Alphonse Shungu dresse un tableau sombre des entreprises publiques !

Le 11 juin dernier, l’émission Jeudi Économie diffusée par la radio Top Congo FM avait reçu pour invité, Alphonse Shungu – un expert en Économie et ancien Directeur Général de la Régie des voies aériennes (RVA). Celui-ci a mis l’accent sur la situation financière et opérationnelle des entreprises publiques en RDC. “La RDC compte une vingtaine d’entreprises publiques à l’instar de la RVA que j’ai dirigée de juillet 2021 à décembre 2023”, a dit Alphonse Shungu en soulignant que la quasi totalité d’entre elles sont dans le rouge et ne réalisent que de pertes comptables d’exercice.
À son arrivée à la tête de la RVA, les indicateurs étaient loin d’être encourageants parce que l’entreprise était endettée d’une manière excessive et ployait sous une accumulation de plusieurs mois de salaire impayés pour les cadres et agents. Se renseignant auprès de ses collègues mandataires pour voir sur quel pied danser, il apprendra que la situation était pareille partout. 95% de ces entreprises se trouvaient en difficulté.
Les entreprises dédiées au transport et aux infrastructures se trouvant dans un état d’enclavement très inquiétant, les rendant défaillantes. Avec un réseau routier vétuste et non asphalté et un manque criant des routes praticables dans les nombreuses provinces agricoles. Investir dans la construction ou la réfection des routes n’étant pas une mince affaire. Le coût s’avérant excessif : un kilomètre de route valant 1 million USD bien que pouvant varier en fonction d’autres facteurs.
Si on est sur un terrain plat, le coût peut être attractif tandis que sur un terrain à relief escarpé ou vallonné, ce n’est pas pareil. À cela, le système multimodal basé sur la combinaison de plusieurs modes de transport apporte son lot de complications, en ce que la RDC compte un réseau fluvial de voie navigable sur 1800 km, mais dont le dragage est peu pratique. Il est couplé à un réseau de chemin de fer datant de l’époque coloniale et qui n’est pas modernisé depuis l’acquisition du pays à l’indépendance. De quoi pousser Shungu à marteler que l’on a des infrastructures viellottes dans ce secteur.
Il n’y a pas de nouvelles lignes de chemin de fer construites, se désole Alphonse Shungu en notant que seules les lignes laissées par le colon tiennent encore la route comme par miracle. Et de citer les cas de la ligne Kinshasa-Matadi et celles exploitées par la SNCC. L’enclavement du pays dans ce secteur, dit Shungu, tient également à l’immensité du territoire national et aux conflits armés à répétition qui détruisent les infrastructures existantes et empechent l’entretien des voies de communication.
Cerise sur le gâteau, il n’y a pas de financement public alloué aux grands travaux d’infrastructures et du coup, la connectivité des voies qui relient les différentes provinces et territoires du pays s’avère nécessaire. Pour l’ancien DG de la RVA, l’on rentre en plein dans le processus du désenclavement du territoire qui ne dépend pas d’une seule entreprise comme la RVA.
Il faut plutôt construire un écosystème complet en visant les routes, les voies navigables, les pistes d’atterrissage et même le réseau électrique, conseille Shungu en soulignant que c’est très important et il faut parler du projet national de désenclavement. Lui qui dit avoir trouvé la RVA dans un état de quasi faillite et des dettes très lourdes.
Mais comment en est-on arrivé là pour une entreprise comme celle-là ? Alphonse Shungu répète avoir hérité d’une situation extrêmement catastrophique et difficile ne datant pas pourtant d’hier. Elle serait partie du système politique de transition mise en place en 2003 à la suite des accords de Sun City pour dire adieu à la deuxième guerre du Congo.
La RVA qui gère 53 aéroports et aérodromes a vu son effectif doubler du jour au lendemain en passant de 2000 agents à plus de 4.000. Le pays étant divisé en quatre parties à l’époque, il a fallu donner du travail à toutes les parties prenantes à l’accord, d’où cette augmentation exponentielle qui a multiplié les charges de l’entreprise.
Après 2003, il y a eu une gestion désastreuse de la RVA pendant plus de 15 ans et le coup de grâce est intervenu avec le COVID 19 qui a fait fermer l’espace aérien congolais pendant une dizaine de mois. Puis,Shungu arrive et trouve en place les instruments d’assistance à la navigation vestustes, car installés depuis 2003.
La RVA était alors un canard boiteux qui a pourtant continué à embaucher d’une manière désordonnée pour une entreprise à caractère technique sans que le ratio soit respecté. Pour Alphonse Shungu, il faut générer les richesses et investir suffisamment pour embaucher, pourtant la politique d’embauche et le déficit de compétences ne sont pas une voie de sortie à la crise qui tient les entreprises publiques à la gorge.
À suivre…
Le Journal
