Washington lâche Kagame : la menace de sanctions est sur la table

Le ton a brutalement changé à Washington. Fini les prudences diplomatiques, place à la fermeté. Pour la première fois depuis des années, le Congrès américain parle sans détour du Rwanda et du rôle de Kigali dans la crise sécuritaire à l’est de la RDC. Le message est clair : la patience américaine s’épuise face au non-respect répété des Accords de Washington.
Dans les couloirs du Capitole, à la tribune des commissions parlementaires et jusque sur les réseaux sociaux, des responsables politiques américains évoquent désormais ouvertement des sanctions contre le président rwandais Paul Kagame. Une ligne rouge est franchie. Les engagements signés en décembre 2025 ne sont plus négociables : ils doivent être respectés, contrôlés et appliqués.
C’est dans ce contexte électrique que le président Félix Tshisekedi a mené, le mercredi 4 février 2026, une offensive diplomatique tous azimuts à Washington. Objectif : maintenir la pression internationale et imposer la lecture congolaise du conflit dans l’est du pays.
Face à des sénateurs influents comme Jim Risch et Jeanne Shaheen, le chef de l’État congolais a martelé un message simple : sans exécution réelle des accords de paix, il n’y aura ni stabilité ni crédibilité. Les parlementaires américains ont abondé dans le même sens, exigeant des mécanismes de suivi stricts, mesurables et vérifiables.
Même fermeté à la Chambre des représentants. Devant la Commission des affaires étrangères conduite par Brian Mast, Félix Tshisekedi a replacé la protection des civils au centre du débat, rappelant que la paix ne peut se limiter à des communiqués creux pendant que les populations continuent de mourir.
Mais c’est surtout l’intervention de Chris Smith, président de la sous-commission Afrique, qui a fait l’effet d’une bombe. Le républicain a publiquement appelé l’administration Trump à frapper Kigali de sanctions ciblées, allant jusqu’à évoquer Paul Kagame lui-même. Pour lui, toute demi-mesure serait une erreur : « On ne peut pas faire les choses à moitié », a-t-il lancé.
Dans la foulée, la Commission des affaires étrangères du Sénat a pointé du doigt l’occupation persistante de territoires congolais par le M23, un groupe explicitement présenté comme soutenu par le Rwanda. Les sénateurs exigent un retrait total des forces rwandaises comme condition préalable à une paix durable.
Washington n’épargne toutefois pas Kinshasa. Le Sénat appelle la RDC à agir contre les FDLR et certaines milices Wazalendo, tout en plaidant pour un dialogue national crédible, estimant qu’aucune solution militaire ne suffira à elle seule à restaurer la cohésion politique.
La sénatrice Jeanne Shaheen a, elle aussi, haussé le ton. Sur X, elle a appelé les États-Unis à tenir le M23 responsable des violations des Accords de Washington, soulignant que la paix entre la RDC et le Rwanda ne saurait prospérer dans l’impunité.
En parallèle, Félix Tshisekedi a échangé avec le secrétaire d’État Marco Rubio, autour du partenariat stratégique RDC–États-Unis, liant sécurité, paix et développement économique. « Transformer la paix en prospérité », a résumé Rubio.
La diplomatie congolaise ne s’est pas arrêtée là. Coopération économique, investissements, minerais stratégiques : le président Tshisekedi a rencontré le secrétaire à l’Intérieur Doug Burgum et les dirigeants de la DFC, qui voient en la RDC un acteur clé des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques pour la transition énergétique mondiale.
Enfin, symbole fort à Washington : la présence conjointe de Félix Tshisekedi et de l’opposant Martin Fayulu au National Prayer Breakfast, aux côtés des responsables religieux de la CENCO et de l’ECC. Un moment mêlant foi, politique et coulisses diplomatiques, où des échanges informels peuvent parfois peser plus lourd que les discours officiels.
Une chose est sûre : à Washington, le dossier rwandais n’est plus tabou. Et Kigali est désormais clairement dans le viseur
La Rédaction
