier le dialogue avec Kigali plutôt qu’un durcissement des sanctions.

Une position qui passe de plus en plus mal à Kinshasa.

Car pendant que Paris appelle à « maintenir les discussions », les combats continuent sur le terrain, les populations fuient par milliers et les accusations contre le Rwanda s’accumulent.

Le président français affirme pourtant « respecter pleinement la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC ». Mais dans le même temps, il refuse de soutenir des sanctions plus fermes contre Kigali, préférant défendre une approche diplomatique jugée beaucoup trop prudente par de nombreux observateurs congolais.

Après les accords, la guerre continue
Le contexte régional a pourtant changé ces derniers mois.
Les accords signés à Washington sous médiation américaine étaient présentés comme une étape majeure vers une désescalade dans la région des Grands Lacs. Paul Kagame lui-même avait officiellement pris part aux engagements diplomatiques.

Mais sur le terrain, la réalité reste inchangée.
Plusieurs rapports des Nations unies ainsi que des organisations internationales de défense des droits humains continuent d’accuser Kigali de soutenir logistiquement, financièrement et militairement l’Alliance Fleuve Congo – Mouvement du 23 mars (AFC/M23) dans l’est congolais.

Pendant ce temps, plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous forte influence rebelle, tandis que l’exploitation illicite des minerais stratégiques se poursuit dans les zones de conflit.

Dans ce contexte, les simples appels au dialogue défendus par Paris apparaissent désormais largement insuffisants pour une partie de l’opinion congolaise.

Une diplomatie française jugée trop faible
À Kinshasa, de plus en plus de voix dénoncent ce qu’elles considèrent comme une diplomatie passive face au Rwanda.

Alors que les Forces armées de la RDC tentent de reprendre certaines positions autour de Luvungi, Sange ou Bwegera, plusieurs ONG continuent de documenter des violations graves des droits humains dans les zones affectées par les combats :

exécutions sommaires ;
violences sexuelles ;
déplacements forcés ;
enlèvements de civils.
Pour les critiques de la position française, les sanctions économiques et diplomatiques représentent aujourd’hui l’un des rares moyens de pression capables d’influencer Kigali.
« Le Rwanda reconnaît lui-même subir les effets des sanctions américaines. Cela prouve précisément qu’elles fonctionnent », soutiennent plusieurs analystes congolais.

Mais malgré cela, Paris refuse toujours de franchir le pas.
Le dossier explosif des minerais stratégiques

Autre sujet qui alimente la colère : l’accord signé entre l’Union européenne et le Rwanda sur les minerais stratégiques.

Le Memorandum of Understanding conclu en février 2024 vise officiellement à sécuriser les chaînes d’approvisionnement européennes en tantale, étain et tungstène, des minerais essentiels aux industries technologiques et à la transition énergétique.

Mais en RDC, cet accord reste extrêmement contesté.
Plusieurs acteurs politiques et membres de la société civile dénoncent une contradiction majeure :
l’Europe condamne officiellement les violences dans l’est congolais… tout en renforçant ses partenariats économiques avec Kigali, régulièrement accusé d’être impliqué dans l’exploitation et l’exportation de minerais provenant des zones de guerre.

Le Parlement européen avait pourtant demandé la réévaluation, voire la suspension de cet accord. Jusqu’ici, Paris reste particulièrement discret sur ce dossier sensible.

Le sentiment d’un « deux poids, deux mesures »

Au sein de l’opinion congolaise, les comparaisons avec la guerre en Ukraine alimentent un profond sentiment d’injustice.

Beaucoup dénoncent une différence flagrante entre :

la fermeté occidentale affichée contre Moscou ;
et la prudence diplomatique observée face à Kigali.

Pour plusieurs responsables politiques et membres de la société civile congolaise, cette attitude renforce l’idée que la souveraineté de la RDC ne bénéficierait pas du même niveau de considération sur la scène internationale.

Une relation franco-congolaise sous tension
La position française continue ainsi d’alimenter les critiques à Kinshasa.

Certains rappellent notamment que la conférence humanitaire sur la RDC organisée à Paris en 2025 n’a, jusqu’à présent, produit que très peu d’effets visibles sur le terrain.

Pendant ce temps :

des millions de déplacés vivent toujours dans des conditions extrêmement précaires ;
plusieurs infrastructures stratégiques restent paralysées ;
et l’aéroport de Goma demeure fortement affecté par la crise sécuritaire.
Dans ce climat de méfiance croissante, les déclarations d’Emmanuel Macron sont désormais accueillies avec scepticisme par une partie de l’opinion congolaise.
Car pour beaucoup, le temps des simples appels au dialogue semble désormais dépassé.

À Kinshasa, une question revient de plus en plus souvent :

Jusqu’où Paris ira-t-il pour éviter de sanctionner Kigali?

Christian Tandu

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