Dialogue inclusif cher à la CENCO : quand les miroirs se brisent !

 Dialogue inclusif cher à la CENCO : quand les miroirs se brisent !

Le Congo se retrouve devant une scène où les acteurs politiques jouent à contre‑emploi. L’opposition, qui revendique l’ouverture d’un dialogue inclusif, s’aligne derrière un chef-rebelle désormais banni par la communauté internationale. Joseph Kabila, parce c’est de lui qu’il s’agit, longtemps figure du système, se voit lui-même renvoyé à l’image compromettante d’un soutien à la rébellion. 

Ce double renversement révèle une vérité plus profonde : le dialogue inclusif, tant souhaité par l’opposition et le clergé, se heurte désormais à la fragilité des légitimités. Comment bâtir une table de négociation quand les sièges sont occupés par des figures disqualifiées ? Comment parler d’inclusion quand l’exclusion internationale redessine les contours du jeu ?

Le paradoxe devient cruel dès lors que ceux qui réclament l’ouverture se retrouvent enfermés dans l’ombre d’alliances toxiques, et ceux qui prétendaient incarner la stabilité sont exposés comme parrains de l’instabilité. Le Congo, lui, reste suspendu à une question selon laquelle, le dialogue inclusif est‑il encore possible, ou n’est‑il qu’un miroir brisé où chacun contemple ses propres contradictions ?

Il s’agit là, d’une contradiction qui illustre parfaitement la complexité du jeu politique congolais actuel. D’un côté, l’opposition et une partie du clergé plaident pour un dialogue inclusif, censé ouvrir un espace de respiration démocratique et de réconciliation nationale. Mais de l’autre, le revirement international bouleverse les cartes, Joseph Kabila, longtemps perçu comme l’homme du système, est désormais exposé officiellement comme soutien d’une rébellion, tandis que certains acteurs de l’opposition réclamant le dialogue inclusif se retrouvent, eux, alignés derrière un chef-rebelle devenu persona non grata sur la scène internationale.

Cela crée un autre paradoxe : le camp du pouvoir peut se présenter en bombant le torse, comme le garant de la légitimité institutionnelle et du soutien des partenaires internationaux, et en soulignant que l’opposition mise sur une figure désormais disqualifiée.  C’est de bonne guerre.

L’opposition, elle, se retrouve ainsi fragilisée par cette alliance, car le discours de légitimité démocratique se heurte finalement à la réalité d’un alignement derrière un acteur sanctionné.

Le clergé, en appelant au dialogue, se retrouve pris entre deux feux en voulant défendre l’inclusivité sans cautionner une figure rebelle désormais stigmatisée.

En somme, le projet de dialogue inclusif se heurte à une contradiction fondamentale : comment inclure des acteurs dont la légitimité est sapée par les sanctions internationales, sans transformer la table de négociation en un espace de validation implicite de la rébellion ?

UNE OPPOSITION OPPORTUNISTE  !

Quand les oiseaux de malheur se transforment en pigeons de la finance, on pourrait dire que ce paradoxe met en lumière la fragilité des alliances congolaises qui se construisent souvent sur des postures de circonstance, mais se délitent dès que le regard extérieur change.

Derrière les grands discours sur l’inclusivité et la démocratie, beaucoup de ces figures de l’opposition ne sont que des opportunistes recyclés, happés par les facilités financières et les réseaux que leur procure l’ombre de l’ancien chef d’État. Hier, ils l’avaient voué aux gémonies, le traitant de tous les noms d’oiseaux mais aujourd’hui, ils se pressent à sa table en Afrique du Sud et à Nairobi, comme si la mémoire collective pouvait être effacée par la promesse d’un financement ou d’un poste.

Cela révèle deux choses : la plasticité des convictions selon laquelle, dans le champ politique congolais, les principes s’effacent vite devant les intérêts matériels et l’autre, la fragilité du dialogue inclusif parce que quand les acteurs qui devraient incarner la crédibilité démocratique se compromettent dans des alliances de circonstance, le dialogue devient un théâtre où chacun joue pour sa survie, non pour l’avenir du pays.

Il est curieux de constater qu’hier, Kabila était le tyran et aujourd’hui, il est le coffre-fort de la banque où , les mêmes opposants qui criaient au scandale viennent y déposer leurs convictions en gage.

OPPOSITIONS ET “BANQUES POLITIQUES”

Actuellement en RDC, l’ancien chef d’État Joseph Kabila est devenu un sûr soutien financier aux opposants qui le vilipendait hier, pour beaucoup d’analystes, il s’agit d’un alignement opportuniste derrière lui. Mais à tout prendre, les sanctions américaines visant les réseaux de Kabila feront que l’Opposition acquise à sa cause soit fragilisée et dans cette dynamique, la plateforme “Sauvons la RDC” vidée de sa substance.

Au Zimbabwe, en 2000, le soutien financier et logistique de factions liées à Robert Mugabe était une réalité vivante au point que l’opposition a été divisée. Certains cherchant à profiter des réseaux. Mais à la suite de l’isolement international de Mugabe et l’effondrement économique, l’opposition a été incapable de proposer une alternative crédible, ce fut la fragmentation.

 

LA ROUE TOURNE…

En Côte d’Ivoire, vers les années 2010, les réseaux financiers liés à Gbagbo et ses proches tournaient à plein régime. L’Opposition tentait de capitaliser sur ces ressources jusqu’à ce que les sanctions internationales et la chute du régime sifflèrent la fin de la récréation. Conséquence : ce fut la recomposition forcée et la perte de crédibilité des figures politiques opportunistes.

À une certaine époque, en Guinée, Alpha Condé et ses circuits financiers menaient la danse. L’opposition oscillait entre critiques à son endroit et dépendance. Condé renversé, les réseaux financiers ont été neutralisés et l’Opposition obligée de se réinventer sans un soutien matériel et financier.

Dans le même ordre d’idées, au Soudan, Omar el-Béchir et ses réseaux clientélistes firent que l’Opposition soit infiltrée par des opportunistes cherchant financements. La chute de Béchir, les sanctions et son isolement ont vu l’Opposition déstabilisée et incapable de structurer une transition solide.

Ce tableau montre que l’opposition congolaise n’est pas seule dans ce piège : partout où les “banques politiques” s’effondrent sous le poids des sanctions ou des renversements, les opportunistes se retrouvant nus, incapables de porter un projet crédible. Le slogan “Sauvons la RDC” risque donc de rejoindre la longue liste des promesses creuses, révélant une opposition plus dépendante des guichets financiers que des convictions politiques.

On peut dire sans peur d’être contredit, que ces politiciens opportunistes ont mis tous leurs œufs dans le panier d’une “banque Kabila” qui vient d’être placée sous scellés par Washington. Mais leur slogan de “Sauvons la RDC” risque de sonner creux, car la source de financement et de légitimité qu’ils espéraient exploiter est désormais frappée d’ostracisme international.

“SAUVONS LA RDC” SANS BANQUE

Hier, l’opposition criait au scandale contre Kabila. Aujourd’hui, elle s’accroche à lui comme à une planche de salut, mais cette planche est en train de couler sous le poids des sanctions américaines. Les opportunistes qui voyaient dans l’ancien président un guichet automatique pour leurs ambitions découvrent que la carte est bloquée et que le distributeur est hors service.

Leur slogan “Sauvons la RDC” devient une ironie : comment sauver un pays quand on dépend d’un portefeuille désormais gelé ? Comment incarner l’alternative quand on s’aligne derrière un paria ?

Au fond, cette situation révèle que l’opposition en RDC, n’a pas construit un projet politique solide, mais une stratégie de survie financière. Et quand la banque ferme, il ne reste que le vide des convictions. Quand le compte est bloqué, les sauveurs deviennent insolvables. Opposition opportuniste : quand les oiseaux de malheur se transforment en pigeons de la finance.

 

Laurent BUADI

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