Inquiétant schéma de synchronisation entre la guerre à l’Est et les turbulences institutionnelles à Kinshasa...: Les politiciens de l’Est prennent la RDC en otage !

La période 2019–2020 est marquée par l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi et sa consolidation qui a fragilisé progressivement le FCC. Tshisekedi s’est ensuite mis à la cherche de nouveaux équilibres régionaux. Christophe Mboso, originaire du Kwango, est devenu président de l’Assemblée nationale. Quelques temps après, des tensions ouvertes ou latentes ont éclaté à plusieurs moments entre Mboso et des députés de l’Est sur la représentativité, la gestion des débats, la sensibilité aux questions sécuritaires. “Chers collègues, sortez des groupes armés, sinon je vous dénonce…”, avait menacé Mboso sur un ton péremptoire. Retour sur des séquences historiques qui restent actuelles et rythment la vie politique du pays.
Les députés de l’Est se sentent à cette époque, parfois négligés ou mal compris par un bureau de l’Assemblée perçu comme éloigné de leurs réalités de guerre. Tshisekedi, soucieux de maintenir l’équilibre, est amené à arbitrer.
Mais une reprise spectaculaire des offensives du M23 est observée à partir de 2022, avec la prise de nombreuses localités du Nord-Kivu et un siège de fait autour de Goma, même si la ville n’est pas officiellement tombée avant 2025. L’Est du pays redevient l’épicentre d’une crise nationale sur fond des débats sur la responsabilité du Rwanda, sur la performance de l’armée et sur l’efficacité des accords régionaux.
À la recherche des alliés solides
En ce moment précis, Tshisekedi cherche des alliés solides pour 2023–2024, dans la perspective des élections et d’un second mandat. Kamerhe le “revenant” politique fait son come back après ses déboires judiciaires, il revient dans le jeu comme figure-clé et “digne fils de l’Est”.
Selon certains récits recoupés, pour calmer ou canaliser les frustrations des élus de l’Est (et plus largement recomposer son alliance), Tshisekedi appuie la montée de Kamerhe au perchoir de l’Assemblée.
La crise sécuritaire devient majeure à l’Est, pendant que le malaise est perceptible à l’Assemblée nationale alimentée par des députés de l’Est. Cela va nécessiter l’arbitrage présidentiel et la promotion d’une grande figure régionale à un poste stratégique.
Pour les analystes qui y voient une “prise en otage du pays par les politiciens de l’Est”, c’est un jalon fort parce qu’ils remarquent que c’est un modèle où la souffrance de l’Est devient un argument de pouvoir dans les négociations internes.
D’un épisode à un autre…
Quand le Sud-Kivu (dont Bukavu est la capitale) est fortement menacé, des tensions émergent ou se ravivent au niveau du Sénat. L’arrivée de Sama Lukonde, originaire du Katanga mais perçu comme partie prenante d’un nouvel équilibre incluant des forces de l’Est, est perçue comme l’un de ces arbitrages. L’idée qui circule à cet effet repose sur la thèse que chaque fois que le front Est se réchauffe, les “cartes” institutionnelles se rebattent à Kinshasa, souvent avec des figures de l’Est au centre du jeu.
Même si ce récit est parfois plus politique que factuel, il alimente le motif selon lequel, le front militaire et le front institutionnel se répondent. Mi 2025, Uvira est mise à rude épreuve avec la multiplication des offensives rebelles pour sa prise. Uvira, carrefour symbolique vers le Burundi et le lac Tanganyika, devient un point de bascule imaginaire parce que si Uvira tombe, c’est un nouveau seuil psychologique dans la perception de l’effondrement.
À Kinshasa, les discussions de remaniement gouvernemental sont récurrentes, avec en toile de fond les équilibres régionaux, les ambitions 2025–2028, les repositionnements après les dernières législatives. L’Assemblée nationale est à nouveau secouée avec les pressions des députés de l’Est pour la plupart, contre Kamerhe sur fond des manœuvres internes, pour la recomposition des alliances.
Boji, lui aussi originaire de l’Est, émerge comme alternative, avant de s’imposer comme nouveau président de l’Assemblée. Pour certains analystes, il est de mauvais augure qu’Uvira soit menacée, puis finalement tombée, pendant que l’Assemblée s’était crispée et qu’un “fils de l’Est” (Boji), remplace un autre (Kamerhe).
Pendant ce temps, il se murmure les préparatifs d’un remaniement gouvernemental début 2026 où les forces de l’Est et leurs alliés veulent “sécuriser” leurs positions.
C’est ici que la phrase “les Congolais de l’Est prennent le pays en otage” revient le plus souvent dans le débat public, parfois de manière passionnelle, parfois analysée avec prudence par des chercheurs.
Les thèmes récurrents dans leurs discours se cristallisent sur l’abandon et marginalisation :
“On ne défend pas notre territoire avec la même vigueur qu’ailleurs.”, et sur la légitimité par la souffrance : “Nous avons payé le prix du sang, nous avons droit à une place centrale dans les décisions.”, ressassent-ils. Tandis que pour la revendication institutionnelle, ils insistent : “Les postes de responsabilité doivent refléter notre contribution et notre sacrifice.”
Sous cette rhétorique, il y a une logique qui veut transformer la douleur sécuritaire en capital politique. Ce qui est légitime en soi, mais ça devient explosif si cela est perçu comme du marchandage.
Du côté des élites d’autres régions et d’une partie de l’opinion
Les discours critiques se cristallisent autour de l’idée de chantage parce qu’“à chaque avancée rebelle, certains politiciens de l’Est montent les enchères à Kinshasa.” La suspicion de double jeu remonte à la surface quand “les mêmes qui parlent de patriotisme profitent étrangement des crises dans leur région.” Cela dénote curieusement de la fatigue morale parce que “l’Est souffre, mais cela ne doit pas devenir un passe-droit permanent.”
Si elle n’est pas contrôlée, soutiennent certains observateurs, cette rhétorique risque de nourrir des tensions régionales dangereuses, et une fracture mémorielle entre un “pays en guerre” et un “pays en paix relative”.
Du côté du pouvoir central (présidence, gouvernement, communication officielle), les discours officiels oscillent entre : l’unité et l’intégrité territoriale : “Nous ne laisserons pas un centimètre de notre territoire.”, la reconnaissance des souffrances : “L’Est a beaucoup souffert, le Président est sensible à leur situation.” Et la gestion pragmatique des équilibres se fait vivre dans les faits quand on voit une politique d’“équilibrage” régional des postes : Est, Ouest, Katanga, Équateur, Kasaï, etc.
Mais pourtant, la contradiction est là présente, du moment que plus le pouvoir central montre qu’il “équilibre” les postes pour calmer les tensions, plus certains y voient la preuve d’un système de négociation par la crise. Où l’Est, par sa souffrance, devient un acteur-clé du marchandage.
Du côté de la société civile, intellectuels, Églises, mouvements citoyens, beaucoup insistent sur la nécessité de dépasser les lectures ethno-régionales, la responsabilité partagée de l’élite congolaise, quelle que soit l’origine, la manipulation des populations de l’Est comme chair à canon, pendant que les élites –de toutes régions– se partagent le gâteau à Kinshasa.
Ils proposent une relecture en estimant que ce n’est pas l’Est qui prend le pays en otage, c’est plutôt la classe politique dans son ensemble qui utilise les blessures de l’Est comme arguments de pouvoir.
Un schéma de synchronisation troublante entre les faits…
Plusieurs commentateurs notent une corrélation temporelle entre des avancées rebelles à l’Est et des turbulences institutionnelles à Kinshasa, souvent impliquant des élus originaires de l’Est. Ils ne parlent pas nécessairement de causalité directe, mais d’un enchaînement récurrent qui interroge. Les exemples cités pour corroborer les faits sont troublants parce qu’ils évoquent les tensions entre députés de l’Est et Mboso, la montée de Kamerhe, chute de Goma, les remous au Sénat et l’arrivée de Sama Lukonde et la chute de Bukavu, les pressions sur l’Assemblée nationale avec la démission de Kamerhe et arrivée de Boji dans la foulée de la menace sur Uvira et des discussions de couloirs sur un éventuel remaniement gouvernemental dans la foulée de la chute d’Uvira.
Pour ces analystes, ce rythme parallèle entre front militaire et front institutionnel crée un sentiment d’“otage politique”. Comment certains interprètent ce phénomène ? Soit, il s’agit d’une stratégie de négociation interne et certains analystes estiment que des acteurs politiques de l’Est utiliseraient les crises sécuritaires comme leviers de pression pour obtenir des postes stratégiques, des arbitrages favorables, ou une redistribution du pouvoir.
Ce n’est pas une accusation, mais une lecture structurelle dans un pays où l’État est fragmenté et les crises deviennent des monnaies d’échange. Pour d’autres analystes, il s’agit d’une instrumentalisation externe qui rejaillit en interne poussant d’autres à penser que les groupes armés et les puissances étrangères impliquées dans l’Est savent que chaque avancée militaire crée un choc politique à Kinshasa, et que certains acteurs internes -de toutes régions- surfent sur ces secousses pour repositionner leurs intérêts.
L’autre frange et non la moindre, concerne ce qui sont d’avis qu’il est question d’un effet mécanique et non intentionnel, une partie des chercheurs en sciences politiques rappelle que les élus de l’Est sont naturellement les plus affectés par les crises, ils réagissent plus vivement, ce qui crée des tensions institutionnelles qui coïncident avec les offensives.
Du coup, il n’est pas question d’une “prise du pays en otage”, mais d’une réactivité exacerbée, pensent d’aucuns. Mais pourquoi une telle lecture devient explosive dans l’opinion ? C’est parce que la répétition crée un récit collectif : “Chaque fois que l’Est brûle, Kinshasa tremble et certains en profitent.”
Fondé ou non, cette analyse nourrit la méfiance, les accusations régionales et l’idée d’un pays fragmenté où chacun joue sa partition. “Les parallélismes troublants entre les secousses de l’Est et les recompositions du pouvoir à Kinshasa.” reste un thème puissant, délicat, mais essentiel pour comprendre la RDC contemporaine. La prudence s’impose dès lors que les politiciens de l’Est du pays ne doivent pas continuer de tirer les ficelles de l’insécurité de leurs provinces depuis Kinshasa et secouer la carotte de l’intimidation pour occuper des postes de responsabilité.
Le Journal
