Le pétrole de Muanda ne profite pas à la population !

À Muanda, la colère est profonde dans la population. Depuis plus de 50 ans, le pétrole y est exploité par la société Perenco, mais les habitants dénoncent l’absence de retombées locales pendant qu’une pollution persistante affecte leur quotidien. Les tensions se sont ravivées ces dernières semaines, avec des accusations de non-respect des engagements de l’État et de l’entreprise.
Ça fait 50, un demi siècle, que l’Entreprise Perenco, unique productrice de pétrole en RDC, se livre à cœur joie à l’exploitation de l’or noir dans zone côtière de Muanda, avec des champs onshore et offshore disséminés partout.
Des revenus générés sont estimés à plusieurs millions de dollars chaque année, mais sans que la redistribution soit visible pour les communautés locales qui, n’en pouvant plus, sont montées sur leurs quatre chevaux et accusent la société exploitrice de polluer l’environnement (déversements, dégradation des terres et des eaux) et d’exploiter abusivement des terres mises à sa disposition en ne respectant pas des engagements contractuels pris avec l’État congolais. Lesquels sont tenus secrets pour des raisons inconnues. Déjà, du temps où il était gouverneur de cette province, Simon Mbatshi Batshia à qui nous avions posé la question d’en savoir un peu plus sur cette forme de laisser-aller, n’était pas allé par quatre chemins pour nous expliquer que la faute revient au gouvernement central qui a tout cloisonné sur les tenants et aboutissants du contrat depuis sa signature par les deux parties à l’époque du Premier ministre Leon Kengo.
Les revendications des populations locales
Au niveau de la justice sociale, les habitants de Muanda exigent une redistribution équitable des revenus pétroliers. Et pour le développement local, ils plaident pour la construction d’infrastructures (routes, écoles, hôpitaux) financées par les revenus du pétrole. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Quant à ce qui concerne la protection environnementale, la mise en place de mécanismes de contrôle et de réparation des dégâts écologiques est vivement souhaitée, alors que la transparence demeure le talon d’Achille. Parce que la clarification des accords entre l’État et Perenco reste une lettre morte, ces accords étant souvent jugés opaques.
Enjeux et paradoxes
Le paradoxe économique de la situation, c’est que Muanda est riche en ressources pétrolières mais reste pauvre en infrastructures et services sociaux.
Le paradoxe écologique constaté fait que le pétrole, censé apporter le progrès, est perçu comme une source de destruction de l’environnement. Le paradoxe institutionnel voit l’État congolais bénéficier des revenus mais peiner à imposer des obligations sociales et environnementales à l’entreprise.
Eu égard à cette façon de faire, les protestations des populations pourraient se transformer -si l’on y prend garde-, en mouvements plus organisés et si les revendications ne sont pas entendues et ne trouvent pas de solutions.
De l’autre coté, les ONG et partenaires extérieurs pourraient accentuer la pression sur Perenco et l’État pour plus de transparence et la mise en place d’un fonds de développement local alimenté par les revenus pétroliers, comme cela existe dans certains pays producteurs.
Le Journal
