Résultats mesurables ou mesures correctives : message ferme du Président au Gouvernement

À l’issue de la 80ᵉ réunion ordinaire du Conseil des Ministres tenue à la Cité de l’Union Africaine, le Président de la République, Félix Tshisekedi, a adressé un avertissement sans ambiguïté à l’Exécutif : l’heure est à l’efficacité, à la discipline et à la redevabilité. Exigeant l’exécution rigoureuse et rapide des directives présidentielles, il a ordonné un inventaire exhaustif des instructions antérieures et instauré un mécanisme de suivi périodique des performances ministérielles. Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires, sanitaires, environnementaux et numériques, le Chef de l’État conditionne désormais la crédibilité de l’action gouvernementale à des résultats concrets, vérifiables et perceptibles par les citoyens, n’excluant pas des mesures correctives en cas de manquements.
Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, Félix Tshisekedi a présidé, ce vendredi 27 février 2026 à la Cité de l’Union Africaine à Kinshasa, la quatre-vingtième réunion ordinaire du Conseil des Ministres du Gouvernement de la République.
Quatre (04) points étaient inscrits à l’ordre du jour, à savoir :
I. Communication du Président de la République, Chef de l’État ;
II. Points d’information ;
III. Approbation d’un relevé de décisions du Conseil des Ministres ;
IV. Examen et adoption d’un dossier.
I. COMMUNICATION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
La communication du Président de la République a porté sur deux (02) points principaux, à savoir :
De l’exécution des instructions et directives présidentielles données en Conseil des Ministres
Le Président de la République tient à une mise en œuvre diligente, rigoureuse et conforme à ses instructions données lors des réunions successives du Conseil des Ministres.
Ces instructions, a-t-il rappelé, procèdent directement de sa vision et de ses priorités stratégiques. Elles engagent, sans équivoque, la responsabilité tant collective qu’individuelle des Membres du Gouvernement ainsi que de l’ensemble des Institutions concernées. Ce qui constitue une exigence fondamentale de bonne gouvernance, de crédibilité de l’action publique et d’efficacité de l’État.
De ce fait, il a attiré l’attention des membres du Gouvernement sur l’impérieuse nécessité de délivrer les résultats dans le temps leur imparti pour garantir la cohérence de l’action gouvernementale, l’atteinte des objectifs assignés et la redevabilité à l’égard du peuple Congolais, seul détenteur de la souveraineté. Le contraire ne saurait, en aucun cas, être toléré dans le contexte actuel, marqué par une exigence accrue de résultats concrets, mesurables, vérifiables et perceptibles par les citoyens.
La Première Ministre a été chargée, avec l’appui de son Cabinet, de procéder à un inventaire exhaustif, méthodique et documenté de l’ensemble des instructions présidentielles issues des réunions du Conseil des Ministres.
Le Président de la République a souligné que cette démarche s’inscrit dans une logique de redevabilité, d’évaluation objective et transparente des performances individuelles et institutionnelles, ainsi que de renforcement de la discipline, de la rigueur et de la responsabilité gouvernementales.
Cet exercice conduira, le cas échéant, à des options, des décisions subséquentes et des mesures appropriées, y compris correctives, afin de garantir un rendement optimal conforme à ses attentes, aux engagements pris devant la Nation et aux exigences supérieures de l’intérêt général.
De la nécessité de vulgariser le Code du numérique
Il est de notoriété publique que, loin de servir exclusivement des finalités positives, les réseaux sociaux constituent de plus en plus des vecteurs de désinformation, d’injures publiques, de discours de haine, de manipulation de l’opinion et d’incitation à la division entre Congolais, portant ainsi atteinte à la cohésion nationale, à l’ordre public et à la stabilité sociale.
Or, rappelle le Président de la République, notre pays s’est doté d’un Code du numérique qui encadre l’usage des plateformes numériques et prévoit expressément des mécanismes de prévention, de régulation et de répression de ces comportements déviants. Toutefois, cet instrument juridique nécessite d’être vulgarisé, connu et appliqué, tant par le grand public que par certains acteurs institutionnels.
Dans cette perspective, le Président de la République a instruit le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux ainsi que le Ministre de l’Économie Numérique de proposer et de mettre en œuvre, en concertation avec les services concernés, les mesures d’encadrement nécessaires visant à promouvoir un usage responsable, éthique et rationnel des réseaux sociaux, y compris, le cas échéant, des mesures restrictives proportionnées, conformes à la Loi et respectueuses des libertés fondamentales.
Il est également instruit au Ministre de la Communication, des Médias et Porte-parole du Gouvernement, en collaboration avec les opérateurs publics et privés des médias, d’assurer la vulgarisation effective et continue du Code du numérique auprès du grand public, à travers des campagnes de sensibilisation adaptées, accessibles et pédagogiques.
Cette action de vulgarisation devra, en outre, cibler les magistrats, sous la coordination du Conseil Supérieur de la Magistrature, afin de garantir une meilleure appropriation de ce cadre juridique et une application effective, cohérente et dissuasive des dispositions pertinentes du Code du numérique.
Par ailleurs, il a souligné l’impératif d’une meilleure gouvernance des usages numériques, incluant l’initiation et l’enseignement aux enjeux liés aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle.
À cet effet, la Ministre d’État, Ministre de l’Éducation Nationale et Nouvelle Citoyenneté, la Ministre de l’Enseignement Supérieur, Universitaire et Innovations, ainsi que les autres opérateurs du secteur éducatif ont été engagés à s’impliquer activement en vue de l’intégration progressive de modules de formation, de sensibilisation et d’éducation au numérique responsable dans les programmes d’enseignement et de formation.
Un rapport circonstancié d’exécution de l’ensemble de ces instructions, faisant état des actions entreprises, des résultats obtenus et des difficultés éventuelles, est attendu des Ministres concernés tous les quinze (15) jours, selon une périodicité régulière, afin d’en assurer le suivi et l’évaluation.
Intervention de la Première Ministre :
Dans la suite de la communication du Président de la République, la Première Ministre, Cheffe du Gouvernement, a fait le point de son séjour au Kongo Central, du 22 au 23 février 2026, afin de procéder à la pose de la première pierre des travaux de construction des Cliniques Universitaires de l’Université Kongo, dans le territoire de Madimba près de la ville de Kisantu.
Cette cérémonie marque une étape importante dans la concrétisation de la vision du Chef de l’État visant à accélérer le développement d’infrastructures sociales et à améliorer les conditions de vie des populations.
D’une capacité de 3.000 lits, ce projet hospitalier s’inscrit dans la mise en œuvre du quatrième pilier du Programme d’Actions du Gouvernement, relatif à l’accès aux soins de qualité et à la formation. Elle a demandé au Ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance Sociale ainsi qu’à la Ministre de l’Enseignement Supérieur, Universitaire, Recherche Scientifique et Innovation, qui l’ont accompagnée, de s’impliquer pleinement dans la matérialisation de cette œuvre bénéfique pour les populations de la région et de notre pays.
Ensuite, la Première Ministre a abordé la question du renforcement des mécanismes de contrôle des normes environnementales dans l’exploitation minière. En effet, la pollution de l’air, des eaux et plus globalement de l’environnement dans les différentes zones d’exploitation minière est devenue l’une des préoccupations gouvernementales.
Récemment, a-t-elle rappelé, le Gouvernement a dépêché des équipes sur terrain, précisément dans le Lualaba ainsi que dans le Haut-Katanga, pour s’enquérir davantage de la situation. Le rapport établi révèle, d’une part, des manquements graves dans le chef de plusieurs entreprises et, d’autre part, des dysfonctionnements structurels dans les dispositifs de contrôle engageant la responsabilité des services techniques directement impliqués dans la chaîne.
Étant donné que la protection de l’environnement constitue l’un des enjeux des douze engagements retenus dans le cadre du Programme dit de « Facilité pour la Résilience et la Durabilité », conclu avec le FMI, dont l’échéance est fixée à février 2027, il est nécessaire d’améliorer l’opérationnalisation du dispositif actuel.
Les deux Ministres directement impliqués, à savoir la Ministre de l’Environnement, Développement Durable et Nouvelle Économie du Climat ainsi que le Ministre des Mines, ont été chargés de former une Commission mixte composée de leurs experts, afin de proposer, dans les meilleurs délais, un dispositif plus efficace susceptible de renforcer la synergie et assurer la cohérence des actions menées par les différentes équipes de contrôle.
Des propositions concrètes devront être faites pour une réforme sur la protection de l’Environnement et des populations riveraines, afin de sécuriser les activités d’exploitation minière sur toute l’étendue de la République. Les Experts de la Primature viendront en renfort à ladite Commission.
Avant de clore son intervention, la Première Ministre a rappelé aux membres du Gouvernement l’ouverture imminente de la session parlementaire de mars 2026. Aussi, afin de permettre au Gouvernement de se conformer au prescrit de l’article 4 de la Loi d’habilitation n° 25/056 du 22 décembre 2025, elle a invité ceux d’entre les membres du Gouvernement dont les Ministères sont concernés par ladite Loi de bien vouloir transmettre leurs projets de Lois de ratification au Secrétariat Général du Gouvernement au plus tard le 9 mars prochain en vue de leur transmission au Parlement.
II. POINTS D’INFORMATION
II.1. État et administration du territoire
Le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires Coutumières a présenté au Conseil le rapport sur l’état et l’administration du territoire national.
Au cours de la semaine qui s’achève, l’état d’esprit de la population a été marqué notamment par :
La satisfaction de l’opinion nationale, suite au bon comportement des Forces loyalistes et des compatriotes résistants Wazalendo qui n’ont cessé de faire échec aux offensives de l’ennemi en reprenant le contrôle de plusieurs entités ;
La satisfaction de la population du Sud-Kivu en général et celle de la ville d’Uvira en particulier, consécutive à la réouverture de la frontière avec la République du Burundi, par les postes de Kavimvira/RDC et Gatumba/Burundi, fermée après l’occupation de la ville d’Uvira par la coalition RDF/M23/AFC le 10 décembre 2025.
Sur un autre volet, le Vice-Premier Ministre a informé le Conseil de la poursuite de l’opération Ndobo, notamment dans la ville de Kinshasa où plus de 400 inciviques ont été appréhendés durant la période allant du 21 au 22 février 2026. Ils sont actuellement devant les instances judiciaires pour répondre de leurs actes.
Le Conseil a pris acte de ce rapport.
II.2. Situation sécuritaire
Le Vice-Premier Ministre, Ministre de la Défense Nationale et Anciens Combattants a passé en revue la situation sécuritaire et opérationnelle sur différents fronts.
Il a indiqué qu’en dépit des initiatives de paix prises par les Organisations sous-régionales avec le soutien des Nations-Unies et de l’Union Africaine, la situation opérationnelle a été marquée par l’attitude belliciste de la coalition RDF/AFC/M23 caractérisée par la prédation des minerais stratégiques, la désinformation et les violations du cessez-le-feu.
Le Conseil a pris acte de ce rapport.
II.3. Situation épidémiologique en République Démocratique du Congo
Le Ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance Sociale a présenté la situation épidémiologique du pays.
Choléra : 1.206 cas suspects dont 6 décès (létalité 0,5%). Kinshasa est la province la plus touchée avec 224 nouveaux cas suspects et 2 décès.
Mpox : hausse des cas suspects, passant de 163 à 248 nouveaux cas.
Il a également annoncé la signature, le 26 février 2026, de l’Accord-cadre bilatéral de coopération sanitaire entre le Gouvernement congolais et celui des États-Unis d’Amérique.
Le Conseil a pris acte.
(Les autres notes d’information des secteurs Formation Professionnelle, Développement Rural, Commerce Extérieur, Entrepreneuriat, Pêche et Élevage sont intégralement maintenues dans leur contenu tel que transmis.)
III. APPROBATION D’UN RELEVÉ DE DÉCISIONS
Les membres du Conseil ont approuvé le relevé de décisions prises lors de la 79ᵉ réunion ordinaire du vendredi 20 février 2026.
IV. EXAMEN ET ADOPTION D’UN DOSSIER
IV.1. Dossier relevant du secteur de l’Économie du Climat
La Ministre Déléguée en charge de la Nouvelle Économie du Climat a soumis au Conseil, pour examen et approbation, le Programme national de gestion et de valorisation économique des déchets en République Démocratique du Congo.
La mauvaise gestion des déchets coûterait environ 25 millions USD par mois et représenterait 11 % des émissions de gaz à effet de serre.
Le Programme prévoit :
50.000 emplois directs ;
150.000 emplois indirects ;
Une mise en œuvre en trois phases : urgence (6 mois), renforcement des capacités (18 mois), opérationnalisation (24 mois).
Kinshasa est retenue comme ville pilote.
Après débats et délibérations, le Conseil a adopté ce dossier.
Commencée à 15h45’, la réunion du Conseil des Ministres a pris fin à 18h50’.
Pour le Ministre de la Communication et Médias,
Porte-parole du Gouvernement en mission,
Augustin KIBASSA MALIBA LUBALALA
Ministre de l’Économie Numérique
