José Makila redoute un dialogue verrouillé et met l’opposition au défi

 José Makila redoute un dialogue verrouillé et met l’opposition au défi

Alors qu’un nouveau dialogue politique est annoncé en République démocratique du Congo, José Makila Sumanda appelle l’opposition et la société civile à la prudence. Pour l’ancien vice-Premier ministre, l’enjeu n’est pas encore de choisir entre la participation et le boycott, mais de connaître précisément les contours du processus.

Le débat sur le dialogue politique annoncé en RDC commence déjà à diviser les acteurs politiques. Mais pour José Makila Sumanda, il serait prématuré de se prononcer avant même de connaître les modalités de cette initiative.

Dans une déclaration adressée à ses « camarades de l’opposition » ainsi qu’à la société civile, l’ancien vice-Premier ministre et président de l’Alliance des travaillistes congolais (ATD) invite les différents acteurs à examiner d’abord le cadre, les participants, l’ordre du jour et les objectifs du dialogue.

Une manière de poser une question centrale : de quel dialogue parle-t-on exactement ?

Première exigence : un dialogue réellement inclusif
Pour José Makila, la première condition de crédibilité du processus réside dans son caractère inclusif.

Quels acteurs seront invités ? Les principales composantes de l’opposition seront-elles présentes ? La société civile aura-t-elle une place réelle autour de la table ? Et qu’en sera-t-il des autres parties prenantes à la crise congolaise ?

Ces questions ne seraient pas, selon lui, de simples détails protocolaires. Elles détermineraient la légitimité même du processus.

Un dialogue présenté comme une réponse à une crise nationale ne pourrait, dans cette logique, être crédible que si les principales forces concernées par cette crise sont effectivement associées aux discussions.

Qui fixe les règles du jeu ?
Deuxième point de vigilance : le cadre du dialogue.

Qui définira l’ordre du jour ? Qui établira les règles de participation et de discussion ? Les différentes parties seront-elles associées à la préparation du processus ?

Pour José Makila, ces questions doivent être clarifiées avant toute décision de participation.

Car un dialogue dont les règles, les participants et l’agenda seraient entièrement déterminés à l’avance pourrait donner le sentiment que les conclusions sont déjà largement balisées avant même l’ouverture des discussions.

Le risque d’un dialogue de façade
C’est ici que se situe l’une des principales préoccupations exprimées par l’ancien membre du gouvernement.

Un dialogue peut constituer un véritable espace de négociation politique lorsqu’il permet aux parties prenantes d’aborder les causes profondes d’une crise et de rechercher ensemble des solutions.

Mais il pourrait perdre cette vocation s’il servait essentiellement à accompagner ou à légitimer des décisions déjà arrêtées.

Pour Makila, l’opposition devrait donc éviter deux réflexes opposés : l’enthousiasme automatique et le rejet systématique.

Participer sans garanties pourrait réduire sa capacité de négociation. Refuser avant même de connaître les modalités du processus pourrait, à l’inverse, la priver d’un espace où elle pourrait défendre ses positions et peser sur les conclusions.

« Avec qui, pourquoi et pour obtenir quoi ? »

Derrière la question du dialogue se pose finalement celle de la stratégie de l’opposition.

Pourquoi participer ? Avec quels partenaires ? Pour discuter de quelles questions ? Et surtout, quels résultats rechercher ?

Pour José Makila, la participation à un dialogue ne devrait pas constituer un objectif en soi. Elle devrait répondre à une stratégie clairement définie et s’inscrire dans un rapport de force politique assumé.

Cette approche suppose notamment que les acteurs de l’opposition définissent leurs priorités, leurs exigences et leurs éventuelles lignes rouges avant de s’asseoir à la table des négociations.

Une responsabilité politique à clarifier
Dans un paysage politique congolais marqué par les divisions entre forces de l’opposition et par les tensions autour de la gestion de la crise nationale, l’appel de José Makila intervient comme une invitation à la préparation.

La question n’est donc pas simplement de savoir si l’opposition dira oui ou non au dialogue.

Elle est aussi de savoir dans quelles conditions elle accepterait d’y participer, quelles garanties elle exigerait et quels objectifs elle chercherait à atteindre.

Pour l’ancien vice-Premier ministre, la « responsabilité historique » impose de ne pas se tromper de combat.

Le débat est désormais ouvert : avant que ne s’ouvre la table des négociations, l’opposition et la société civile devront-elles d’abord parvenir à définir une position commune ?

C’est peut-être là que se jouera une première bataille politique autour du prochain dialogue.

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