Une année après...: Guillaume Ngefa face à ses réformes de la Justice !

 Une année après...: Guillaume Ngefa face à ses réformes de la Justice !

Dans une bonne partie de l’opinion congolaise, le bilan de l’an 1 présenté vendredi à Kinshasa par Guillaume Ngefa est réaliste dans ses intentions et ses réformes annoncées. Mais il reste largement en décalage avec la perception populaire parce que, malgré les initiatives (Tribunal pénal économique et financier, loi anticorruption, Justice 2.0), les abus des magistrats et la corruption quotidienne continuent de miner la crédibilité du système judiciaire.

Autrement dit, les réformes existent sur le papier, mais leur impact concret sur la vie des citoyens demeure limité. Les réformes mises en avant par Ngefa concernent entre autres, le Tribunal pénal économique et financier destiné à juger les infractions économiques et financières, le Projet de loi anticorruption visant à renforcer le cadre juridique contre les détournements et la corruption, la mise à niveau de la Justice militaire pour améliorer la discipline et la transparence dans les affaires militaires, la modernisation de l’inspection générale qui est censée renforcer le contrôle interne.
Quant à la Justice 2.0, il s’agit du programme de transformation numérique pour rendre la justice plus accessible tout en mettant une attestation particulière sur les infrastructures judiciaires par les nouveaux tribunaux à Lubumbashi, Demba et Kinshasa/Kalamu pour réduire le « désert judiciaire.
Ngefa, dans son bilan, reconnaît les défis structurels et ne nie pas les dysfonctionnements. Ses réformes ciblent des problèmes réels (corruption, spoliation, désert judiciaire). Pourtant, les réformes restent institutionnelles et lentes, alors que les citoyens vivent au quotidien les abus des magistrats véreux. L’écart entre le discours et la pratique nourrit la méfiance, à tel point que, sans des sanctions visibles et rapides contre les magistrats corrompus, la population percevra ces réformes comme cosmétiques. Comme quoi, en RDC, la justice se modernise avec des logiciels flambants neufs, mais les juges continuent de fonctionner à l’ancienne : version “pots-de-vin 1.0”.

Justice en vitrine, injustice en coulisse
Que le Ministre d’État Guillaume Ngefa ait dressé le tableau d’une Justice en pleine cure de crédibilité avec des tribunaux flambant neufs, lois anticorruption, inspection modernisée, et même une « Justice 2.0 » censée digitaliser la transparence est un pas dans la bonne direction. Sur le papier, la République se dote d’outils pour redresser la colonne vertébrale de son système judiciaire. Mais dans les ruelles de Kinshasa, le citoyen continue de se heurter à une autre réalité qui fait que les magistrats marchandent les verdicts sur fond de dossiers qui disparaissent dans les tiroirs, les prisons sont surpeuplées et sont des lieux où l’innocent côtoie le condamné.
La réforme, selon certains milieux, avance comme une vitrine bien éclairée, tandis que derrière le rideau, les pratiques anciennes persistent. Le paradoxe est criant avec une Justice qui se proclame rénovée mais qui reste perçue comme un marché où l’équité s’achète au prix fort.
Dans ces conditions, le bilan de Ngefa, bien que réaliste dans ses intentions, se heurte à l’épreuve du quotidien. Et tant que les magistrats véreux ne seront pas sanctionnés publiquement, la population continuera de voir dans ces réformes un décor institutionnel sans effet concret.

Laurent BUADI

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