Enfin, sa position est connue: RDC : La CENCO dit non au changement de la Constitution
Dans un message intitulé «la nation est en péril ! dressons nos fronts, prenons le plus bel élan» publié, samedi 20 juin au centre interdiocésain, les évêques membres de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) s’opposent à toute initiative du changement de la constitution de la République Démocratique du Congo voulu par le gouvernement en place. Ils invitent le Président de la République à respecter son serment prêté devant Dieu et la nation, celui de respecter et défendre la constitution. Et à la population de résister et à faire échec à cette tentative qui risque de balkaniser le pays et le conduire à la guerre civile.
Réunis du 18 au 20 juin 2026 à Kinshasa, le message des évêques catholiques issu de leur Assemblée plénière extraordinaire s’articule sur dix-sept points et tire la sonnette d’alarme sur les dérives démocratiques et s’oppose fermement à tout changement de la Constitution.
Insécurité, occupation, misère et morts
La CENCO constate que depuis quatre ans, une partie du pays dans le Nord et Sud-Kivu est contrôlée par l’AFC/M23 qui consolide de plus en plus son administration des territoires occupés. Les combats continuent avec son lot important de morts ainsi que des déplacés internes et des réfugiés vivant dans des conditions inhumaines. Des armées étrangères se sont installées chez nous. En Ituri et dans une partie du Nord-Kivu, les groupes armés dont les ADF-Nalu sont en train de massacrer des milliers de nos compatriotes. Toujours à l’Est du pays, la maladie à virus Ebola fait des victimes avec le risque d’extension, si elle n’est pas bien gérée.
La CENCO estime que le gouvernement s’efforce à améliorer le social notamment par la construction des routes, des écoles, des universités, des aéroports ainsi que des hôpitaux dans quelques provinces. Au-delà de ces avancées, sur le plan économique, la majorité de la population vit encore dans la misère.
Modifier la Constitution pour aggraver la crise globale du pays
Ce message de la CENCO lu par le Secrétaire général, Monseigneur Donatien Nshole, porte ses grandes lignes sur le débat constitutionnel et le référendum.
Les évêques catholiques obserservent avec beaucoup d’inquiétudes, une tension croissante, née de la campagne de la majorité au pouvoir en faveur du changement de la Constitution du 18 fevrier 2006. Malheureusement, cette campagne qui mobilise les moyens de l’État, se fait dans un climat de terreur contre des voix discordantes au sein même de la majorité, obligées de se taire par peur des représailles. Quand aux manifestations de l’opposition, elles sont violemment réprimées par la police nationale en collaboration avec une milice d’un parti politique dénommée «Force du progres.»
De la manipulation
Les prélats catholiques regrettent que certains tenants du changement de la Constitution du 18 février 2006 ne cachent plus leur principale motivation qui est d’offrir un autre cycle de mandats à l’actuel Président de la République. Ce qui serait une rupture du Pacte républicain qui est un compromis politique historique, chèrement acquis après toutes les crises connues dans le pays depuis l’indépendance.
Les évêques, soulignent qu’une des conséquences de la loi fixant les conditions de l’organisation du référendum, votée sous prétexte de combler un vide juridique, serait de rendre possible un référendum, qui permettrait de toucher, en violation de l’ordre constitutionnel, aux matières intangibles déjà verrouillées par l’article 220 de la Constitution. Et pourtant cet article représente un véritable rempart contre la dictature et la privatisation de l’État.
Du danger du changement de la Constitution
À ce point, la CENCO pense quant elle que tout passage en force dans cette direction comporte des risques énormes dont la balkanisation du pays. Dans un contexte où les rivalités politiques revêtent des connotations ethniques et tribales, le déclenchement d’une autre guerre civile est à redouter.
De tout ce qui précède, poursuit le message, «après un profond discernement, nous ne voyons ni la nécessité ni l’urgence ni l’opportunité du changement de la Constitution. La priorité aujourd’hui en RD Congo, c’est la paix, le bien-être social du peuple congolais. L’unité et la cohésion nationale.»
Les évêques catholiques rappellent qu’aujourd’hui, du Nord au Sud et de l’Est à I’Ouest, notre pays fait face à une insécurité généralisée et à une desacralisation sans précédent de la vie humaine. On assiste à une montée vertigineuse des violences physiques et verbales, surtout dans les grandes villes.
Cette situation inquiète toute personne soucieuse de l’avenir du pays ; car se sont les jeunes manipulés et incorporés dans les groupes transformés en milice, qui sèment la terreur parmi les populations et imposent parfois des taxes indues, au vu étau su de tout le monde, sans être inquiété malgré les dispositions constitutionnelles (cf.art.190). Si nous n’y prenons garde, nous assisterons à des affrontements interurbain ou inter-ethniques que personne ne saura maîtriser.
De la maladie à virus Ebola
Les évêques demandent aux autorités de concentrer leur attention sur l’urgence sanitaire liée à l’épidémie d’Ebola, notamment en Ituri, plutôt que de se focaliser sur des réformes politiques unilatérales.
La CENCO recommande
À cette étape, la CENCO précise que dès ses origines, elle défend constamment le respect de l’ordre constitutionnel comme gage du maintien d’une paix durable. Fidèle à cet engagement, elle recommande :
Au Président de la République d’honorer son serment qu’il prêté devant Dieu et la nation, celui de respecter et de défendre la Constitution promulguée en 2006. Agir autrement engagerait sa responsabilité personnelle et historique.
Aux ecclésiastiques et agents pastoraux de porter ce message et de s’attendre à des actions à venir. De faire large diffusion de ce message et d’éveiller de diverses manières, la conscience de leurs fidèles ainsi que celle des hommes de bonne volonté, afin de résister aux manipulations visant le changement de la Constitution. Les évêques se réservent le droit de revenir à eux pour annoncer, le moment venu, quelques actions concrètes à mener.
Au peuple congolais, les prélats denandent de «faire preuve de vigilance pour s’opposer par tout les moyens légaux et pacifiques à toute tentative de modification des articles verrouillés. De regarder où nous risquons d’aller. Le pays va mal. Mettons-nous débout, dressons nos fronts encore courbés… il est impérieux de nous impliquer nous-mêmes, de prendre notre destin en main, sinon notre avenir sera hypothéqué pour longtemps.»
La CENCO rappelle que «la Constitution elle-même prévoit les dispositions de sa modification et les articles qu’on ne peut pas déverrouiller. […] L’Église intervient comme société civile et ne doit pas être indifférente aux défis de son temps qui sont de taille : il s’agit de la sécurité et de la paix durable»
Gel Boumbe
