La crise dans l’Est de la RDC: Les civils pris entre plusieurs forces se disputant les mêmes espaces

 La crise dans l’Est de la RDC: Les civils pris entre plusieurs forces se disputant les mêmes espaces

La guerre à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est l’un des conflits les plus longs, complexes et meurtriers au monde. Elle s’étend sur plus de trois décennies. Pour en comprendre la substance, on peut retenir que, la crise qui affecte aujourd’hui l’Est de la République démocratique du Congo ne peut être réduite à la seule résurgence de l’AFC/M23. Elle s’inscrit dans une dynamique de violence plus ancienne, marquée par la multiplication des groupes armés, la fragilité persistante de l’État, les tensions communautaires et l’implication croissante d’acteurs régionaux. Depuis 2022, cette dynamique a toutefois connu une transformation profonde. L’affrontement entre l’AFC/M23 et le Gouvernement congolais s’est progressivement mué en une guerre impliquant des armées étrangères, des groupes armés locaux et étrangers, ainsi que des acteurs privés de sécurité ( les mercenaires étrangers), complexifiant davantage le conflit et aggravant les risques pour les populations civiles, précise le rapport d’enquêtes humanitaires indépendantes. L’objectif n’est pas de retracer l’histoire des conflits dans l’Est de la RDC. Le document présente uniquement les principaux éléments permettant de comprendre l’environnement dans lequel les violations documentées dans cette étude ont été commises. Il met en évidence les facteurs qui ont favorisé l’escalade de la violence, les principaux acteurs impliqués et les transformations récentes de la guerre qui constituent le cadre d’analyse des résultats présentés. Et, cette crise à l’est de la RDC présente quatre formes d’évolution.

Une crise ancienne, profondément transformée depuis 2021
L’enquête de CIDHC detaille des facteurs soutenant que la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC résulte d’un enchevêtrement de facteurs historiques,
politiques, fonciers, identitaires, sécuritaires et régionaux. Plusieurs de ces facteurs trouvent
leurs racines dans les transformations administratives et sociales opérées durant la période coloniale belge dans la région des Grands Lacs.

Selon le document, les politiques de réorganisation territoriale, de gestion des chefferies et de catégorisation des populations ont contribué à structurer durablement les rapports de pouvoir et les conflits autour de l’appartenance, de l’accès à la terre et de la représentation politique à l’Est du Pays. La source soutient que, ces tensions ont notamment nourri les violences qui ont éclaté au Kivu en 1963-1964, dans le contexte de la rébellion communément désignée sous le nom de «guerre de Kanyarwanda au Nord-Kivu» et à «celle muleliste au Sud-Kivu».

La nationalité et l’autochtonie des Banyarwanda du Kivu politisée

La profondeur de ce récit est que cette période a été marquée par de violents affrontements entre différents groupes politiques et communautaires, dans un contexte où la question de l’appartenance des populations rwandophones, désignées sous le terme générique de «Banyarwanda», était devenue un enjeu majeur de la compétition politique et foncière. Des milices furent mobilisées dans le cadre de ces affrontements, tandis que la question de la nationalité et de l’autochtonie des Banyarwanda du Kivu était progressivement politisée.

L’une des dimensions historiques de cette crise réside dans la réorganisation administrative
opérée durant la période coloniale. Dans certaines zones du Kivu, les transformations de
l’organisation des chefferies et des autorités coutumières ont modifié les équilibres politiques locaux et placé certaines populations sous l’autorité de chefs appartenant à d’autres groupes.

Ces réorganisations, combinées aux politiques coloniales de mobilité de la main-d’œuvre et de déplacement de populations dans la région des Grands Lacs, ont contribué à complexifier les questions d’appartenance territoriale et de légitimité politique.

Des tensions cristallisées autour de la nationalité
Après l’indépendance, ces tensions se sont progressivement cristallisées autour de la question de la nationalité des populations rwandophones du Kivu. Selon le rapport d’enquêtes, les Banyarwanda, dont la présence sur le territoire de l’actuelle RDC résulte de trajectoires historiques diverses, présence ancienne de certaines communautés, migrations liées à la période coloniale, recrutements de maind’œuvre, exils politiques et mouvements de réfugiés, ont été progressivement confrontés à des contestations de leur appartenance nationale et de leurs droits civilo-politiques. Et, la question est devenue l’un des principaux facteurs de tensions entre les populations rwandophones et d’autres communautés se considérant comme «autochtones» du Kivu.

La contestation de la nationalité des Banyarwanda du Kivu, ainsi que les conflits liés à l’accès à la terre, à la représentation politique et à l’autorité coutumière, ont ainsi constitué un important facteur de mobilisation politique et militaire dans l’Est de la RDC.
Ces tensions ont été réactivées à plusieurs reprises au cours des décennies suivantes, notamment dans les années 1990, puis durant les guerres du Congo et les conflits qui ont suivi.

Les deux guerres du Congo (1996-1997 et 1998-2003) ont profondément remodelé le paysage sécuritaire du pays en favorisant la prolifération de groupes armés, l’affaiblissement durable de l’autorité de l’État et l’installation de nouvelles dynamiques de violence.
Malgré les accords de paix conclus au début des années 2000, les principales causes du conflit, notamment les tensions liées à la gouvernance, aux questions foncières, aux identités communautaires, à l’exploitation des ressources naturelles et aux rivalités régionales, sont demeurées largement irrésolues.

Au fil des années, cette instabilité a favorisé l’émergence et le maintien de nombreux groupes armés congolais et étrangers, dont plusieurs ont conservé une capacité militaire importante malgré les différents programmes de désarmement et d’intégration.
Les rapports successifs des Nations Unies et les travaux de recherche estiment que plusieurs centaines de groupes armés ont opéré dans l’Est de la RDC au cours de la dernière décennie, faisant des populations civiles les premières victimes des affrontements, des déplacements forcés, des violences sexuelles et d’autres violations graves des droits humains.
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La reprise des hostilités par l’entré en jeu de l’AFC/M23 à partir de la fin de l’année 2021 marque toutefois une rupture importante. Alors que les violences précédentes étaient principalement caractérisées par une fragmentation des groupes armés, le conflit s’est progressivement structuré autour de deux principales coalitions militaires. Cette reconfiguration a modifié l’équilibre des forces dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et a contribué à une intensification des affrontements, des déplacements de population et des violations des droits humains.

La reconfiguration du conflit

La résurgence de l’AFC/M23 vers fin de l’année 2021 constitue un tournant dans l’évolution de la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Après plusieurs années de relative inactivité militaire à la suite de sa défaite en 2013, par les FARDC commandées par le Lieutenant-Général- Major Lucien Bahuma Ambamba, le M23 a repris les armes en affirmant que les engagements issus des accords du 23 mars 2009 n’ont jamais été pleinement mis en œuvre. Parmi les principaux griefs avancés figurent le retour des anciens combattants, leur réintégration, les garanties de sécurité, le rapatriement des réfugiés tutsis congolais ainsi que la persistance de la menace représentée, selon le mouvement, par les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Le Gouvernement congolais, pour sa part, considère l’AFC/M23 comme une rébellion soutenue par le Rwanda et responsable d’une atteinte à la
souveraineté nationale.

À partir de mars 2022, précise le document, le conflit prend une autre tournure, et modifie profondément le rapport
de force sur le terrain. Au-delà des gains militaires, elle entraîne l’effondrement de
l’administration publique dans plusieurs localités, des déplacements massifs de populations et une recomposition des zones de contrôle, obligeant les autorités congolaises à adapter leur stratégie militaire et politique.

L’évolution du conflit dépasse rapidement le cadre d’un affrontement entre les FARDC et
l’AFC/M23. Les enquetes de CIDHC précisent que, face aux difficultés rencontrées sur le terrain, le Gouvernement congolais met en place une stratégie reposant sur la mobilisation de nombreux acteurs armés nationaux et étrangers afin de renforcer ses capacités militaires. Cette reconfiguration transforme
progressivement un conflit opposant deux forces principales en une guerre menée par des
coalitions, où interviennent des armées étrangères, des groupes armés locaux, des mouvements rebelles étrangers et d’autres acteurs de sécurité (les mercenaires étrangers). Les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations Unies documentent cette évolution et mettent en
évidence une coopération opérationnelle croissante entre plusieurs de ces acteurs.
Cette transformation a profondément modifié la nature des violences observées. Les
affrontements ne se limitent plus aux lignes de front, mais s’étendent à des espaces jusque-là
relativement épargnés, tandis que les populations civiles sont de plus en plus exposées aux bombardements, aux représailles, aux déplacements forcés et aux attaques ciblées. La
multiplication des acteurs armés rend également plus difficile l’identification des
responsabilités individuelles et institutionnelles, plusieurs opérations étant désormais conduites dans le cadre de coalitions militaires ou d’alliances circonstancielles.

C’est dans ce contexte de reconfiguration du conflit que s’inscrivent les violations documentées dans cette étude. La majorité des incidents recensés entre 2022 et jusqu’à fin juillet 2026 se produisent dans un environnement marqué par l’intervention simultanée de plusieurs acteurs armés, l’évolution rapide des lignes de front et la fragmentation des chaînes de commandement. Comprendre cette nouvelle configuration est donc indispensable pour analyser les schémas de violence présentés.

Multiplication d’acteurs armés
De continuer, le document rapporte dans ses colonnes qu’alors que les conflits antérieurs opposaient principalement les forces gouvernementales à différents groupes armés agissant de manière relativement autonome, la guerre actuelle se caractérise par la constitution de véritables coalitions militaires réunissant des acteurs aux statuts, aux intérêts et aux chaînes de commandement distincts. Du côté gouvernemental, les FARDC ont progressivement développé une stratégie reposant sur l’appui de groupes armés locaux, regroupés sous l’appellation de «Wazalendo», ainsi que sur la coopération avec plusieurs forces étrangères, notamment les Forces de défense nationale du Burundi (FNDB). Les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations Unies font également état d’une coopération opérationnelle entre certaines unités des FARDC, des factions Wazalendo (dont la plupart de leurs responsables sont sous sanctions de l’ONU), et des FDLR, malgré les sanctions internationales qui visent cette organisation depuis de nombreuses années.

Parallèlement, souligne le rapport, l’AFC/M23 a consolidé son emprise militaire sur une partie importante des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, mettant en place une administration dans plusieurs zones passées sous son contrôle. Cette évolution a progressivement déplacé le conflit d’une logique de guérilla vers une confrontation entre deux pôles militaires contrôlant chacun des territoires, des axes routiers et des centres de population. Cette recomposition militaire s’est accompagnée d’une implication croissante d’acteurs régionaux et internationaux. Outre les forces burundaises officiellement déployées sur le territoire congolais, plusieurs rapports des Nations Unies évoquent le soutien militaire apporté par le Rwanda à l’AFC/M23, tandis que l’Ouganda poursuit des opérations conjointes avec les FARDC contre les ADF dans le cadre de l’opération Shujaa. À ces acteurs s’ajoutent les missions régionales, notamment la SAMIDRC, ainsi que le recours par le Gouvernement congolais à des sociétés militaires privées et/ou à des personnels militaires étrangers chargés de fournir un appui technique et opérationnel.

La coexistence de ces nombreux acteurs a profondément transformé, selon le rapport, l’environnement dans lequel évoluent les populations civiles. Les alliances militaires se superposent parfois à des rivalités communautaires, tandis que les responsabilités deviennent plus difficiles à établir lorsque plusieurs forces participent simultanément à une même opération. Cette fragmentation des chaînes de commandement constitue l’une des caractéristiques majeures de la crise actuelle et représente un défi important pour toute démarche de documentation, d’attribution des responsabilités et de lutte contre l’impunité.

Une guerre dont les populations civiles paient le prix
La multiplication des acteurs armés, la fragmentation des chaînes de commandement et
l’intensification des opérations militaires ont considérablement accru les risques d’atteintes aux droits humains et au droit international humanitaire. Les civils se retrouvent pris entre plusieurs forces qui contrôlent ou se disputent les mêmes espaces, souvent sans distinction claire entre objectifs militaires et populations protégées. Les 986 incidents documentés entre janvier 2020 et juin 2026 s’insèrent dans une dynamique de violence structurée, alimentée par l’interaction de multiples acteurs armés et par des pratiques récurrentes observées dans plusieurs provinces de l’Est de la RDC, insiste le rapport d’enquêtes humanitaires indépendantes relatives aux violences des droits humains et du droit international humanitaire en RDC.

Gel Boumbe

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