Martin Fayulu : Le député Ngondankoy pousse Tshisekedi à légaliser un coup d’État constitutionnel

 Martin Fayulu : Le député Ngondankoy pousse Tshisekedi à légaliser un coup d’État constitutionnel

Après la sortie médiatique du Président de la République Félix Tshisekedi au cours de laquelle, il a parlé de changement de la Constitution, d’un éventuel troisième mandat et de la non organisation des élections générales en 2028, si la guerre continuait, des réactions n’ont pas été attendues dans le rang de l’opposition.

Quarante-huit heures après, soit le vendredi 8 mai, le président de l’Écidé, Martin Fayulu, l’a succédé pour le même exercice devant la presse.
D’entrée de jeu, celui qu’on appelle le «Commandant du peuple» a dénoncé «la tentative de coup d’État constitutionnel
orchestrée par le professeur et député Paul Gaspard Ngondankoy», en intégrant d’autres éléments évoqués par Monsieur Félix Tshisekedi afin d’éclairer le peuple congolais ainsi que la communauté
internationale.

Pour Martin Fayulu Madidi, «Monsieur Félix Tshisekedi souffle le chaud et le froid», récitant un chapelet de faits retenus contre le président de la République.

«En effet, face à la situation dramatique que traverse actuellement notre pays – caractérisée par l’occupation de plusieurs localités congolaises du Sud-Kivu et du Nord Kivu par le Rwanda à travers le M23/AFC, les tueries et massacres dans la partie non occupée du Nord-Kivu et de l’Ituri par les ADF avec l’implication de l’Ouganda, les huit millions des déplacés internes, l’insécurité généralisée,
les tensions persistantes le long de nos frontières, la misère et les souffrances indescriptibles de millions de Congolais sans emploi, le délitement des institutions de la République, le vol, la corruption et l’enrichissement sans cause de certains dirigeants, comment Monsieur Félix Tshisekedi peut-il tenir les propos qu’il a tenus lors de sa conférence de presse de mercredi dernier ?», s’est interrogé Martin Fayulu.

À qui profite cette guerre ?
L’opposant Fayulu soupçonne l’entretien de la guerre pour besoin de la cause. «À entendre certaines de ses déclarations, dit-il, on peut même se demander si la guerre que nous vivons à l’Est de notre pays n’est pas entretenue pour empêcher l’organisation des élections de 2028. Deux questions se posent alors, la première : à qui profite cette guerre ? Et la deuxième : que fait-on de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des
Nations-Unies ?», fait-t-il savoir.

Contourner ce que notre Constitution a rendu intangible
Fayulu a précisé que, les propos du Chef de l’État avaient pour but d’annoncer qu’il veut demeurer au pouvoir à tout prix.
«La proposition de loi référendaire du professeur et député Paul Gaspard Ngondankoy n’est pas une simple loi référendaire. Il s’agit d’une tentative méthodique de contourner ce que notre Constitution a rendu intangible. C’est un subterfuge destiné à permettre à Monsieur Félix Tshisekedi de réaliser un véritable coup d’État constitutionnel», a dénoncé le président de l’Écidé.

Respect et violation des limites constitutionnelles
Selon l’homme de Lamuka, la contradiction est flagrante car, on ne peut pas prétendre, dans un même texte, de respecter les limites
constitutionnelles tout en organisant leur violation. «D’un côté, l’article 6 de la proposition de loi rappelle clairement un principe fondamental : ‘’toute révision constitutionnelle doit respecter les articles 218 à 220 de la Constitution’’, a-t-il rappelé.

Il énumère sans ambiguïté les matières intangibles et précise ‘’qu’aucune révision ne peut porter ni sur ces matières, ni sur celles qui leur sont liées’’.

De l’irrevisabilité
Et de préciser : «Mais, de l’autre côté, les articles 87 à 90 introduisent un
mécanisme qui vide cette interdiction de toute substance.
Sous prétexte de «dysfonctionnement majeur», ces dispositions ouvrent la voie à une remise en cause de ce qui est pourtant explicitement déclaré ‘’irrévisable’’.

Devant la presse, Fayulu va d’une question à une autre.
«Posons les bonnes questions : Qui décide qu’il existe un «dysfonctionnement majeur»? Qui détermine qu’une règle constitutionnelle fondamentale est devenue «inadaptée» ? On nous parle d’experts convoqués par ordonnance et chargés d’évaluer la situation. Mais depuis quand des experts,
aussi compétents soient-ils, peuvent-ils se substituer à la Constitution ?
Depuis quand la souveraineté du peuple est-elle déléguée à des personnes désignées par le pouvoir exécutif ? Soyez
sérieux», s’interroge-il en substance. .

Aucune consultation ne peut rendre légal ce que la Constitution interdit
«On nous parle ensuite de consultations, de consensus et de majorité. Mais aucune majorité, aucun consensus, aucune
consultation ne peut rendre légal ce que la Constitution interdit.
Puis vient l’argument ultime : le référendum. On nous dit : «Le peuple décidera.» Mais le peuple ne peut pas être
instrumentalisé pour détruire ses propres garanties constitutionnelles.
L’article 220 de notre Constitution n’est pas une disposition comme les autres. C’est une clause de protection. Une
digue contre les abus. Un verrou constitutionnel posé par le peuple pour préserver la démocratie, l’alternance, les libertés et l’équilibre des pouvoirs,» ainsi parle l’opposant Fayulu.

L’Écidé dénonce le mécanisme proposé par le député Ngondankoy, élu de Yahuma, de constituer une porte dérobée destinée à permettre ce que la
Constitution interdit formellement. C’est, ni plus ni moins, une tentative de légalisation d’un coup d’État
constitutionnel.

Une brèche dangereuse ouverte à la balkanisation de notre pays
Il a ensuite souligné que, si nous acceptons cela aujourd’hui, alors demain il suffira d’invoquer une crise pour modifier les règles
fondamentales de la République. Or, une Constitution qui cède à la crise cesse d’être une Constitution. Elle devient un simple outil de circonstance au service du pouvoir.

«Changer les règles du jeu en pleine partie n’est jamais neutre. C’est un acte de pouvoir dictatorial. Ce qui est particulièrement grave, c’est que cette démarche émane de personnes qui enseignent elles-mêmes le droit constitutionnel. Comme le disait Jean de La Fontaine : «Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.» Mais
ici, il ne s’agit plus seulement de flatterie. Il s’agit d’une dérive grave : mettre le savoir juridique au service de la
violation de la Constitution.
Notre devoir est clair : défendre l’esprit et la lettre de notre loi fondamentale. Nous ne défendons pas un texte figé.
Nous défendons des principes : la limitation du pouvoir ; la protection des libertés ; le respect de la souveraineté du peuple ; l’alternance démocratique. Il s’agit de savoir si nous voulons demeurer la République démocratique du Congo, dans ses frontières du 30 juin 1960, un État de droit, indépendant, souverain, uni et indivisible, social, démocratique et laïc ou ouvrir une brèche dangereuse à ceux qui travaillent pour la balkanisation de notre pays», a relevé Martin Fayulu.

À la conscience des députés
«Nous ne pouvons pas accepter que la Constitution soit réduite à une simple formalité.
C’est pourquoi nous demandons aux députés de retirer purement et simplement les articles 87 à 90 de cette proposition de loi référendaire. Et nous rappelons un précédent historique : en janvier 2015, grâce à la mobilisation du peuple congolais, le Sénat avait bloqué une dérive similaire en écartant l’alinéa 3 de l’article 8 de la proposition de la loi électorale. Aujourd’hui, l’histoire regarde les députés.
Aussi, j’estime que les promoteurs de ces dispositions doivent répondre de leurs actes devant la justice, tant cette tentative porte atteinte aux fondements mêmes de notre ordre constitutionnel», a-t-il fait savoir avec gravité.

Le peuple congolais va barrer la route à tout projet d’un 3e mandat
Le président de l’Écidé a enfin terminé son allocution en ces termes : «Avec la majorité du peuple congolais, nous allons barrer la route à tout projet de troisième mandat de Monsieur Félix Tshisekedi, comme nous l’avons fait hier pour Monsieur Joseph Kabila. Car partout le peuple nous répète ceci :
«Commandant du peuple, na 2028, alinga to alinga te, akokende». Autrement dit : «Commandant du peuple, en 2028, qu’il le veuille ou non, il devra partir.» J’en appelle à la sagesse et au sens des responsabilités de Monsieur Félix Tshisekedi. Il serait extrêmement grave que le fils d’Etienne Tshisekedi entre dans l’histoire comme celui qui aura fragilisé la cohésion nationale et consacré la balkanisation de la RDC. Le Congo est plus grand que nos ambitions personnelles. Le Congo doit rester un, indivisible et souverain. Et la seule solution c’est le dialogue national inclusif», a-t-il conclu.

Gel Boumbe

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