« J’ai l’intime conviction qu’on peut faire l’OIF un levier économique mondial important»

 « J’ai l’intime conviction qu’on peut faire l’OIF un levier économique mondial important»

Pour commencer, si vous deviez poser un diagnostic simple : qu’est-ce qui freine aujourd’hui la capacité de la Francophonie à peser à la hauteur de son poids démographique ? Est-ce une question de vision, de rapports de force entre États, d’exécution ou de crédibilité ? Créée en 1970, l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) est née d’une logique essentiellement culturelle et linguistique. Pendant longtemps, la Francophonie n’a pas dépassé ce cadre. C’est à partir des Sommets de Versailles (1986), de Cotonou (1995) et de Hanoï (1997) que la Francophonie politique commence réellement à prendre forme, avec d’importantes réformes institutionnelles : révision de la Charte de l’ACCT devenue Charte de la Francophonie, création du Secrétariat général et désignation de Boutros Boutros-Ghali comme premier Secrétaire général de l’OIF.

Parmi les principaux blocages, figurent le manque d’intégration économique et l’absence de solidarité politique réelle entre États membres. Le cas de la région des Grands Lacs, en conflit depuis plus de trente ans, illustre cette faiblesse : aucune action d’envergure de l’OIF n’a permis d’y mettre fin, alors que cela relève de ses missions.
En résumé, il existe un cumul de facteurs : absence de vision stratégique unifiée, rivalités entre États, faiblesse institutionnelle et manque de capacité de gestion des conflits. Cette combinaison empêche l’OIF de peser diplomatiquement à la hauteur de son poids démographique.
Aujourd’hui encore, l’OIF est perçue davantage comme un espace culturel que comme une force politique, économique et stratégique. Pourtant, avec près d’une centaine d’États et gouvernements membres, elle pourrait devenir un levier économique mondial majeur si elle se dotait d’une vision cohérente et ambitieuse.

Quelle mission centrale l’OIF devrait-elle assumer au XXIᵉ siècle ?

Isidore Kwandja Ngembo :
L’OIF doit rester fondée sur la langue française, le plurilinguisme et la diversité culturelle, mais elle doit surtout devenir un espace d’intégration économique, de médiation politique et de mobilisation des jeunes.

Nous voulons une Francophonie qui accompagne les transitions démocratiques, soutienne les processus électoraux, renforce les capacités institutionnelles et mobilise ses réseaux d’experts, de gouvernements et de société civile, en complémentarité avec l’ONU et les organisations régionales.

Quelles seraient vos trois priorités stratégiques ?
Renforcer l’éducation et l’employabilité
Former une jeunesse francophone qualifiée, maîtrisant les compétences numériques et linguistiques.

Déployer une diplomatie francophone proactive
Positionner l’OIF sur les enjeux climatiques, sécuritaires et de gouvernance économique mondiale.

Faire de la Francophonie un espace économique et numérique
Soutenir l’innovation, l’économie digitale, l’intelligence artificielle et les infrastructures connectées.

Pour éviter la dispersion, l’OIF doit réduire les duplications avec d’autres organisations et concentrer ses ressources sur des programmes structurants.

Quel cadre de pilotage pour une organisation orientée résultats ?
Isidore Kwandja Ngembo :
Un pilotage fondé sur :

Priorités stratégiques claires
Indicateurs mesurables
Transparence et redevabilité
Évaluations régulières
Trois axes majeurs : capital humain, influence diplomatique, économie et innovation.

Quels instruments pour une Francophonie économique opérationnelle ?
Isidore Kwandja Ngembo :
Nous devons professionnaliser les missions économiques, assurer un suivi post-mission, créer des plateformes d’investissement, renforcer les réseaux d’agences de promotion des investissements et instaurer un observatoire économique francophone.

Objectif : mesurer les contrats signés, investissements réalisés et partenariats effectifs.

Quels pays peuvent porter la relance ?
Isidore Kwandja Ngembo :
L’Afrique doit être au cœur de cette relance, avec la RDC en première ligne.
Le Canada, la France, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg, Monaco, le Vietnam et le Cambodge constituent également des moteurs importants.

La RDC, première puissance démographique francophone, dispose d’une légitimité naturelle pour impulser une Francophonie plus politique, plus économique et plus stratégique.

FRANCOPHONIE ÉCONOMIQUE

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