Acculé de toutes parts...: Le Rwanda jette son masque !

 Acculé de toutes parts...: Le Rwanda jette son masque !

Le 22 janvier 2026, le Rwanda a reconnu officiellement pour la première fois, devant le Congrès américain, sa coordination sécuritaire avec l’AFC/M23. Ce revirement s’explique par une stratégie diplomatique de Kigali qui cherche à justifier son rôle comme défensif (protection des Tutsi contre les FDLR) et à repositionner son image internationale en montrant sa “transparence” et sa volonté de désescalade dans l’insecurité qui met à mal la quiétude dans la partie orientale de la RDC.

Les raisons de ce revirement, pour des milieux diplomatiques, seraient entre autres, la pression internationale accrue que subit le Rwanda ce dernier temps. Pourtant, pendant des décennies, Kigali niait farouchement toute implication directe. Mais les preuves accumulées par l’ONU, les ONG et les services de renseignement occidentaux ont rendu cette position intenable. Pour beaucoup, la reconnaissance officielle faite à Washington, vise à anticiper des sanctions et à transformer une accusation en justification stratégique.
L’ambassadrice Mathilde Mukantabana a présenté cette coordination comme une mesure impérative de protection des populations tutsi en RDC contre les FDLR, considérés par Kigali comme une menace génocidaire persistante, oubliant que l’armée Rwandaise occupe des territoire du Nord et du Sud Kivu depuis une année, sans mettre hors d’état de nuire les fameux FDLR.
En s’exprimant devant le Congrès, Kigali cherche à influencer la perception américaine en montrant que son action est alignée sur la lutte contre les groupes armés et non sur une logique expansionniste, mais pourtant Uvira est situé très loin des frontières avec le Rwanda. Le Rwanda a aussi rappelé son attachement aux Accords de Washington avec Kinshasa, conditionnant la paix au désarmement des FDLR.
Pour l’ambassadrice Mathilde Mukantabana, l’AFC/M23 avec l’encouragement de Kigali, avait procédé à un retrait unilatéral de la ville d’Uvira, présenté comme un geste de bonne foi. Cette reconnaissance tardive vient toutefois confirmer ce que le gouvernement congolais dénonçait depuis longtemps et elle peut renforcer la position de la RDC dans les négociations.
En se présentant comme défenseur des Tutsi, Kigali admet en même temps avoir soutenu un groupe armé accusé de graves violations des droits humains et des crimes de guerre. Cela fragilise son argumentaire moral et expose ses contradictions.
À tout prendre, le revirement spectaculaire de Kigali est moins une confession qu’une reconfiguration stratégique. Parce que, le pays de Paul Kagame transforme une accusation persistante en discours officiel, espérant ainsi reprendre la main sur le narratif international et se poser en acteur incontournable de la sécurité régionale.

La rhétorique de la transparence comme outil de blanchiment
De la négation au dévoilement contrôlé c’est un fait inquiétant. Pendant plus de deux décennies, Kigali niait toute présence militaire ou soutien au M23. Aujourd’hui, la reconnaissance officielle n’est pas une confession, mais une mise en scène car, en admettant partiellement sa responsabilité, le Rwanda se donne l’image d’un acteur honnête, qui ne cache plus rien.
Il s’agit d’une transparence sélective dès lors que Kigali choisit soigneusement ce qu’il révèle : “Oui, il y a coordination avec l’AFC/M23. Mais uniquement pour protéger les Tutsi contre les FDLR”. Ainsi, l’aveu est cadré comme une action défensive, presque humanitaire, et non comme une ingérence. Du coup, le retournement du narratif est spectaculaire parce que, ce qui était hier une accusation devient aujourd’hui une preuve de responsabilité : “Hier : le Rwanda déstabilisait l’Est de la RDC. Aujourd’hui : “Le Rwanda agit pour éviter un nouveau génocide.” Ce glissement de rhétorique blanchit l’implication en la requalifiant moralement, estiment des spécialistes.
Les paradoxes du discours Rwandais
– Reconnaissance ≠ responsabilité
Kigali admet son rôle, mais refuse d’endosser les conséquences des crimes du M23. La transparence devient un bouclier : “Nous ne cachons rien, donc nous sommes crédibles.”
– La mise en scène diplomatique
Le lieu choisi –le Congrès américain– n’est pas anodin. C’est une tribune internationale où Kigali s’est présenté comme partenaire fiable, en contraste avec l’image d’un acteur clandestin.
– Le blanchiment par le langage
Les mots “protection”, “sécurité”, “désescalade” remplacent “soutien armé”, “ingérence”, “violations”.
Le lexique humanitaire efface la dimension militaire et politique de l’implication.

À prendre avec précaution
Aussi curieux que cela puisse paraître, après vingt ans de déni, Kigali découvre soudain les vertus de la transparence. Mais attention, préviennent des observateurs avertis. Ce n’est pas la lumière crue de l’aveu, c’est le projecteur bien orienté du théâtre diplomatique. On ne confesse pas, on scénarise. On ne reconnaît pas une faute, on revendique une mission sacrée de protéger les Tutsi, désarmer les FDLR, pacifier l’Est. La vérité devient un costume taillé sur mesure, où l’ingérence se déguise en humanisme. Le blanchiment n’est pas une lessive, c’est une rhétorique qui veut qu’on lave les mots, pas les actes. Comme quoi, pour manger à la table de Kagame, il faut se prémunir de longues fourchettes.

Laurent BUADI

 

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