CENI : Kadima plaide pour des réformes électorales et alerte sur le sous-financement du processus

Le président de la Commission Électorale Nationale Indépendante, Denis Kadima, a présenté ce mardi 27 mai à l’Assemblée nationale le rapport annuel 2025–2026 de la centrale électorale, dans un discours marqué à la fois par un plaidoyer en faveur des réformes électorales et une alerte sur les difficultés budgétaires qui fragilisent l’organisation des prochaines échéances électorales.
Devant les députés nationaux, le président de la CENI a rappelé que l’institution a poursuivi plusieurs opérations du cycle électoral 2022–2027, notamment l’organisation des élections indirectes des sénateurs, gouverneurs et vice-gouverneurs dans les provinces du Kwilu et du Nord-Ubangi, après les reports liés à l’annulation des législatives à Masi-Manimba et Yakoma. Ces scrutins se sont tenus le 2 avril 2025 à Bandundu-Ville et Gbadolite, « dans le calme » et « sans incident majeur », selon la CENI.
Toutefois, Denis Kadima a reconnu que plusieurs élections locales, notamment celles des conseillers urbains, bourgmestres et maires, n’ont pas pu être organisées faute de financement, malgré l’enregistrement des candidatures et la publication du calendrier électoral. Il a insisté sur le fait que cette situation découle de contraintes budgétaires et non d’une mauvaise planification de la centrale électorale.
Dans son allocution, la CENI a également mis en avant plusieurs réformes envisagées pour les prochaines élections. Parmi les propositions figurent l’élargissement de la participation des Congolais vivant à l’étranger, la prise en compte des déplacés internes, le renforcement des mécanismes biométriques ainsi que la modernisation des procédures électorales, notamment à travers le dépôt des candidatures en ligne.
L’institution électorale propose aussi l’introduction d’un système de répartition des sièges basé sur « la plus forte moyenne », des listes électorales zébrées et bloquées afin d’améliorer la représentativité des femmes et de favoriser de grands regroupements politiques.
Sur le plan technologique, la CENI entend utiliser le Centre électoral BOSOLO comme structure de centralisation et de publication des résultats électoraux dans une logique de transparence et de modernisation du processus.
Le rapport évoque également la coopération institutionnelle, notamment la transmission officielle du fichier électoral à l’Office National de l’Identification de la Population (ONIP) dans le cadre du projet de « mutualisation » des données administratives.
Mais l’essentiel du discours a porté sur les difficultés financières de l’institution. Pour l’exercice 2025, la CENI affirme avoir établi un budget prévisionnel de plus de 179 milliards de francs congolais, alors que seulement 54 % des crédits alloués ont effectivement été décaissés. Une situation qui affecte aussi bien les opérations électorales que le fonctionnement quotidien de l’institution.
Denis Kadima a également évoqué les difficultés sociales des agents et retraités de la CENI, les retards de prise en charge par la CNSSAP, les menaces de déguerpissement liées aux arriérés de loyers ainsi que la dégradation des entrepôts et infrastructures électorales.
Le président de la CENI a par ailleurs alerté sur les conséquences de l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC, affirmant que des entrepôts, matériels et équipements électoraux ont été pillés, incendiés ou vandalisés, ce qui menace les capacités opérationnelles de l’institution.
En perspective des élections de 2028, la CENI appelle à un financement régulier, à l’adoption rapide des réformes légales et au renforcement de la cybersécurité afin de protéger le processus électoral face aux cybermenaces et aux manipulations numériques.
Concluant son intervention, Denis Kadima a exhorté les institutions, les forces politiques et la société congolaise à considérer la question électorale comme « une priorité nationale permanente » et non comme « un sujet circonstanciel ».
