La déconnexion des réalités de la population: On a rien gagné, on a brisé un peu plus le ressort humain qui tenait encore ce pays debout

 La déconnexion des réalités de la population: On a rien gagné, on a brisé un peu plus le ressort humain qui tenait encore ce pays debout

Il existe un fossé économique et social immense entre le mode de vie des élites dirigeantes et la précarité quotidienne de la majorité des citoyens. Cela engendre un sentiment de frustration qui pousse souvent la jeunesse vers l’émigration ou alimente l’instabilité politique, source de la recrudescence des multiples manifestations de contestation.

Certains dirigeants souffrent d’un manque d’autonomie stratégique qui devient un complexe de dépendance extérieure.
Ce soutien étranger fait objet d’une tendance à chercher la légitimité politique auprès des puissances occidentales ou des nouveaux partenaires, plutôt qu’auprès de leur propre peuple.

Souvent on parle d’aide au développement qui devient une dépendance prolongée vis-à-vis des financements extérieurs sans vision claire pour une industrialisation locale.

Le «mal des dirigeants africains» est un concept souvent utilisé par les politologues, sociologues et citoyens pour désigner une série de crises de gouvernance qui freinent le développement du continent. Ce phénomène complexe peut se résumer en plusieurs caractéristiques majeures :
Le syndrome de la longévité et de l’enracinement au pouvoir ; le clientélisme, le tribalisme et le népotisme ; la corruption systémique et la fuite des capitaux ; le complexe de dépendance extérieure et la déconnexion des réalités de la population.

Ces faits que nous allons détaillé dans l’une de nos éditions ne sont qu’une introduction faite par rapport à la «Lettre ouverte aux dirigeants politiques», ci-dessous, de Monsieur Serigne qui commence par un paragraphe qui m’a touché : « Quelle monstrueuse illusion est la vôtre. On ne gagne rien si on règne sur les ruines humaines».

Gel Boumbe

Lettre ouverte aux dirigeants politiques

•»Quelle monstrueuse illusion est la vôtre. On ne gagne rien si on règne sur les ruines humaines»

Mesdames et Messieurs les décideurs,

Il est des soirs où le silence qui tombe sur le pays n’est pas un silence d’apaisement, mais un silence d’épuisement. Le silence des hommes et des femmes qui n’en peuvent plus, qui se couchent la peur au ventre pour le lendemain, l’esprit tordu par les factures, la solitude ou le sentiment intolérable d’être devenus des étrangers dans leur propre pays.

Pendant ce temps, dans le feutré de vos ministères et le vacarme stérile des plateaux de télévision, vous comptez les points. Vous célébrez la fin chimérique d’une crise, le retour chaotique à l’ordre, ou le vote d’un texte de loi arraché au chausse-pied… Éhontés, vous vous félicitez. Vous pensez avoir gagné.

Et que nous donnez-vous à voir en spectacle ? Une Hémicycle transformée en arène d’enfants gâtés, où les partis s’écharpent, s’invectivent et théâtralisent leurs haines partisanes pour quelques secondes de potin médiatique. Figurez-vous, sieurs et dames, ceci n’est rien d’autre que l’anti-exemple absolu, la preuve par l’image d’une classe politique qui a préféré le cirque stérile au devoir d’État.

Avant les pavés qui volent, avant les sirènes qui hurlent dans la nuit, il y a une violence ordinaire que vous ne mesurez dans aucun rapport préfectoral : C’est la violence de cette mère de famille qui repose un paquet de gâteaux au supermarché parce que la carte risque de bloquer. C’est l’artisan qui baisse son rideau après trente ans de labeur, les larmes aux yeux, emporté par les charges et votre indifférence. C’est le jeune qui regarde l’avenir comme un mur sombre, le retraité qui n’ose plus monter le chauffage, l’agriculteur qui voit sa terre s’effondrer, ou le citoyen attaché à la sécurité qui contemple son quartier abîmé.

Toutes ces colères, nées dans la chair et dans la réalité des foyers, ne sont ni de droite, ni de gauche, ni d’ «ultra-gauche ou extrême-droite». Elles sont le cri d’une humanité que vous pressez jusqu’à la dernière goutte.

Réduire cette détresse à des mots d’ordre idéologiques ou à des étiquettes administratives pour vous défausser de vos responsabilités est une insulte à la peine des gens. Vous sacrifiez deux humanités face à face. Et que faites-vous de cette colère que vous refusez d’entendre ? Vous la jetez contre d’autres hommes et d’autres femmes qui souffrent tout autant.

Regardez-les, ces policiers et ces gendarmes sous leurs casques. Derrière le bouclier, il y a des pères et des mères de famille épuisés, qui ne voient plus leurs enfants, des hommes au bout du rouleau qui encaissent les coups et la haine. Eux aussi subissent la fin du mois, eux aussi voient les services publics s’effondrer. Vous les utilisez comme une digue humaine, comme de la chair à canon politique pour protéger vos états-majors et combler l’absence totale de vision de vos gouvernements.

Mettre face à face deux détresses, deux épuisements, pour vous abriter derrière eux : voilà la réalité de votre gestion de crise. C’est un gâchis humain absolu. Votre «victoire» est un cimetière démocratique. Alors oui, ce soir, les rues se vident. La fatigue, la pression et la nécessité vitale de retourner travailler pour ne pas couler ont fini par avoir le dernier mot.

Vous rédigez vos communiqués victorieux. Mais écoutez bien ce qui monte de ces nations que vous croyez avoir soumises : c’est une rancœur qui s’accumule, goutte à goutte, dans le cœur de millions de citoyens. Un pouvoir qui ne se maintient que par l’épuisement de son peuple n’a plus aucune autorité : il n’a plus que de la force brute. Et la réalité, comme le rappelait Winston Churchill aux heures sombres, c’est que le mépris et la facilité se payent toujours au prix fort face à l’Histoire.

Vous n’avez rien gagné. Vous avez simplement brisé un peu plus le ressort humain qui tenait encore ce pays debout. Sachez que le jour où la machine repartira, la vague sera plus haute. Parce qu’à force de refuser d’écouter l’humanité des gens, c’est l’humanité tout entière qui finit par se lever.

Serigne
AfrOptimiste, Autodidate – Entre pensee politique et exigence littéraire

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